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Agrioccasions, les occasions agricoles
Exploitations laitières

Maîtriser les coûts de production

Le 14 décembre dernier, une journée technique laitière avait lieu à Fontaines, dans le cadre du pôle de compétences laitier régional. Tandis que ces dernières années, la conjoncture économique réservait son lot de surprises, les élevages ont su faire jouer la productivité. Mais cette progression s’est parfois faite au détriment des charges. La maîtrise des coûts de production est plus que jamais au menu.
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Le 14 décembre dernier, une journée technique laitière était organisée à Fontaines. Cette réunion était en fait la déclinaison saône-et-loirienne d’un ensemble de trois rendez-vous régionaux. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du pôle de compétences laitier de Bourgogne, dont Fontaines fait partie.
Ce pôle de compétences fédère les chambres d’agriculture, Conseil élevage (ex syndicats de contrôle laitier) ainsi que les trois lycées agricoles bourguignons détenteurs d’un troupeau laitier. Cette organisation met en œuvre des essais financés par la région et les départements avec pour thème « nouveaux outils, nouvelles approches ». Un programme ambitieux destiné à accompagner l’évolution récente des exploitations laitières.
« A la forte restructuration qui s’est traduite par un accroissement significatif des quotas, s’ajoute une évolution des outils de production avec le retour en force du robot et la révolution génétique liée aux nouvelles technologies (génomique, sexage…) », résumait Laurent Courtot de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. La production laitière semble aborder un véritable tournant. Un virage qui incite à affiner encore l’approche économique des exploitations. Plus que jamais, c’est l’efficacité qui compte.
Ces dernières années, tandis que l’élevage laitier régional s’est très fortement restructuré, la conjoncture économique a subi des évolutions extrêmes. Entre 2006 et 2010, le quota moyen par exploitation a progressé de +27 % soit une centaine de milliers de litres de lait en plus, indiquait Laurent Lefèvre commentant les données économiques issues de Galacsy. Pendant ce temps, la main-d’œuvre n’a pas bougé (2,3 UTH) et les surfaces n’ont que légèrement progressé (+7 % environ). Concernant les surfaces fourragères, on notera que le gain de productivité ne s’est pas accompagné d’un renforcement de la place du maïs, fait remarquer le technicien. Les surfaces fourragères sont restées sensiblement identiques.

Meilleure productivité


En quatre ans de temps, l’augmentation de production par exploitation s’est faite par un gain de productivité de la main-d’œuvre de l’ordre de plus de 60.000 litres par unité. Cela se traduit par davantage de vaches par éleveur et donc davantage de lait produit. Entre 2006 et 2010, la tendance est à la hausse du produit brut par unité de main-d’œuvre, mais la courbe est cependant très chahutée, nuance le technicien. La conjoncture changeante a lourdement pesé tout au long de ces années. 2009 est la plus mauvaise avec un produit brut en forte baisse malgré le gain de productivité et un EBE au plus bas. Une situation aggravée par la reprise des investissements suite à la bonne conjoncture de 2007-2008, laquelle a entraîné une hausse des annuités entre 2008 et 2009. Conséquence : un disponible vraiment très faible en 2009 avant un retour à des chiffres plus classiques en 2010, constate Laurent Lefèvre.

10 % de lait produit en plus


Durant les trois campagnes précédentes, la région s’est trouvée en sous réalisation de quotas (environ 94 %). Le taux de réalisation devrait atteindre de nouveau 100 % cette année. A noter qu’une augmentation de +10 % du volume de lait produit est constatée depuis deux ans à l’échelle de la Saône-et-Loire. Cela équivaut à un gain de +14 ou +15 millions de litres de lait ce qui n’est pas négligeable pour le bassin, fait remarquer Laurent Courtot. A noter que l’accroissement de productivité des ateliers laitiers s’est fait au détriment des taux de cellules, lesquelles se sont fortement dégradées au cours des quatre années.

Mais hausse des charges…


Entre 2006 et 2009, les charges des exploitations laitières bourguignonnes ont augmenté. Dans le détail, on observe une quantité moyenne de concentrés consommés relativement élevée (220 à 230 grammes par kilo de lait produit). Une surconsommation liée au gain de productivité par main-d’œuvre décrit plus haut. Toutefois, Laurent Lefèvre rappelle que certains élevages parviennent à de bonnes performances technico-économiques avec seulement 190 g de concentrés par kilo de lait produit. A la surconsommation s’ajoute la flambée du prix des matières premières qui a vu les concentrés atteindre les 330 € la tonne en 2008-2009. Aujourd’hui, ce prix reste aux alentours de 300 € la tonne, ce qui n’est pas sans conséquence sur le niveau de charges des exploitations.

Attention aux concentrés


Sans surprise, la maîtrise des charges d’alimentation demeure un des enjeux majeurs des stratégies d’exploitation aujourd’hui. Parmi les conseils à suivre, il est recommandé de limiter la consommation de concentrés aux stricts besoins, notamment en hiver. La valorisation de l’herbe demeure le levier central. Pour les bêtes qui vont au pâturage, la complémentation doit être arrêtée dès qu’il y a assez d’herbe dans les prés, insiste Laurent Lefèvre. Au printemps, la pousse de l’herbe doit suffire pour ne pas avoir à distribuer de tourteaux, surtout avec des vaches en creux de lactation, fait remarquer le technicien. Quant au prix des concentrés, il est recommandé d’acheter les tourteaux (colza) en grandes quantités, pourquoi pas sur le marché à terme, en semi-remorques de 27 tonnes, suggère Laurent Lefèvre.

Marges brutes en hausse en 2011-2012


Pour la campagne 2011-2012, on peut d’ores et déjà s’attendre à une hausse du produit qui devrait se rapprocher du niveau de 2008, estime Laurent Lefèvre. Elevées depuis quatre ans, les charges devraient rester stables cette année. Au final, avec la hausse de produit, la marge brute des ateliers lait devrait augmenter cette année pour la troisième année consécutive et revenir ainsi au niveau de 2008 (235 €/1.000 litres de moyenne ; 270 € en race montbéliarde). Un bon niveau de marge brute certes, mais qui cache malgré tout des charges élevées. Autrement dit, la maîtrise des coûts de production permettra en partie de compenser l’impact de la conjoncture, estimait le technicien.



Journée laitière


Un tour d’horizon très dense !


C’est un programme très dense qui attendait les participants à la journée laitière du 14 décembre dernier à Fontaines. Outre l’analyse économique des exploitations, les intervenants ont abordé divers thèmes issus notamment des expérimentations réalisées sur la ferme expérimentale du lycée de Fontaines (incorporation de tanins de châtaigniers pour valoriser l’azote soluble des rations ; couverture végétale des silos d’ensilage ; utilisation de la laine de bois en hygiène de traite…). Les résultats d’une enquête sur les robots réalisée en Bourgogne et dans trois départements limitrophes ont également été présentés. Au programme aussi un point sur les drèches de distillerie de blé dans l’alimentation des vaches laitières et sur la valeur alimentaire des tourteaux de colza (à lire sur Agri71.fr). 



Drèche de distillerie de blé Variable selon la provenance


Ce coproduit est issu de la filière éthanol et il est commercialisé essentiellement déshydraté. Véritable source d’azote, ces drèches de blé ont l’inconvénient d’avoir une grande variabilité de valeur alimentaire selon leurs provenances et le procédé industriel dont elles sont issues. Aussi, pour ce substitut intéressant au tourteau de colza, est-il recommandé de se renseigner sur sa provenance et de le faire analyser. Leur utilisation provoquerait une baisse de TP, mais malgré une baisse d’ingestion, les performances du troupeau seraient inchangées.


Tourteau de colza Valeur alimentaire sous-évaluée


Autre coproduit, le tourteau de colza qui a connu un développement continu dans les élevages depuis 2004 – 2005. Un tourteau économiquement intéressant mais qui a aussi déçu quant à son efficacité alimentaire. Selon l’Institut de l’élevage, le déficit de valeur azoté constaté proviendrait, là aussi, du "process" industriel subi par la graine de colza chez le fabricant. Les techniques d’extraction des huiles ayant beaucoup évolué ces dernières années, il est recommandé de se renseigner sur l’origine des tourteaux et de les faire analyser. Les tourteaux de colza seraient de moins en moins solubles avec un azote de moins en moins vite libéré. Cela ne veut toutefois pas dire que le colza n’est pas bon. Il serait peut-être même plus riche que ne l’indique les tables de l’Inra, confiait le représentant de l’Institut de l’élevage.