Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Retraités agricoles

Moins dépressifs que les citadins !

Difficulté de se déplacer, accès aux soins, à l’alimentation… La caisse
de retraite Agrica a suivi mille personnes âgées pendant cinq ans pour mesurer le vieillissement et la dépendance en milieu rural et
agricole. Il en résulte des résultats étonnants, a contrario des idées
reçues.
Par Publié par Cédric Michelin
121908--Retraite_CCMSA_002.jpg
51 % des retraités agricoles seraient touchés par une maladie longue durée (ALD), selon une étude menée par le groupe mutualiste Agrica en association avec la MSA et l'Institut fédératif de recherche génétique fonctionnelle (IRF) de Santé publique. Enquête effectuée sur mille retraités agricoles comprenant 70 % de salariés agricoles et 30 % d’exploitants, âgés en moyenne de 76 ans, lancée en 2007 et publiée le 11 janvier dernier. Selon l’étude, 36,5 % des participants sont atteints par une maladie cardio-vasculaire (hypertension artérielle sévère, accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque, artériopathie chronique ou maladie coronarienne). Suivent ensuite le cancer (11,1 %) et le diabète (10,1%). Étonnamment, le cancer touche moins la population rurale que citadine (-15 %).
Les ruraux, et contrairement aux idées reçues, fument moins que le reste de la population (64 % n’ont jamais fumé), surtout les femmes. Les retraités agricoles sont peut-être plus fragiles en général (perte de poids, épuisement, faiblesse musculaire…) que les habitants de la ville, mais leur moral est meilleur car moins de dépressions sont constatées à la campagne. Ces retraités agricoles sont moins isolés qu’en ville, l’entourage familial et le voisinage étant plus présents.
43 % des enquêtés se disent satisfaits ou très satisfaits de leur vie. « On constate que la population agricole se projette moins dans le futur et vit au jour le jour, ce qui lui permet d’être moins pessimiste quant à sa santé et de vieillir moins vite », explique Jean-François Dartigues, neurologue et spécialiste en santé publique à l’université de Bordeaux. De plus, la perte d’autonomie s’organise souvent autour d’autres formes d’hébergement comme la famille d’accueil, le foyer logement, etc. Seul 3,5 % des retraités agricoles vivent en institution et le suivi médical est moins fréquent en milieu rural. Concernant les maladies neuro-dégénératives, plus de la moitié des sondés n’a pas recours à un médecin à la campagne contre 32 % en ville.

Le niveau d’étude influencerait la maladie


Le fameux Certificat d’étude primaire (CEP) - aujourd’hui oublié des écoliers mais pas des seniors - serait un facteur discriminant pour la maladie. Mais comment un diplôme peut-il influencer l’état de santé ? L’étude montre qu’un retraité agricole a deux fois plus de risque d’être atteint de troubles neuro-dégénératifs de type Alzheimer s’il n’a pas obtenu son certificat d’études (16,6 % contre 8,3%) et trois fois plus de chance de présenter de multiples pathologies ou déficiences (48 % contre 15 %). 53 % des enquêtés n’ont pas le niveau du certificat d’études et 17 % ont un niveau supérieur au CEP.
La conclusion de cette enquête montre qu’un faible niveau d’études peut être un indicateur indirect des conditions de vie et de travail, de la sensibilité aux messages de prévention et de la difficulté financière d’accès aux soins spécialisés (lunetteries, soins dentaires, prothèses auditives…). « L’éducation contribue à la réserve cérébrale qui est conçue pour résister et s’adapter au processus de vieillissement », explique le neuropsychologue. Donc moins de réserve cérébrale signifierait moins d’adaptations à l’environnement quotidien et plus de dépendance.
Pour continuer à avoir de bonnes connections cérébrales, les activités de loisirs intellectuelles sont recommandées pour les personnes âgées. Suite à ce constat, Jean-François Dartigues tente de rassurer : « actuellement, le niveau d’étude des jeunes agriculteurs est en augmentation, donc, normalement, la dépendance va diminuer ».