Naissance de "Grain de saveurs"
collectif dans le pays chalonnais prenait tournure. Sept éleveurs se
sont lancés dans l’aventure de "Grain de Saveurs". Soutenue par le Pays du Chalonnais, la chambre d’agriculture, la FDCuma ou encore le lycée
agricole de Fontaines, nul doute que cette Cuma a toutes les chances de
développer la vente directe de ses adhérents. Avis aux retardataires,
les adhésions ne sont pas closes...
Ratisser large
Président du Grand Chalon et éleveur au Gaec du Moulin brûlé à Fragnes, Benoît Regnault rappelait tout d’abord que le zonage se devait d’être « assez large » pour permettre à d’autres éleveurs de rejoindre à l’avenir la Cuma. Toutefois, il précisait ne pas vouloir, non plus « marcher sur les pieds d’une autre coopérative ». "Coordonnant" tous ces projets collectifs, le Haut conseil de la coopération (HCCPA) veille –en donnant un avis favorable ou non– à limiter les concurrences entre structures agricoles de même production. « Il existe d’autres Cuma d’abattage, comme dans les Dombes (Ain) par exemple. Mais notre vocation reste le local. La rentabilité économique en dépend aussi. N’excluons cependant pas d’agrandir la zone après si besoin », anticipait Guillaume Dupuits, responsable de l’exploitation du lycée de Fontaines qui adhère à la Cuma. Conseillère à la chambre d’agriculture, Julie Alcaraz tempérait : « un abattoir va bientôt se monter à Digoin (arrondissement de Charolles, ndlr) pour faire de l’abattage à façon de volailles et pour des particuliers », fixant ainsi la limite à l’Ouest.
Pour l’heure, les arrondissements de Chalon-sur-Saône, Louhans, Mâcon, Autun, Beaune (21) et Lons-le-Saunier (39) ont été retenus.
Dans l’aire de l’AOC volailles de Bresse
Constituée pour 99 ans (la durée maximum autorisée), la Cuma aura pour siège social Fontaines, facilitant ainsi la gestion administrative laquelle est prise en charge par le lycée, comme l’indiquait son directeur, Jean-Pierre Thuot. En effet, si le siège social de la Cuma peut être en dehors de l’aire d’appellation de l’AOC volailles de Bresse, il n'en va pas de même pour l’abattoir. Ce dernier devra se trouver sur l’une des communes de l’aire d’appellation pour permettre l’obtention de l’AOC par les éleveurs concernés. L’abattoir devrait également faire partie du Grand Chalon. « Le maire de Chalon, Christophe Sirugue, est intéressé pour avoir ce type d’outil sur le territoire », expliquait Fanny Bensa qui suit ce dossier pour le Pays du Chalonnais. Les recherches portent actuellement sur une zone artisanale, proche des voies de communication. Une réponse est attendue d’ici deux mois.
1,00 €/volaille abattue
« Très important » car garantissant un prix de revient "stable", la durée d’engagement a été définie à un minimum de 15 exercices comptables soit autant d’années « pour assurer un bon amortissement des investissements ». 45.000 volailles et lapins abattus pourraient revenir ainsi à 1 €/unité engagée, définissant le capital social de départ. « À l’heure actuelle, 20.000 animaux sont sûrs engagés » avec les sept exploitations autour de la table.
En attendant, les plans de l’abattoir vont être lancés pour définir les zones et activités futures. Julie Alcaraz semblait déjà fourmiller d’astuces pratiques : « la zone de découpe peut se transformer en zone de roulage ». Ces réflexions serviront à préciser le futur cahier des charges de la Cuma. Après, les services sanitaires et des professionnels de l’ergonomie valideront ces plans. 320.000 € d’investissement devraient être nécessaires, pris en charge à hauteur de 30 % par diverses subventions.
Il n’est pas trop tard
Tout sera donc pensé pour faire de cet abattoir collectif un outil adaptable aux « poils et aux plumes ». Une volonté d’ouverture qui se retrouve dans les élections. Richard Lévêque, producteur de lapins à Losne (21), est élu vice-président et Cladie Gudefin (EARL du Moulin de Montjay à Ménetreuil), productrice de volailles avec son mari Jean-Guy, est élue secrétaire. Alain Bonnotte (EARL Pageaut à Baudrières) et Luc Rambaud (Jully-les-Buxy) complètent le groupe.
« Il ne faut pas que les autres producteurs pensent que c’est trop tard. Ils peuvent encore nous rejoindre », concluait, confiant, le président Didier Marceaux. Avis donc aux intéressés…
Didier Marceaux
Développer les ventes et après la production
À Saint-Martin-en-Bresse, Christine Marceaux, avec son conjoint-collaborateur Didier, élèvent volailles de Bresse, volailles standards, dindes… et cultivent 50 ha de céréales. Installés tous deux depuis 1991, l’exploitation fêtera donc ses vingt ans d’existence en juillet. Cet anniversaire devrait coïncider, à quelques encablures près, au lancement de la Cuma d’abattage collectif dans le pays chalonnais. Lors de l’assemblée générale constitutive de cette dernière, Didier a été élu président de cette coopérative : « il y a quelques années, avec plusieurs éleveurs près de Saint-Martin-en-Bresse, nous réfléchissions déjà à monter un laboratoire. C’était malheureusement juste avant la crise de la grippe aviaire. En tant qu’adjoint au maire, chaque année, l’engouement sur le marché de Noël pour les produits de terroirs se confirme. On ressent que les gens recherchent ce contact avec les éleveurs et aiment l’idée des circuits courts : directement du producteur au consommateur. Réduire les intermédiaires permet aux consommateurs d’être rassurés sur les produits qu’ils mangent. Dans mon secteur, de petites structures font déjà de la vente directe et ce secteur est porteur. Aujourd’hui, avec cette structure d’abattage en Cuma, on compte développer cette vente directe. Ensuite, on pensera peut-être à augmenter la production. En développant petit à petit la clientèle, il sera possible de faire éventuellement d’autres volailles pour les commercialiser. Pour ma part, je travaille avec un abattoir et souhaite continuer à travailler avec ce dernier. Cette Cuma vient en complément. Plus tard, si un projet de magasin collectif –comme il en existe un près de Mâcon (Les Saveurs mâconnaises, ndlr)– se monte dans le Chalonnais, peut-être que l’on rentrera dedans. Les politiques poussent dans ce sens : moins de trajets = moins de pollution. C’est dans l’esprit touristique de la région : une sorte de vitrine agricole ».