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Agrioccasions, les occasions agricoles
Projet de parc national zones humides

Les opposants ne désarment pas

Plus de 800 personnes ont répondu à l'invitation lancée la semaine dernière par l'association Agathe pour rappeler leur totale opposition au projet de parc national zones humides en basse vallée du Doubs et en Bresse. Les témoignages des invités, Jean Lasalle en tête, les ont convaincus qu'il ne fallait rien céder aux pressions actuelles ou aux tentatives de séduction à venir. Il en va de l'avenir même de tout un territoire.
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« En février 2011, naissait l'association Agathe, association garante de l'avenir des territoires des hommes et de leur environnement, réunissant les opposants au projet de parc national zones humides de la basse vallée du Doubs et de la Bresse. La levée de boucliers sur le terrain a permis de stopper un projet bien avancé », a rappelé Frédéric Perrot, président d'Agathe et président de la FRSEA Franche-Comté, lors de la réunion publique organisée le 14 décembre à Chaussin.
Après plusieurs mois de silence, la ministre de l’Ecologie a en effet choisi de réactiver la procédure de désignation en lançant un nouvel appel à projet ouvert aux collectivités locales et territoriales jusqu'au 1er novembre 2012. La basse vallée du Doubs, la vallée de la Seille et les étangs de Bresse figurent toujours parmi les sites susceptibles d’être classés en parc national.
« Agathe a donc souhaité présenter aux habitants les risques et enjeux qu’un tel projet aurait sur le territoire, mais aussi faire témoigner des élus qui vivent la réalité des parcs nationaux de l'intérieur », indiquait Frédéric Perrot, rappelant qu'à l'approche d'échéances électorales, « il est important de dire que nous sommes toujours présents et inquiets du maintien de ce projet, que nous avons envie de défendre un territoire qui est le nôtre, avec toutes ses forces vives : agriculteurs, artisans, commerçants, forestiers, élus, chasseurs, pêcheurs… dans les trois départements concernés ».

« Vendre sa liberté à bas prix »


Au-delà d'une opposition de principe contre « la mise sous cloche de tout un territoire », se posent des questions de fonds : quelle gouvernance ? Quelle place pour les élus dans un parc national ? Quels moyens de développement sont proposés aux communes adhérentes d'un parc ? La mission de protection de l'environnement affichée par les parcs nationaux est-elle atteinte ?
Robert Casadebaig, maire de Laruns, commune du Parc national des Pyrénées, entendait alerter les élus et les maires présents : « Vous aurez des propositions alléchantes, séduisantes pour adhérer, mais vous y laisserez votre liberté ! ». Fait nouveau, avec la loi 2006, la zone périphérique - qui restait sous autorité des élus locaux - devient zone potentielle d'adhésion (soit 230.000 ha pour le Parc national des Pyrénées) et passe sous gouvernance du parc… Pour la commune de Laruns qui comptait déjà 8.000 ha en zone centrale, cela revient demain « à laisser seul le ministère de l'Écologie exercer une prééminence dans toutes les politiques publiques et un contrôle exceptionnel des activités privées sur chacun des 25.000 hectares de la commune ». L'élu signale également que, sur les 8.000 ha de forêt de la commune, seuls 900 ha sont exploités.

Un exemple éloquent


« Depuis 43 ans que nous vivons avec le parc, l'accompagnement économique a diminué au fil du temps et l'activité dans la zone centrale est désormais nulle. Au début, des chemins de randonnées ont été créés, des refuges améliorés ; c'était positif, mais plus tard les aménagements ont cessé… », dénonce Robert Casadebaig. Dans l'optique d'un parc de 240.000 ha, chaque commune recevrait 5.000 € par an. La petite commune de 1.500 habitants a choisi d'appuyer son développement sur des activités économiques : station de ski, station thermale, transhumance en estive, production de fromages et d'agneaux des Pyrénées. Le maire de Laruns regrette, par exemple, que le parc n'ait pas donné l'autorisation de construire une station de déneigement. Interdiction ! « En cas d'accident de la route, qui sera responsable : le parc, la commune, le préfet ? Je n'ai jamais reçu de réponse à cette question ». Finalement, le projet de station se fait de l’autre côté de la frontière, en Espagne !
Un exemple, parmi d'autres, des restrictions liées à un parc national : les activités industrielles et minières sont interdites. La police de l'eau, les chemins… dépendent du directeur du parc, lequel est nommé par le ministère de l'Écologie. Une situation qu'a bien connue Jean Lassalle lorsqu'il présidait ce même Parc des Pyrénées, fédérant derrière lui l'ensemble des communes. « Un président de Parc national n'a aucun pouvoir de décisions. L'administratif a pris le pas sur les élus démocratiquement choisis », s'indigne celui qui, depuis, a créé le collectif "Des racines et des hommes", rejoint depuis par des associations qui partagent les mêmes valeurs : "Ossau Aspe : vallées de Liberté", le comité écologique de sauvegarde de La Ciotat, le collectif marseillais "Les Amis de La Rade", le Comité d'intérêt local de Porquerolles, les opposants au Parc national prévu à Fontainebleau et, tout récemment, la jeune association Agathe.

« Notre environnement à tous »


« On fait porter sur les Pyrénées et sur vos régions des enjeux environnementaux qui sont ailleurs. Nos territoires sont déjà préservés par les gens qui y vivent. Le parc affiche une mission de protection de l'environnement, notre environnement à tous. A-t-il réussi ? La question est posée », insiste Robert Casadebaig. Un fait notable : la population d'isards, espèce emblématique, est bien plus importante en zone périphérique du parc des Pyrénées que dans le cœur de parc où pourtant toutes les activités humaines « qui dérangent la nature » - la chasse en particulier - sont interdites ! « La gestion cynégétique organisée permet un meilleur équilibre, une meilleure connaissance de la faune et régule les espèces », rappellent tour à tour Christian Lagalice, président de la Fédération des chasseurs du Jura, et Evelyne Guillon, vice-présidente de celle de Saône-et-Loire.
Dans l'assemblée, une professeur d'écologie dans un lycée de Besançon apporte son point de vue : « dans nos régions, le stade ultime de la nature laissée à elle-même, ne sera pas la prairie d'estive comme dans les Pyrénées, mais la friche et la forêt. Il est illusoire de croire que l'on va maintenir l'état actuel sans action humaine. On peut tendre vers une activité agricole, sans être bio partout, qui protège la nature »

Le tourisme, « faux argument »


Entre Champagne et Bourgogne, le parc national de feuillus de plaine qui devrait être créé en 2012 n'a pas soulevé de fortes oppositions. L'argument souvent avancé est l'attrait touristique d'un label "Parc". « C'est une escroquerie intellectuelle, un mensonge ! », s'écrit Jean Lassalle. « Les cinq parcs nationaux qui existent aujourd'hui sont tous implantés dans des zones touristiques. C'est le parc qui a bénéficié de l'image de ces territoires et non l'inverse ».
Pour Béatrice de Crozet, présidente du Comité de sauvegarde de la Ciotat - opposé au projet de parc national des Calanques -, la conclusion est simple : « en tant qu'élu, on ne dit pas "Oui, mais" à un parc, sinon c'est la porte ouverte à sa création. Les parcs des années 60 sont entrain de basculer, avec la loi de 2006, vers une zone d'adhésion élargie. Chez vous, n'y mettez même pas le doigt ! Battez-vous avant que le projet ne sorte ! »
Rien de plus clair, non ?



Jean Lassalle


Une vision à l'américaine !


Avec ses accents tribuns, Jean Lassalle a partagé l'attachement viscéral qu'il porte à son territoire et dévoilé son analyse sur la philosophie qui guide les parcs nationaux.


« Nous avons le vertige américain. Nous voulons sanctuariser des vallées "à l'américaine". Là-bas, on trouve des parcs de 500.000 à 1 million d'hectares avec 10 km plus loin des puits de pétrole qui crachent dans l'atmosphère. Des sociétés privées, en finançant ces parcs, se donnent le droit de polluer ailleurs. Ici, en France, nous avons des siècles d'histoire, des hommes pris dans la tradition de ces territoires auxquels ils tiennent. Ce territoire, ils le construisent et l'entretiennent. Pourquoi vouloir les déposséder de leur patrimoine ? Le parc national est l'instance la plus aboutie de protection de la nature "naturelle" mise au point à ce jour. Cette idée existe depuis une cinquantaine d'années, la communication est bien rodée, et donne une bonne conscience à tous ceux qui sont en train de croupir dans des cités périurbaines ; les parcs font du prosélytisme auprès de nos propres enfants, dans les écoles, les collèges, les associations... On est arrivé à un stade terrible : la solidarité écologique ne tolère pas de vide ; les parcs, les zones de protections, sont appelés à s'étendre irrémédiablement !

Aujourd'hui, le retour à la nature "naturelle" n'est pas un débat politique, mais une grande idée qui a remplacé toutes les idéologies. Il est nécessaire d'inventer un nouveau langage pour parler à nos contemporains, en faisant appel à des valeurs raisonnables, humanistes pour ne pas être dans le combat d'une minorité qui a toujours tort
».







En bref


> L'association Agathe souhaite promouvoir un modèle qui concilie le développement des activités économiques, sociales et culturelles et la gestion de l’espace rural : "Protéger sans interdire" sur un bassin de 131 communes, plus de 3.000 entreprises, 16.000 emplois, et près de 90.000 habitants.


> À lire aussi sur Internet : "Les JA des Pyrénées sont découragés…"


www.ja64.fr/article.php3?id_article=184




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