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Agrioccasions, les occasions agricoles
Observatoire des prix et des marges

Les marges des GMS pointées du doigt

Dans son rapport sur la formation des prix et des marges dans les filières agroalimentaires remis ce lundi 27 juin, le président de l'Observatoire des prix et des marges, Philippe Chalmin, soupçonne les grandes et moyennes surfaces (GMS) d’avoir augmenté leurs marges brutes au cours des dix dernières années. Et ce, sans donner de réelles explications...
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« La marge brute de la grande distribution apparaît importante ». Tout en restant prudent sur le caractère normal ou anormal, le président de l’Observatoire des prix et des marges, Philippe Chalmin, considère que la grande distribution a plutôt accru ses marges au cours des dix dernières années. Certes, il ne porte pas de jugement de valeur - « c’est un constat » précise-t-il -, mais il reproche néanmoins aux grandes surfaces de ne pas avoir joué le jeu pendant les travaux qu’il a conduit depuis six mois. « J’ai observé une grande discrétion de la grande distribution, beaucoup d’enseignes n’étant ni présentes, ni représentées »... Aussi les conclusions ne portent-elles que sur les marges brutes et non sur les marges nettes. Reconnaissant cependant que c’était le secteur « où nous avons le plus de clarification à faire dans les mois à venir ». A savoir parvenir aux marges nettes.

Des marges substantielles...


Ceci étant, le rapport est allé un peu plus loin que le précédent sur la viande bovine, rendu en janvier dernier et qui avait alors provoqué la colère des producteurs. A l’époque, le président de l’Observatoire était arrivé à la conclusion que l’augmentation des marges dans la filière Viande –lesquelles agrégeaient celles de transformation et de la distribution– s’expliquait à la fois par les coûts induits par la crise de la crise de l'ESB et la modification des habitudes alimentaires vers des produits plus élaborés.
Les données dont dispose désormais l’Observatoire permettent sur la période récente de distinguer la marge brute de l’industrie de celle de la distribution. En moyenne, de juillet 2010 à mars 2011, les marges industrielles et de distribution représentent respectivement 23 % et 29 % du prix au détail de la viande de la « vache moyenne », la valeur de la matière première agricole (qui doit couvrir le coût de production et le revenu de l’éleveur) y contribuant pour seulement 43 %.

Les producteurs sous-payés


Surtout, au niveau de la production agricole, le revenu moyen de la spécialisation Viande bovine se situe depuis plusieurs années parmi les plus bas de la ferme France et ce malgré les aides directes. Leur situation s’est même dégradée depuis 2007 sous l’effet conjugué de la baisse des cours et la hausse des prix des aliments du bétail. Bref, les prix actuels sont loin de couvrir les coûts de production. D’où l’une des conclusions de Philippe Chalmin : « les prix agricoles rémunèrent rarement les facteurs de production, même en tenant compte des aides nationales et européennes ». C'est mieux quand c'est un économiste qui le dit... Philippe Chalmin a poursuivi son analyse : « aux prix auxquels ils sont rémunérés, les producteurs n'ont pas de quoi payer leurs coûts de production ni l'ensemble de leurs facteurs de production qu'il s'agisse du foncier, voire même du travail » a-t-il insisté. Cette situation est particulièrement vraie dans l'élevage allaitant : « si on prend en considération le prix de marché ainsi que les aides nationales et communautaires, les éleveurs n'arrivent quand même pas à couvrir leur coût de production », met en garde Philippe Chalmin. « Ils se décapitalisent peu à peu ». Le ministre l'a-t-il entendu... ?

Vol en racket organisé !


Le constat vaut aussi pour les producteurs de porc. Le coût de production du kilogramme de porc est constitué à plus de 50 % par les aliments du bétail. « Le prix des aliments connaît depuis 2008 de fortes augmentations qui ne sont que très partiellement répercutées sur le prix du porc payé à l’éleveur, lequel ne couvre pas le coût de production ». Dans cette filière, la valeur de la matière première agricole intervient à hauteur de 35 % dans le prix de détail de la longe et de 31 % s’agissant du jambon. La marge brute des GMS représentait, en 2010, plus de 50 % du prix de détail pour la longe et de 45 % pour le jambon, alors que celle-ci « doit essentiellement couvrir des coûts commerciaux et pratiquement pas d’opération de dernière découpe, à la différence de la longe », précise le rapport. Mais ce que pointe surtout le document, c’est que cette marge brute des grandes enseignes de la distribution a eu tendance à s’accroître depuis 2000. Idem pour le poulet dont la marge brute - qui agrège ici celle de l’industriel et celle du distributeur - a augmenté entre 2003 et 2008. Depuis, elle a cependant diminué.
Bref, l'Observatoire met enfin, et officiellement, en lumière ce que tous dans les filières –mais pas seulement !– savent depuis toujours : la mécanique franco-française des GMS qui vise à maîtriser l'inflation se révèle une formidable machine à capter et à confisquer la valeur ajoutée produite par les exploitants, au profit du très puissant lobby de la grande distribution.


L’exception du yaourt


Pour les produits laitiers, la même observation prévaut : les marges brutes du lait UHT, du beurre et de l’emmental « s’inscrivent dans une tendance à la hausse » depuis 2001, indique l’Observatoire. Elles représentent respectivement 22 % pour le prix du lait UHT, 35 % pour l’emmental, et 30 % pour le yaourt qui est le seul produit laitier pour lequel la marge de la grande distribution a diminué depuis dix ans. Ici aussi, les producteurs ont du mal à couvrir les coûts de production. Surtout depuis 2008, alors que les prix à la production connaissent d’amples fluctuations.


Le rayon fruits et légumes des grandes surfaces est certainement celui qui s’applique les plus fortes marges. La marge commerciale est comprise entre 35 % et 59 % du prix de détail. (59 % pour la cerise et l’endive, mais seulement 35 % pour le melon, un peu plus pour la fraise). Surtout le rapport note que de grandes différences de marges sont observées selon les produits imputables du fait que la marge du détaillant doit couvrir des coûts unitaires indépendants du prix auquel il a été acheté. Sans oublier les pertes en rayon qui peuvent expliquer des marges élevées observées pour certains fruits fragiles et périssables. En revanche, le rapport Chalmin estime que la marge commerciale des détaillants est restée plutôt stable dans ce secteur au cours des dix dernières années.





La tistre vérité mise à jour...


La FNSEA et l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA) ont réagi le 27 juin à la publication du premier rapport de l'Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires en saluant le progrès dans la connaissance des marges. « La proposition d'une méthode de comparaison des prix et des marges aux différents stades des filières - validée par tous les opérateurs économiques - constitue un progrès significatif dans la connaissance des marges brutes », commente l'APCA. La FNSEA souligne que ce rapport « montre combien l'observatoire est utile et peut contribuer à la transparence » et qu'il « est d'ores et déjà suffisant » pour montrer « la triste vérité des relations commerciales dans notre pays » : des marges qui sont « rarement écornées quelles que soient la nature et la gravité de la crise agricole en cause ». Et maintenant que la balle est dans leur camp, que vont faire les élus et les pouvoirs publics ? La vérité si je mens !