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Agrioccasions, les occasions agricoles
Volatilité des prix agricoles

Mieux encadrer les marchés financiers

Même si les avis sont partagés sur l’impact des fonds d’investissement
sur la volatilité des prix des matières premières agricoles, le
consensus est acquis à l’échelle mondiale sur la nécessité de
réglementer davantage les marchés financiers des produits agricoles.
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Alors que le G20 qui s’est réuni les 3 et 4 novembre à Cannes a inscrit à son ordre du jour la volatilité des prix des matières premières et les dispositifs à mettre en place pour mieux la maîtriser, Pluriagri (1) a organisé, le 2 novembre un colloque sur la financiarisation des marchés agricoles et l’impact des fonds d’investissement sur l’instabilité des prix.
Ces fonds d’investissements dont la majorité sont cotés en bourse interviennent de plus en plus massivement sur les marchés à terme. Plutôt cantonnés à l’or, au pétrole, il y a quelques années, ils ont investi les matières premières agricoles, le maïs, le coton, le café notamment. Si bien qu’aujourd’hui sur les quelques 250 milliards d’investissements sur les matières premières, 30 à 35 milliards sont orientés vers les produits agricoles, estime Jean Cordier, professeur à l’Agrocampus Ouest à Rennes. Certains de ces fonds sont mono-produits, maïs, sucre, coton, café pour ne citer que les plus importants, d’autres multi-produits – ils sont dits indiciels - comme le DBIQ Commodities ou le DBIQ Agriculture gérés par la Deutsche Bank. Pour dire que la spéculation sur les marchés financiers ne concerne pas seulement les Américains mais aussi les Européens.
Aussi puissants soient ils, les avis sont partagés sur la contribution de ces fonds à l’accroissement de la volatilité des prix. Michael Masters, un éminent chercheur américain, considère qu’il existe une relation de cause à effet entre les flux de capitalisation et l’instabilité des prix des produits agricoles. Un autre chercheur américain, tout aussi éminent, Scott Irwin, pense le contraire et estime que l’impact des fonds d’investissement sur les variations de prix est limité.

Causalité croisée


Pluriagri a mené sa propre enquête. L’auteur de l’étude, Jean Cordier, observe de multiples cas de causalité depuis les flux de capitalisation vers les prix des produits agricoles. Mais l’influence des fonds n’est pas là où on l’attend. Autant il observe peu d’impact du fonds maïs sur la variabilité du prix du maïs, du fonds sucre sur le prix du sucre, du fonds coton sur le prix du coton, autant il a mis en exergue une causalité croisée, à savoir des fonds pétrole, or et indiciels sur les prix du maïs… D’où la conclusion de l’auteur sur l’intérêt de la régulation : oui bien entendu mais attention à ne pas faire n’importe quoi.
Mais il faut reconnaître qu’en la matière, les Américains sont bien plus avancés que les Européens. Le régulateur des marchés financiers outre atlantique, la Commodities futures trading Commission (CFTC) a étendu, depuis le 18 octobre dernier, les limites de position sur les marchés à terme de 9 produits à 10 nouveaux produits (agricoles, mais aussi métaux et énergie). Objectif de ces limites de position : prévenir « la spéculation excessive » qui cause « des fluctuations déraisonnables ou des changements injustifiés dans les prix des matières premières » et gêne le commerce inter-Etats. L’Europe n’en est qu’aux balbutiements : la proposition de révision de la directive sur les marchés d’instruments financiers n’a été présentée par la Commission européenne que le 20 octobre. La classification des opérateurs sur les marchés financiers, même si elle est imparfaite, est opérationnelle aux Etats-Unis. Elle est à l’état d’ébauche en Europe.
Reste que l’encadrement des marchés financiers, si louable soit-il, ne constitue pas la vraie solution à l’instabilité des prix agricoles. C’est à tout cas l’avis de Didier Nédelec d’InVivo. Le vrai problème « ce n’est pas la volatilité, c’est l’insuffisance de la production agricole et sans investissement massif dans la production agricole, l’instabilité subsistera » estime-il.
Car l’augmentation de la production agricole est à peine suffisante pour nourrir la population mondiale qui atteint aujourd’hui sept milliards d’individus. Un constat que n’est pas loin de partager Xavier Beulin, le président de Pluriagri et de la FNSEA. « La régulation pourrait servir d’amortisseur, mais elle ne règle pas le vrai problème ». A savoir la disponibilité physique des matières premières agricoles dans le monde, ce qui suppose une relance de la production partout sur la planète et la constitution de stocks régulateurs associant les pays du nord et les pays du sud pour prévenir les crises alimentaires et limiter les variations de prix.

(1) Pluriagri est une association formée par le Crédit agricole, les producteurs français de céréales (au travers d’Unigrains), d’oléoprotéagineux (au travers de Sofiproteol) et de betteraves (au travers de l’ARTB) qui produit des études et des recherches prospectives en agriculture. Elle est actuellement présidée par Xavier Beulin.