Nouveaux liens contractuels avec Danone
L’année écoulée a vu, comme principal temps fort, la naissance d’une contractualisation avec Danone. Différents points ont été négociés, qu’il s’agisse du DQSE (Danone qualité sécurité et environnement), de la détermination du volume A de référence, de la facturation, de la gestion des volumes - avec l'engagement de Danone à ne pas délocaliser -, de l’assurance, des primes spécifiques ou encore des spécificités propres à la région Centre-Est. Pour ce qui est de la convention de fonctionnement, il y aura un minimum de deux réunions par an, une transparence des informations, la mise en place d’une commission technique, la prise en compte des conséquences de possibles intempéries (neige, verglas, inondation…) dans la collecte et un accord sur la durée. Le contrat signé la semaine passée arrivera à échéance le 31 mars 2016. Cette matinée de travail a, par ailleurs, permis à Jean-Luc Mauchand d’évoquer la problématique de la laiterie Fromagers en Bourgogne à Verdun-sur-le-Doubs et les énormes incertitudes qui planent autour de l'entreprise. Avec une possible (probable ?) fin de collaboration entre les producteurs de lait et Fromagers en Bourgogne. « Le risque est très important », ont souligné les producteurs.
Une relation commerciale durable avec Danone
Lors de son rapport moral, le président de la nouvelle association laitière Jura Bresse - née le 7 mars dernier - s’est penché sur le passé tout en évoquant l’avenir : « la campagne 2011 restera dans les mémoires avec une sécheresse printanière qui aurait pu être catastrophique sur le plan de la récolte des fourrages destinés à l’alimentation de nos cheptels laitiers… Pendant ce temps, le prix du lait a connu une hausse comparable à celle de 2010 de l’ordre de 20 € pour 1.000 litres. Parallèlement, les charges ont aussi augmenté. Par conséquent, les résultats technico-économiques des élevages laitiers de notre région ne sont que semblables à ceux de la campagne 2008. » Et Laurent Boivin, président, de se féliciter de la signature d’un contrat avec Danone. « La garantie d’une collecte durant les cinq prochaines années, voire même au-delà ; la sécurité d’un prix du lait déterminé à partir des indices du Cniel ; une volonté de ne pas délocaliser le lait à compter de 2015 en privilégiant le produit local à côté des usines Danone ; le souhait de discuter ensemble la veille de la fin des quotas sur le comment gèrera-t-on la mobilité et la réglementation des références laitières ; autant de points principaux rassurants pour le court et le moyen terme. » Se disant inquiet pour les producteurs de lait qui livrent à Fromagers en Bourgogne, il rappellait que la problématique de la restructuration de collecte était plus que jamais d’actualité. « D’ici à la fin de l’année, des choix cruciaux, des décisions importantes devront être prises pour préparer notre avenir en bon partenaire de filière. Aussi, je crois que nous pouvons être fiers d’avoir construit une relation commerciale durable avec Danone. C’est pourquoi, dès à présent, je vous invite tous et toutes à adhérer à l’association laitière Jura Bresse si ce n’est déjà fait, afin d’être en mesure de signer les documents contractuels que vous recevrez très bientôt ».
Une restructuration incontournable
La deuxième partie de l'assemblée générale a permis d’assister à une table ronde ayant pour thème "Face aux enjeux mondiaux, quelle place pour les producteurs de lait de notre zone intermédiaire ?". L’occasion pour Régis Dumey, président de la section des éleveurs laitiers de la FDSEA, de souligner qu’aujourd’hui 150 millions de litres de lait produits dans la région Centre-Est ne sont pas valorisés au prix interprofessionnel. Face à cette problématique et celle de l’évolution très incertaine de la Pac, il a estimé que « nous changeons de monde. C’est à nous de nous organiser. Plusieurs solutions s’offrent à nous. Il faudra notamment travailler sur la compétitivité des exploitations ». Avec la volonté de profiter de certaines opportunités, notamment à l’étranger, « mais nous n’avons pas les outils pour en profiter ». Le mot d'ordre doit être, selon lui, la rationalisation. Si Denis Richard, des Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire, tenait à rappeler que la présence de partenaires financiers était essentielle au moment de l’installation et que l’accompagnement était crucial, Florence Chambon, directrice Lait chez Danone, a tenu à préciser que « nous souhaitons développer la zone de collecte autour de nos usines. Votre région est une région d’avenir pour le lait. Elle dispose de nombreux atouts. Mais il y a des soucis en terme d’organisation ; nous ne pouvons pas continuer à travailler avec des structures éclatées sur le territoire. Une restructuration est fondamentale ; nous sommes prêts à vous y aider. »
Plusieurs défis pour la filière hexagonale
L’une des interventions phares de cette matinée était l’œuvre de Baptiste Lelyon de l’Institut de l’élevage. Il a, dans un premier temps, dressé le bilan de la production laitière dans le monde, laquelle augmente de manière régulière pour atteindre 700 millions de tonnes. La production a un fort potentiel de développement, lequel devrait suivre celui de la population de la planète. Néanmoins, l’échange de lait dans le monde est extrêmement restreint puisqu’il ne représente que 52 millions de tonnes. Aussi, « une faible fluctuation de la quantité sur le marché entraîne une forte fluctuation des prix. Le marché est de plus en plus volatile du fait du désengagement des pouvoirs publics et de la volonté de l’Union européenne ». On remarquera également une interconnexion entre le marché des produits laitiers et les prix du pétrole. En outre, on notera que les prix des produits laitiers dans le monde tendent à se rapprocher.
La sortie des quotas imposera une modification des relations livreurs collecteurs ainsi qu’un passage d’une régulation publique à une régulation privée. Le potentiel de production sera plus ou moins encadré selon les transformateurs, le prix du lait plus ou moins volatile selon les transformateurs et l’écart accru entre les transformateurs. Concernant les principaux concurrents de la France sur le marché mondial, les freins à leur développement sont nombreux. Que ce soit pour la Nouvelle Zélande (prévisions peu réalistes), les Etats-Unis et l’Argentine (forte compétition pour le foncier avec le soja et le maïs), l’Allemagne (peu de surfaces convertibles, forte concurrence avec le biogaz dans le Nord), les Pays-Bas et le Danemark (foncier coûteux, contraintes environnementales fortes), la Grande-Bretagne (manque de producteurs) et l’Irlande (forte saisonnalité). Quant à la filière hexagonale, elle devra faire face plusieurs défis, qu’il s’agisse de la nouvelle réforme de la Pac, de l’installation et du renouvellement démographique, de la compétition des céréales, de la volatilité des prix ou encore des challenges à relever pour les transformateurs (conservation de volumes de lait dans les zones de déprise, identification des marchés porteurs, gestion de l’entreprise).