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Agrioccasions, les occasions agricoles
En engraissement de jeunes bovins

Maîtriser son coût alimentaire

La production de jeunes bovins nécessite l’utilisation d’une ration relativement riche en énergie pour maintenir un niveau de croissance et obtenir une carcasse de poids suffisant, tout en étant finie. Cela rend cette production sensible aux aléas conjoncturels et à la volatilité des prix des intrants. Les changements brutaux de régime alimentaire en cours d’engraissement sont à éviter, ainsi que les phases de restriction alimentaire sévère, mais des marges de manœuvre existent. Elles visent à réduire l’apport de concentrés énergétiques, à ajuster l’apport de protéines aux besoins, ou à utiliser des aliments de remplacement disponibles et moins coûteux.
Par Publié par Cédric Michelin
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L’évolution des prix des aliments et des céréales impacte à la fois les coûts de production de l’engraissement et son « opportunité économique » face aux cultures vendues. Pour évaluer cet impact, les hausses de charges attendues pour 2011 ont été appliquées à des conduites types assez classiques, croisant races de jeunes bovins et régimes alimentaires, plus ou moins riche en énergie. Deux scénarios ont été retenus : "2011 bas" (céréales à 260 €/T), "2011 haut" (céréales à 290 €/T). Le maïs ensilage est au prix de marché (suivant l’évolution du prix des céréales). La hausse du prix des concentrés du commerce est de 9 à 13 %.
La flambée du prix des aliments entraîne donc selon les systèmes une hausse du coût alimentaire (par jour ou par kg de gain) de 30 % (pour les conduites avec moins de concentrés et le scénario 2011 bas) à près de 45 % (pour les conduites avec plus de concentrés et le scénario 2011 haut). La conjoncture du début de l’année 2011 et les perspectives de prix des céréales contribuent au relèvement des prix d’opportunité de +9 à +25 %, soit 25 à 55 centimes d’euros par kg de carcasse selon les scenarii.

Recommandations pratiques pour les mois à venir


1) Réduire l’apport de concentrés énergétiques dans les rations à base d’ensilage de maïs
Le premier levier d’action est de maîtriser au mieux la qualité de son ensilage de maïs : récolter au bon stade (viser 35% de MS), maîtriser la finesse de hachage, le tassement et la confection du silo, l’avancement du front d’attaque. Un ensilage de maïs de qualité limitera le recours à un complémentaire énergétique.
Pour un ensilage de maïs standard, le fait de diminuer l’apport de blé de 1 kg par jour (pour des rations ensilage de maïs complémentées entre 2 et 5 kg) permet un gain de 250 à 300 kg de blé par animal produit sur une durée d’engraissement prolongée de 15 jours pour obtenir le même poids de carcasse. Par contre, l’animal consommera 300 à 350 kg de MS d’ensilage de maïs en plus et il faudra apporter un peu plus de soja de manière à garder l’équilibre de la ration (soit 30 à 40 kg en plus dans le bilan). Le niveau de croissance moyenne sera diminué d’environ 40 g/j. Le cout alimentaire global par JB produit sera diminué d’environ 3 à 5%.
Conséquences de la réduction de l’apport de blé en complément d’un régime à base d’ensilage de maïs sur les performances zootechniques et le bilan des consommations
2) Supprimer l’apport de concentrés énergétiques dans les rations ensilage de maïs
Engraisser des jeunes bovins sur la base d’une ration ensilage de maïs + tourteau de soja est possible, notamment en jeunes bovins de race laitière (Prim’Holstein, Normand, Montbéliard) mais aussi sur des races comme les Salers, Rouge des Près, voire même Charolais. Néanmoins, ceci n’est envisageable qu’avec un ensilage de maïs de qualité (minimum 30-35% de MS, 30% d’amidon et 0,80 UFV/kg de MS).
Dans un essai réalisé par l’Institut de l’Elevage et la chambre d'Agriculture de Vendée aux Etablières, des jeunes bovins charolais ont été engraissés avec un bon ensilage de maïs, irrigué (35 à 40 % MS, 30 à 35 % d’amidon, 0,80 à 0,84 UFV/kg de MS) sans apport de blé, avec 1,35 kg de tourteau de soja /j/JB. Dans cet essai, la croissance moyenne en engraissement (de 315 kg vif à 430 kg carcasse) a été de 1400 g/j. Les consommations totales par animal sur 305 jours ont été de 2500 kg de MS d’ensilage de maïs et de 415 kg brut de tourteau de soja.
3) Ajuster au strict nécessaire l’apport de complément protéique
Les besoins en protéines du jeune bovin en engraissement s’élève à 90 g PDI/UFV pour les races laitières et 100 g PDI/UFV pour les races à viande. Un apport supplémentaire de protéines ne présente pas d’intérêt. Des essais réalisés par Arvalis sur jeunes bovins charolais engraissés avec un régime à base d’ensilage de maïs + blé + tourteau de soja, ont montré qu’entre des rations à 100 g, 115 g et 130 g PDI/UFV, il n’y avait aucun écart ni sur les croissances, ni sur les indices de consommation.
4) Maintenir l’apport de CMV
Les nouvelles recommandations de l’Inra montrent que l’essentiel des rations à base d’ensilage de maïs sont autosuffisantes en phosphore. Néanmoins, en raison de l’absence de résultats expérimentaux sur cet aspect et du faible gain économique en jeu, il est préconisé de maintenir un CMV apportant à la fois du Ca et du P (type 5-25), à raison de 160 g/j/JB.
5) Possibilité de remplacer le blé par d’autres sources énergétiques
Le remplacement du blé par d’autres concentrés énergétiques est possible. Cette substitution est à raisonner selon les disponibilités de ces aliments, leur coût et leur teneur en énergie.
6) Possibilité de remplacer le tourteau de soja par d’autres sources azotées
Le remplacement du tourteau de soja par d’autres aliments protéiques est possible totalement ou seulement partiellement. Le tableau suivant présente les intérêts et limites des différentes sources.
7) Utiliser l’herbe ou les légumineuses comme compléments azotés des régimes ensilage de maïs, mais avec prudence
Peu de travaux sont disponibles sur l’utilisation de l’herbe ou de légumineuses en compléments d’un régime à base d’ensilage de maïs pour des jeunes bovins en engraissement. Les essais réalisés par le passé sur ce type d’aliment ont surtout testé le remplacement intégral de l’ensilage de maïs par de l’ensilage d’herbe (RGI essentiellement) sur des jeunes bovins laitiers. Les résultats montrent des baisses de consommation de l’ordre de 10 % en moyenne, des croissances diminuées de 15 à 20 % et des indices de consommations dégradés de 7 à 8 %. Ces régimes nécessitent des supplémentations plus importantes en céréales. L’alternative envisageable est d’utiliser l’herbe ou les légumineuses en complément de l’ensilage de maïs, mais avec prudence.
Concernant la luzerne, une substitution totale du soja nécessite l’apport d’au moins 4 kg de MS de luzerne (ensilée ou déshydratée) pour obtenir l’équivalent en PDIN. Par contre, du fait de sa faible valeur énergétique, cela a pour conséquence de baisser la concentration énergétique de la ration et de diminuer les performances d’environ 10%.
Concernant l’herbe, en l’absence de résultats d’essai, l’utilisation d’ensilage d’herbe ou d’enrubannage comme seul complément de l’ensilage de maïs ne peut être envisagés que sur des jeunes bovins laitiers avec un fourrage de qualité (récolté jeune –début épiaison- préfané avec un minimum de 30-35% de MS pour l’ensilage d’herbe). Il est prudent de limiter la part d’ensilage d’herbe à la moitié de la ration.
8) Une règle d’or lors d’un changement de ration : soigner la transition et observer les animaux
La réussite d’un changement de régime dépend de plusieurs paramètres : l’âge des animaux (un changement en début d’engraissement sera mieux supporté par les animaux qu’en milieu ou fin), le régime avant et après et la durée de la transition. Une bonne transition alimentaire ne doit pas se faire en dessous de 4 semaines. En cas de changement d’un complément énergétique ou azoté, il faut prévoir les ajouts du nouvel aliment et le retrait de l’autre par paliers d’environ 500 g tous les 4 jours. Pendant cette phase de transition, il convient d’avoir une vigilance accrue sur l’observation du comportement des animaux (consommation, bouses).

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