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Agrioccasions, les occasions agricoles
Interview de François Subrin

Les MFR à l’écoute de leur territoire

C’est programmé. François Subrin, viticulteur dans le Rhône, quittera
ses fonctions de président de l’Union nationale des Maisons familiales
rurales en 2012. Alors que vient de se tenir à Lyon l’assemblée
générale de l’Union nationale, il jette pour nous un regard sur huit
années passées à la tête des MFR.
Par Publié par Cédric Michelin
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Quelles évolutions de l’enseignement agricole retenez-vous de ces dix dernières années ?
François Subrin : d’abord un constat : de par sa petite taille - comparé à l’Education nationale -, l’enseignement agricole en général, public comme privé, a développé des méthodes pédagogiques innovantes. Il a diversifié ses formations et développé des liens forts avec les professionnels des métiers enseignés. L’enseignement agricole est un laboratoire pédagogique. C’est dans l’enseignement agricole qu’ont été expérimentées l’obtention d’un diplôme par contrôles continus ou l’idée qu’une formation professionnelle ne peut pas se concevoir sans stages dans les entreprises ou encore qu’il faut associer au parcours de formation, les professionnels des métiers concernés.

Et les Maisons familiales rurales ?

F. S. : ce sont elles qui sont souvent à l’origine de ces évolutions. L’alternance, chez-nous, est une seconde nature et une marque de fabrique connue et reconnue. Par ailleurs, aucun enseignement agricole ne s’est autant diversifié que les Maisons familiales et, grâce au développement considérable de l’apprentissage, nos Maisons sont capables de dispenser l’enseignement de plus de cinquante branches professionnelles. Elles forment pour les services à la personne, les métiers de bouche, les métiers du bois et de la forêt, ceux du bâtiment, de la mécanique automobile, de l’environnement, du tourisme, de la production agricole… Enfin, notre volonté, depuis la création en 1937 dans le Lot-et-Garonne de la première Maison familiale, d’associer les familles des élèves et les professionnels concernés ne s’est jamais démentie.

Dans un contexte d’argent public rare, quelles sont vos relations avec le ministère de l’Agriculture ?

F. S. : même si je reconnais que sans la loi Rocard de 1984 et sans le ministère de l’agriculture, nous n’existerions plus, force est de constater que l’État est dans une approche budgétaire comptable. L’enseignement agricole n’échappe pas à cette logique restrictive. En dix ans, l’ambition du ministère de l’agriculture de conserver à l’enseignement agricole son originalité n’est plus aussi forte. La gestion des ressources a pris le pas sur la volonté politique et c’est un affaiblissement regrettable d’un enseignement qui a fait ses preuves et dont je pense, qu’au-delà de l’agriculture, il reste très utile aux élèves, à leur famille et à notre pays.

Selon vous, à quoi ressemblera la Maison familiale rurale de 2020 ?

F. S. : elle conservera ce qui a fait la réussite de cet enseignement : l’alternance, l’engagement des familles et sa dimension humaine pour que les équipes pédagogiques connaissent chaque élève, chaque famille et chaque maître de stage ou maître d’apprentissage. Mais la Maison familiale d’aujourd’hui et de 2020 doit être attentive aux besoins de toutes les activités économiques présentes sur son territoire. Elle doit développer avec les représentants des métiers et des chambres consulaires des relations étroites comme nous l’avons fait avec la profession agricole. Elle doit renforcer son identité professionnelle autour d’une branche professionnelle et doit construire, avec les autres Maisons, un réseau de compétences capables de répondre à la diversité des demandes de son territoire. Mais pour cela, nous devons encore obtenir des pouvoirs publics la possibilité de développer l’apprentissage et notamment d’ouvrir des classes de pré-apprentissage qui permettent, après le collège, à un jeune de découvrir un métier en lui donnant du temps pour juger et pour décider, en lien avec sa famille, son maître de stage et les moniteurs, de son orientation professionnelle.