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Agrioccasions, les occasions agricoles
Dégâts de gibier

Maintenir l’interdiction d’agrainage

Les FDSEA du Grand Est -dont la Bourgogne- se sont à nouveau réunies
pour mettre en commun leurs réflexions sur les dégâts de gibier, et
particulièrement la gestion de la population de sangliers, partout à la
hausse…
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Dans la dizaine de départements représentés au cours de cette réunion de concertation qui se tenait pour la deuxième fois, le constat est à peu près identique : la population de sangliers a pratiquement doublé en dix ans et le maintien d’un taux élevé de prélèvements permet tout juste de stabiliser un effectif en surnombre. Cette année, les dégâts semblent toutefois moins importants grâce à une fructification forestière très favorable. Le chiffrage n’est pas encore définitif, mais l’ensemble des départements constate une diminution des dégâts sur les céréales à paille et le maïs. En revanche, aucune diminution n’est perceptible sur les pâtures qui sont plutôt touchées en période hivernale. Il ne faut pas pour autant en déduire que la population de sangliers est en baisse, au contraire les abattages des laies mettent en évidence une reproduction précoce, voire désaisonnalisée. La profession agricole craint le cycle infernal : fructification forestière, baisse des dégâts, puis explosion du peuplement par des marcassins, qui attaquent les cultures au printemps suivant.

Des comportements irresponsables


Le niveau d’attribution de bracelets reste partout très élevé et certains départements imposent en plus sur des points noirs des plans de chasse qualitatifs pour obliger les chasseurs à prélever des laies reproductrices. Chacun fait le constat que l’origine du problème est liée aux restrictions de tirs que s’imposent les chasseurs dans le seul but de favoriser un haut niveau de reproduction…
Les responsables syndicaux ont vigoureusement dénoncé ces pratiques contre lesquelles ni l’Administration ni les Fédérations départementales des chasseurs, ne semblent avoir les moyens d’intervenir.
C’est pourquoi de nombreux départements ne veulent pas ajouter à ces comportements irresponsables une réglementation restrictive au niveau des bracelets qui sont alors distribués "au fil de l’eau", pour n’interdire aucun chasseur à tirer. Cette règle va être demandée dans tous les départements où elle n’est pas encore appliquée.
Plusieurs départements ont réussi à obtenir cette année l’interdiction de l’agrainage pendant la période de chasse. Les chasseurs sont généralement opposés à cette mesure qui ne peut donc être mise en place qu’avec l’appui de l’Administration lorsque le sujet est évoqué dans les commissions départementales. Mais les chasseurs restent extrêmement actifs sur le sujet, n’hésitant pas à essayer de reprendre l’initiative au niveau national pour obtenir un cadre règlementaire autorisant l’agrainage dissuasif. Lors de leur réunion du 19 mai dernier à Dijon, les départements du Grand Est avaient affiché leur détermination sur cette question. Ils l’ont réaffirmée le 15 novembre à Vesoul, devant Thierry Chalmin, qui les représente à la FNSEA et dans les instances nationales en qualité de président du groupe de travail dégâts de gibier. Cette position est argumentée par le fait que l’agrainage se transforme souvent en nourrissage et par l’impossibilité d’un contrôle efficace sur le terrain.

Améliorer l’évaluation des dégâts


L’irritation des agriculteurs s’exprime aussi de manière générale sur l’évaluation des dégâts. Ils souhaitent une totale transparence sur la désignation des estimateurs et leur méthode de travail. Ils veulent aussi que les dégâts sur pâture soient mieux indemnisés tant en termes de surface que de prise en compte des pertes indirectes (salissement, bris de machines, perte de qualité, problème de butyriques…). Ils ont aussi pris connaissance, avec Thierry Chalmin, des discussions engagées au niveau national sur une éventuelle remise en cause du minimum d’indemnisation de 76 € et de l’abattement légal des 5 %. Ils ont rappelé qu’ils étaient opposés à tout système de franchise qui pourrait devenir proportionnel. Là encore, ils demandent à leur représentant national d’être d’une grande fermeté dans les négociations à venir car le gouvernement envisage de légiférer à nouveau sur le dossier au printemps prochain avant les élections présidentielles.
Ils rappellent avec détermination que le monde agricole n’est en rien responsable de la situation actuelle dans laquelle se sont placés eux-mêmes les chasseurs et leurs fédérations dont les actes sont souvent en contradiction avec leurs discours. Actuellement des inspecteurs généraux du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement mènent une enquête de terrain pour établir un rapport sur ce dossier et la profession agricole espère que des mesures énergiques pourront être prises pour réduire efficacement la surpopulation qui est le seul problème à régler ; l’agrainage ou les clôtures ne sont que des solutions d’échec. Le débat autour de ces dispositifs - qui sont néanmoins temporairement utiles - ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt.