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Agrioccasions, les occasions agricoles
Syndicat caprin de Saône-et-Loire

Optimiser son outil de travail

L’assemblée générale du Syndicat caprin de Saône-et-Loire a été l’occasion d’aborder la problématique du travail et de l’ergonomie. Deux interventions ont ainsi permis de présenter ce qu’est aujourd’hui le métier d’éleveur, ses atouts, ses contraintes et ses difficultés.
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A l’occasion de l’assemblée générale du syndicat caprin de Saône-et-Loire le 22 novembre dernier à Jalogny, place avait été laissée en matinée aux interventions de Marie-Annick Dye, technicienne caprin en Isère, et de Karine Argoud-Puy, éleveuse à Corrençon-en-Vercors.
Dans un premier temps, Marie-Annick Dye s’est intéressée au travail et à l’ergonomie. Ainsi, dans le cadre d’une installation, il faut en premier lieu évaluer au plus juste et quantifier la charge que suppose cette tâche et sa pénibilité. « Il y a deux aspects du travail qu’il faut envisager : au niveau physique et en terme de charge mentale. La première approche avec celui qui souhaite s’installer consiste à s’intéresser au cheptel en terme d’alimentation et de traite. Pour ce qui est de l’alimentation, il faut penser les choses simplement ». Par ailleurs, il s’avère très difficile de quantifier le temps de travail lorsque l’on souhaite faire du pâturage. « Le temps de travail risque alors de s’envoler. Il y a aussi la problématique d’emmener l’eau au pâturage ». Il ne faut pas non plus oublier le temps de travail en fromagerie. « Mais il faut déjà savoir ce que l’on veut faire au départ ». C’est-à-dire soit faire du lactique avec la répartition suivante de temps de travail : 30 % consacré au moulage, 25 % au lavage et 45 % à d’autres tâches. Soit faire de la pâte pressée (20 % de temps consacré au moulage, 20 % au lavage et 60 % à la cave).
« En terme de temps de travail, tout dépend de son équipement ». Dès lors, il y a un arbitrage à faire entre le temps de travail et l’investissement. Certains gains de temps importants peuvent être réalisés au niveau du lavage. Pour ce qui est de la cave, « il faut bien penser à l’ergonomie et à la traçabilité, cette dernière n’étant pas toujours simple ». Quant à la commercialisation, « il s’agit du poste le plus difficile à appréhender. Cela peut être très important au début avec notamment le démarchage ». Ainsi, s’installer sur un marché nécessite souvent d’être sur place dès 7 heures le matin jusqu’à plus de 13 heures. Il faudra aussi aller à la rencontre des revendeurs. La dernière étape importante, voire même essentielle, consiste à réaliser le travail administratif qui est de plus en plus conséquent chaque année. Cela représente environ deux jours par mois. « C’est vraiment vital d’y passer du temps ». Le tout sans oublier le nettoyage de fond, notamment de la fromagerie, qui doit se faire régulièrement.

Epanouie dans son métier


Installée en zone de montagne à Corrençon-en-Vercors depuis septembre 2001, Karine Argoud-Puy compte 35 chèvres et dispose d’une surface de 12 hectares Une hors cadre familial – diplôme d'ingénieur agricole en poche – qui a créé de toute pièce son activité. Une structure qui commercialise ses fromages grâce à la vente directe à la ferme (à 75 %) ainsi que sur les marchés et auprès de crémeries. Cette exploitation profite aussi de la manne touristique en hiver ainsi qu’aux mois de juillet et août.
Dans un premier temps, Karine Argoud-Puy a rappelé que ce métier avait non seulement des spécificités, mais aussi une réelle astreinte avec notamment un travail à faire sept jours sur sept sans vraiment d’horaires fixes. Il y a aussi une dissociation difficile entre la vie professionnelle et la vie privée. « Il faut bien savoir où l’on veut aller, savoir bien définir ses objectifs. C’est propre à chaque personne. Avec mon mari, nous avons choisi au départ d’avoir un bâtiment en bois. Nous en touchons aujourd’hui les dividendes, notamment auprès des touristes ». Alors que l’économique a été prioritaire à ses yeux les cinq premières années, il ne faut absolument pas négliger des points aussi essentiels que faire perdurer l’exploitation familiale alors que les objectifs peuvent être différents entre, par exemple, les parents et les enfants. Il est également essentiel d’envisager aussi bien son temps libre que sa vie personnelle extérieure ou encore la technicité de l’élevage. « Les choses évoluent au fil du temps. La viabilité de l’exploitation dépend de l’adéquation des objectifs avec la réalité de l’exploitation ».

Ne pas s’enfermer dans la solitude


La satisfaction de l’exploitant(e) est essentielle, et cela que ce soit dans son travail, celle de ses associés, par rapport à son entourage et par rapport à l’extérieur. « Il ne faut surtout pas rester renfermé su soi-même. Mais aussi définir ce dont on a absolument besoin. Il est indispensable de garder un plaisir dans son travail ». Cette intervention a aussi permis de se pencher sur plusieurs points cruciaux, à savoir la main-d’œuvre, les solutions permettant d’améliorer son organisation, les équipements ou encore l’embauche d’un apprenti. « Tout changement entraîne un déséquilibre sur l’exploitation et il faut souvent repenser le système dans l’ensemble. J’ai décidé d’avoir recours à une jeune fille en apprentissage. Je suis ravie. Cela a certes un coût. Ce n’est pas simple de travailler avec quelqu’un alors que je travaillais seule mais cela m’a beaucoup apporté. Je pense aussi qu’un stagiaire apporte tout autant à l’éleveur que l’éleveur apporte au stagiaire. Un stagiaire peut interpeller sur certains sujets qui bousculent un peu nos certitudes. Il faut faire attention à la solitude qui peut peser au fil du temps, à ne pas s’installer dans une routine. Ce n’est pas toujours facile de déléguer à un apprenti, à un salarié. Il faut accepter qu’il travaille différemment de soi. Il est important qu’il soit également épanoui dans sa tâche ».

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