Gestion de l'eau
Les solutions existent
Il est urgent de mettre en œuvre une politique de stockage de l’eau pour
sécuriser la production agricole et la qualité des produits ; c’est le
message qu’ont martelé la profession agricole et Irrigants de France,
organisateurs le 28 juin d’un colloque sur la sécheresse.
sécuriser la production agricole et la qualité des produits ; c’est le
message qu’ont martelé la profession agricole et Irrigants de France,
organisateurs le 28 juin d’un colloque sur la sécheresse.
La sécheresse de 2011 est historique. Elle a relancé la question de la gestion de la ressource en eau en France, nécessaire à divers usages et en particulier celui de l’irrigation agricole. Les chambres d’agriculture, la FNSEA, les Jeunes agriculteurs, les producteurs de grandes cultures réunis au sein d’Orama et l’organisation Irrigants de France ont organisé un colloque le 28 juin intitulé "Sécheresse : arrêtons de gaspiller l’eau !", auquel ont participé des députés et des sénateurs. L’occasion pour le monde agricole français de redire l’urgence d’une politique de stockage des eaux en hiver pour les réutiliser l’été en agriculture et pour d’autres activités.
Nicolas Sarkozy a proposé le 9 juin dernier la mise en place d’un plan de stockage de l’eau sur cinq ans, dont le coût est estimé de 1 à 1,5 milliard d’euros. Les pouvoirs publics évaluent désormais l’impact que ces prélèvements, réalisés au cours du cycle naturel de l’eau, pourraient avoir sur les milieux naturels et leur biodiversité.
Toujours est-il que la sécheresse s’est installée dans le paysage météorologique national et européen. « Nous allons vers une multiplication des épisodes de sécheresse en raison du changement climatique », souligne Philippe Dandin, directeur de la climatologie à Météo France. La hausse moyenne des températures et la baisse moyenne des précipitations est une tendance générale qui va se poursuivre.
Défis alimentaire et climatique
Or la croissance démographique - 2 milliards de personnes en plus d’ici à 2050 - et la transition alimentaire des pays émergents tirée par leur développement économique - davantage de protéines animales consommées - vont exiger, selon les experts, une hausse de 70 % de la production agricole mondiale d’ici à 2050, voire de 100 % dans les pays en développement. Sans irrigation et sans une gestion plus raisonnée de l’eau, ce défi alimentaire semble impossible à relever. Car, dans le même temps, « la consommation mondiale d’eau a triplé en 50 ans alors que la population a doublé ». L’eau est déjà au cœur de vives tensions géopolitiques comme au Proche Orient, explique Eric Diard, député des Bouches-du-Rhône et Secrétaire national UMP à l’environnement. En France, la question du partage de l’eau entre les différents usagers est donc de plus en plus prégnante.
Mais notre pays est plutôt bien doté : 400 milliards de m³ d’eau de pluies se déversent chaque année sur notre territoire dont les deux tiers s’évaporent. Les 175 milliards de m³ restants viennent alimenter les nappes et les cours d’eau. La France dispose ainsi de 3 000 m³ par habitant et par an. Chaque année, 32 milliards de m³ sont prélevés pour différents usages, l’industrie étant le plus gros consommateur. L’agriculture, 13 % des prélèvements, en consomme 3 milliards de m³, mais « sa consommation se concentre sur les mois d’été durant lesquels l’agriculture peut peser 80 % des prélèvements », précise Eric Diard.
Anticiper les risques hydriques
Néanmoins, les irrigants n’ont cessé d’économiser l’or bleu : « les progrès sur l’irrigation ont permis d’économiser 30 % d’eau sur les vingt dernières années », indique Jean-Paul Bordes, responsable du département Recherche et Développement d’Arvalis. Les matériels d’irrigation sont plus précis, les besoins en eau des plantes mieux connus et les irrigants davantage formés. Aujourd’hui, 6 % des terres agricoles françaises sont irriguées. Chez Irrigants de France, on explique qu’on a « besoin d’eau pour alimenter les plantes qui nourrissent les animaux d’élevage et assurent la sécurité alimentaire de nos concitoyens », rappelle son président, Daniel Martin. L’irrigation répond également « à l’attente de produits irréprochables de la part des consommateurs ».
Le monde agricole déplore le manque de courage politique qui explique, selon lui, que rien n’a été fait en matière de stockage d’eau depuis vingt ans ou que certains projets de retenues sont bloqués au niveau administratif, freinés par les multiples recours en justice de la part d’associations écologistes notamment. « Pendant que nous faisons des débats, nos voisins européens, eux, font des retenues collinaires », s’agace un membre du CESE de la région Midi-Pyrénées. Selon Xavier Beulin, président de la FNSEA, « les situations actuelles de blocage de projets concernent 150 millions de m³ alors que 300 millions suffiraient pour répondre aux besoins, soit 8 % du pompage actuel destiné à l’irrigation ; ce que nous demandons est-il démentiel ? ». Prévoir des capacités de stockage, « c’est anticiper, selon lui, des situations de risques car les aides Pac ne sont pas une assurance tout risque ».
« Forte marge de progression »
Bernard Cazeau, président du conseil général et sénateur PS de Dordogne, défend la nécessité de grands travaux. Un barrage construit au nord de son département « a permis d’irriguer le secteur céréalier de la zone et de préserver toute une économie », se souvient-il. Michel Raison, député UMP de Haute-Saône, ajoute que, pour faire du stockage, « il faudra des adaptations législatives pour simplifier la réglementation actuelle ».
La géographe et économiste Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la Faim, estime quant à elle qu’il y a « une forte marge de progression dans le captage de l’eau en France, qui utilise moins de 3 % de l’eau dont elle dispose grâce aux pluies ». Défendant sensiblement les agriculteurs, elle n’hésite pas à parler de « sous-utilisation de l’eau », rappelle qu’« on irrigue parce qu’il fait sec et non l’inverse » et dénonce avec force « le mythe d’une nature sanctifiée où l’Homme ne serait qu’un perturbateur ».
Et les biotechnologies ?
Nicolas Sarkozy a proposé le 9 juin dernier la mise en place d’un plan de stockage de l’eau sur cinq ans, dont le coût est estimé de 1 à 1,5 milliard d’euros. Les pouvoirs publics évaluent désormais l’impact que ces prélèvements, réalisés au cours du cycle naturel de l’eau, pourraient avoir sur les milieux naturels et leur biodiversité.
Toujours est-il que la sécheresse s’est installée dans le paysage météorologique national et européen. « Nous allons vers une multiplication des épisodes de sécheresse en raison du changement climatique », souligne Philippe Dandin, directeur de la climatologie à Météo France. La hausse moyenne des températures et la baisse moyenne des précipitations est une tendance générale qui va se poursuivre.
Défis alimentaire et climatique
Or la croissance démographique - 2 milliards de personnes en plus d’ici à 2050 - et la transition alimentaire des pays émergents tirée par leur développement économique - davantage de protéines animales consommées - vont exiger, selon les experts, une hausse de 70 % de la production agricole mondiale d’ici à 2050, voire de 100 % dans les pays en développement. Sans irrigation et sans une gestion plus raisonnée de l’eau, ce défi alimentaire semble impossible à relever. Car, dans le même temps, « la consommation mondiale d’eau a triplé en 50 ans alors que la population a doublé ». L’eau est déjà au cœur de vives tensions géopolitiques comme au Proche Orient, explique Eric Diard, député des Bouches-du-Rhône et Secrétaire national UMP à l’environnement. En France, la question du partage de l’eau entre les différents usagers est donc de plus en plus prégnante.
Mais notre pays est plutôt bien doté : 400 milliards de m³ d’eau de pluies se déversent chaque année sur notre territoire dont les deux tiers s’évaporent. Les 175 milliards de m³ restants viennent alimenter les nappes et les cours d’eau. La France dispose ainsi de 3 000 m³ par habitant et par an. Chaque année, 32 milliards de m³ sont prélevés pour différents usages, l’industrie étant le plus gros consommateur. L’agriculture, 13 % des prélèvements, en consomme 3 milliards de m³, mais « sa consommation se concentre sur les mois d’été durant lesquels l’agriculture peut peser 80 % des prélèvements », précise Eric Diard.
Anticiper les risques hydriques
Néanmoins, les irrigants n’ont cessé d’économiser l’or bleu : « les progrès sur l’irrigation ont permis d’économiser 30 % d’eau sur les vingt dernières années », indique Jean-Paul Bordes, responsable du département Recherche et Développement d’Arvalis. Les matériels d’irrigation sont plus précis, les besoins en eau des plantes mieux connus et les irrigants davantage formés. Aujourd’hui, 6 % des terres agricoles françaises sont irriguées. Chez Irrigants de France, on explique qu’on a « besoin d’eau pour alimenter les plantes qui nourrissent les animaux d’élevage et assurent la sécurité alimentaire de nos concitoyens », rappelle son président, Daniel Martin. L’irrigation répond également « à l’attente de produits irréprochables de la part des consommateurs ».
Le monde agricole déplore le manque de courage politique qui explique, selon lui, que rien n’a été fait en matière de stockage d’eau depuis vingt ans ou que certains projets de retenues sont bloqués au niveau administratif, freinés par les multiples recours en justice de la part d’associations écologistes notamment. « Pendant que nous faisons des débats, nos voisins européens, eux, font des retenues collinaires », s’agace un membre du CESE de la région Midi-Pyrénées. Selon Xavier Beulin, président de la FNSEA, « les situations actuelles de blocage de projets concernent 150 millions de m³ alors que 300 millions suffiraient pour répondre aux besoins, soit 8 % du pompage actuel destiné à l’irrigation ; ce que nous demandons est-il démentiel ? ». Prévoir des capacités de stockage, « c’est anticiper, selon lui, des situations de risques car les aides Pac ne sont pas une assurance tout risque ».
« Forte marge de progression »
Bernard Cazeau, président du conseil général et sénateur PS de Dordogne, défend la nécessité de grands travaux. Un barrage construit au nord de son département « a permis d’irriguer le secteur céréalier de la zone et de préserver toute une économie », se souvient-il. Michel Raison, député UMP de Haute-Saône, ajoute que, pour faire du stockage, « il faudra des adaptations législatives pour simplifier la réglementation actuelle ».
La géographe et économiste Sylvie Brunel, ancienne présidente d’Action contre la Faim, estime quant à elle qu’il y a « une forte marge de progression dans le captage de l’eau en France, qui utilise moins de 3 % de l’eau dont elle dispose grâce aux pluies ». Défendant sensiblement les agriculteurs, elle n’hésite pas à parler de « sous-utilisation de l’eau », rappelle qu’« on irrigue parce qu’il fait sec et non l’inverse » et dénonce avec force « le mythe d’une nature sanctifiée où l’Homme ne serait qu’un perturbateur ».
Et les biotechnologies ?
Une réduction arbitraire de 20 % de la consommation d’eau en France, comme le ministère de l’Ecologie a pu l’évoquer récemment, n’est pas du goût des agriculteurs, pour qui le « véritable enjeu » est de « réduire la quantité d’eau nécessaire par tonne de matière produite ». Les biotechnologies comme les OGM ou la sélection variétale classique sont ainsi évoquées comme une piste d’avenir cruciale : l’amélioration génétique des plantes peuvent les rendre plus résistantes au stress hydrique. Il existe aussi les stratégies d’esquive comme des semis précoces, mais il faut alors des plantes plus tolérantes au froid et au gel.