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Agrioccasions, les occasions agricoles
Production laitière

Ne pas sacrifier l’avenir au présent

Dans un contexte qui ne lui est pas particulièrement favorable, la
production laitière semble plus que jamais à l’heure des choix. Persuadé
que de véritables perspectives s’ouvrent aux producteurs de notre
département, Régis Dumey, président de la section des éleveurs laitiers
de la FDSEA, plaide en faveur de l’organisation et l’optimisme. Tribune.
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Les producteurs de lait vivent à nouveau une période particulièrement perturbée à tel point qu’un certain nombre d’entre eux s’interrogent sur la pérennité de la production sur leur exploitation.
La situation actuelle est certes particulièrement préoccupante puisque l’on cumule au même moment des éléments conjoncturels que sont :
• la baisse du prix du lait ;
• l’augmentation des charges d’alimentation, d’énergie…
Et des éléments plus structurels comme :
• l’incertitude croissante pour pérenniser les débouchés du lait du département et de l’environnement ;
• la comparaison décevante du revenu de l’atelier laitier par rapport aux autres productions ;
• l’augmentation de la charge de travail liée au développement des volumes dans de nombreuses exploitations ;
• les incertitudes liées à l’évaluation de la Pac.

A l’heure des choix


Face à ce constat, deux stratégies existent :
Soit la fatalité. Et il ya fort à parier dans ce cas que le paysage laitier de notre département ressemblera dans un avenir proche à celui des régions du centre de la France ou du Bassin parisien, secteurs où même les producteurs les plus motivés sont obligés d’arrêter. Nous ne pourrons alors que constater les dégâts au niveau économique, social et environnemental.
Soit l’action. Même si les solutions ne sont pas simples, notre ambition est de maintenir le potentiel de production de notre département. C’est clairement ce qui a été débattu et validé lors de la réflexion "L’avenir en confiance" initiée récemment par les organisations professionnelles agricoles départementales.
"Pourquoi ce choix ?", interrogeront certains. Tout simplement parce que nous sommes convaincus que la production laitière restera une activité économique adaptée à nos territoires qui assure sa part de création de valeur ajoutée. Les fondamentaux des marchés laitiers sont d’ailleurs les mêmes qu’en céréales ou en viande bovine.
Les régions plus spécialisées (Ouest, Grand Est) ne s’y trompent pas et se préparent activement à maintenir, voire à développer leur production. Dans ce contexte, notre système de polyculture-élevage avec l’équilibre entre les productions animales et végétales est et restera un atout de compétitivité économique et environnemental que nous devons valoriser.

D’abord sécuriser l’aval


Parce que la garantie de débouchés est primordiale pour le maintien de la production, il est stratégique de sécuriser l’aval de la filière.
A ce sujet, la situation des producteurs livrant à Fromagers en Bourgogne reste aujourd’hui la préoccupation majeure. Le rôle et l’action des organisations économiques de producteurs seront déterminants pour sécuriser ces débouchés.
A ce titre, je veux saluer le travail engagé - peut-être discret mais constructif - par certaines organisations en partenariat avec les opérateurs industriels de la région. De plus, une équipe prospective engagée par les chambres d’agriculture, notamment de l’Ain et de Saône-et-Loire est en cours. Et même s’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, je veux rester confiant quant à l’issue de ce dossier.

Maintenir le potentiel de production


Performance économique et vivabilité sont le meilleur gage de pérennité des exploitations. Ces éléments méritent d’être appréhendés de manière plus approfondie dans chaque exploitation, notamment pour celles qui ont connu un développement de production avec des conséquences souvent non négligeables sur la rentabilité de l’atelier et sur l’organisation du travail. C’est l’enjeu de l’évolution des services technico-économiques qui permettront d’apporter aux producteurs des réponses adaptées pour améliorer la performance de leurs entreprises.

Privilégier la transmission à la cessation


Un certain nombre de producteurs ferait encore le choix d’arrêter la production sur leur exploitation avec, dans certains cas, des volumes de production importants, des cheptels de haute qualité, des bâtiments encore fonctionnels.
Il est urgent que la profession se mobilise pour communiquer, pour expertiser et proposer toutes les solutions qui permettent de transmettre l’activité laitière et de la maintenir sur un territoire. Là encore, les producteurs ont besoin d’accompagnement de haute qualité pour maitriser et réussir dans ces projets de transmission.

Résister aux crises conjoncturelles


Il serait illusoire de croire que les prix de nos produits seront stables. La fluctuation des prix est devenue une réalité et la production laitière comme d’autres n’y échappe pas. Ce phénomène est aujourd’hui accentué par la remise en cause de plus en plus récurrente du système de fixation des prix au niveau interprofessionnel.
Dans ces conditions et même si les indicateurs de marché nous laissent à penser que les prix du prix doivent se rétablir début 2013, le rôle et le pouvoir de négociation des organisations de producteurs deviendra déterminante dans la fixation du prix payé aux producteurs.
De plus, l’efficacité économique des exploitations sera un élément très pondérant.

L’avenir de la Pac


Même si beaucoup d’incertitudes persistent encore aujourd’hui sur une éventuelle réforme de la Pac, à commencer par la question de son budget, la problématique de l’élevage semble être sur le devant de la scène. Nous aurons encore besoin d’un syndicalisme responsable et dynamique pour négocier une réforme équilibrée entre les différentes productions dans un contexte financier délicat. Et la force et le pouvoir de notre organisation ne sont que le reflet de l’engagement de chacun.
Voici résumé en quelques lignes l’état d’esprit qui nous anime aujourd’hui.
Restant persuadé que de véritables perspectives s’ouvrent à nous, l’organisation et l’optimisme nous feront gagner.