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Agrioccasions, les occasions agricoles
Conseil fédéral extraordinaire

Organiser l’opération paille

Le 31 mai au soir, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs organisaient un Conseil fédéral extraordinaire pour traiter de la sécheresse et, ensemble, affiner une stratégie. Retour sur la mise en place d’une dynamique nécessaire, basée sur la mutualisation et la solidarité.
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Inutile de tourner autour du pot : la sécheresse printanière exceptionnelle qui a sévi jusqu’à la veille du Conseil fédéral marque les esprits : des céréales au potentiel gravement impacté, tant en grains qu’en volumes de paille, des fourrages bien maigres, avec des récoltes allant d’ores et déjà de 50 à seulement 20 % des normales… Pas besoin d’en rajouter pour savoir que le monde agricole est inquiet. D’autant que cette nouvelle crise survient, notamment pour le monde de l’élevage, dans un contexte profondément dégradé… et la question qui trotte dans les esprits est celle du financement des fourrages qu’il faudra faire venir d’ailleurs…

Inverser le cours des choses, moraliser le marché


Alors, la crise de trop ? En l’état actuel des choses, c’est à redouter ; pour autant, mardi 31 mai au soir, dans la salle des fêtes de La Guiche, chacun refusait de baisser les bras, s’attelant d’ores et déjà dans ce qui pourrait être une nouvelle "Opération paille", même si les contours de cette dernière doivent encore être affinés.
La profession, mobilisée, veut croire à sa capacité collective à inverser le cours des choses. Il faut dire qu’en la matière, elle a quelques réussites à son actif, que cela soit en 1976, ou plus récemment en 2003. Mais 2011 n’est pas 2003 et les réponses à apporter doivent être adaptées, étudiées, affinées dans les moindres détails, sachant que la profession a une seule ambition : mobiliser toutes les énergies pour ramener de la paille et des fourrages de substitution à hauteur des besoins et ainsi moraliser un marché qui ne demande qu’à… s’enflammer. Pour preuve, certains dans la salle évoquaient des pailles à 150 € la tonne rendue, voire beaucoup plus… De cela, il n’en est pas question !
Tout au long de la soirée, les nombreuses interventions de la salle illustraient le désarroi profond qui a gagné les campagnes.

Une urgence !


« La paille, nous l’avons ! », a martelé à plusieurs reprises Yves Bonnot, président de la FDSEA, pour qui la priorité doit conduire les éleveurs à aller dans les zones céréalières transformer l’essai de la profession. C’est un fait : les producteurs de céréales ne broieront pas - dans leur immense majorité - la paille à la moisson, le travail de sensibilisation réalisé bien en amont porte ses fruits. Mieux, la moralisation des prix est une réalité et chacun s’est accordé à reconnaître une valeur agronomique (valeur fertilisante et matière organique) comprise entre 20 et 25 € la tonne en andain, et cela alors que nombre de céréaliers ont d’ores et déjà annoncé qu’ils offriraient la paille. Mais à la condition expresse, martèlent-ils, de connaître le responsable du chantier, et de voir la paille être rapidement et proprement retirée. Des garanties somme toutes bien légitimes.
Si David Bichet, président des JA 71, se félicitait de « la solidarité spontanée » du monde céréalier, il invitait chacun dans le monde de l’élevage à ne pas laisser dire n’importe quoi dans les campagnes à ce sujet.
« La paille est retenue, il nous faut nous engager à la faire ! ». Le président de la FDSEA citait ainsi les contacts établis depuis déjà plusieurs semaines avec les départements de l’Yonne, de l’Aube, de Seine-et-Marne, mais aussi de la Marne, de l’Oise ou encore de l’Aisne, repris en cela par Bernard Lacour, secrétaire général de la FDSEA, pour qui la priorité absolue est d’établir les contacts de manière à offrir des garanties aux producteurs de céréales, avant la moisson. En un mot, ça urge ! Et il faut que le réseau s’engage et se mette en ordre de bataille.

Nécessaire mutualisation et indispensable solidarité


Le hic se situe d’ores et déjà autour de la délicate question du pressage, mais surtout celle du transport. Comme le rappelait Bernard Lacour, le parc français de camions s’est réduit de près de -20 % depuis 2003, et le contexte du coût des carburants n’est pas non plus le même. « Il est évident que le transport d’une paille rapatriée de Côte-d’Or ou de l’Yonne ne sera pas le même que celui d’une paille pressée dans la Seine-et-Marne, et a fortiori dans l’Oise », notait les responsables professionnels qui en appelaient clairement à une mutualisation de ces coûts. Et ce d’autant plus que les estimations des besoins mettent en évidence des volumes d’ores et déjà « importants », comme le soulignait Philippe Vuillot, responsable du service économique et syndical de la FDSEA. Des estimations que la FDSEA invitera chacun à confirmer sous peu.

Un seul objectif


Aussitôt était posée la question de l’ouverture ou non du dispositif aux non-adhérents à la FDSEA et aux JA, une question manifestement sensible et vivement débattue. S’en suivait celle des aides publiques qui seront, on s’en doute, les bienvenues, pour ne pas dire qu’elles s’avèreront indispensables, pour tenter de maîtriser le coût du transport. La question du recours à l’armée ou à la SNCF était aussi abordée, sans grande conviction au regard des expériences passées, bien qu’elles ne soient pas à négliger. Autant de questions qui interdisent, pour le moment, d’afficher un quelconque prix de la paille rendue Saône-et-Loire.
« Quoi que nous fassions, nous nous ferons engueuler », résumait avec philosophie David Bichet, bien résolu à agir pour répondre à son « seul objectif : fournir de la paille aux animaux en quantité suffisante et au meilleur coût possible ». Car, pour tous, la seule question est désormais de savoir comment on sauve notre cheptel en évitant une braderie, et comment on évite les "conneries" individuelles avec des achats élevés en andains…
Une position qui résume celle qui a conduit les JA et la FDSEA à envisager une "Opération paille 2011".



L’union sacrée


Présents au Conseil fédéral, les principaux responsables d’organisations agricoles de Saône-et-Loire ont tous apporté leur soutien à cette action mise en place, apportant les compétences et les moyens respectifs de leur organisation. On notait ainsi la présence des représentants de la chambre d’agriculture, de la MSA de Bourgogne, de Groupama, du Crédit agricole, de la FDCuma, de la coopération, à l’instar de Téol, ou encore du GDS.




Ils ont dit...


David Bichet : « nous avons adressé un avertissement pour que tout ceux qui gravitent de près ou de loin ne cherchent pas à tirer profit de la situation de crise dans laquelle nous sommes. Sans viser qui que ce soit en particulier. Nous nous réservons le droit de quelques opérations "commandos" si nous le jugeons nécessaire… » Une position très applaudie.


Bernard Lacour : « en 2003, quand on a pris conscience des besoins, la moisson était terminée chez nous et tout était broyé en Bourgogne. Cette année, nous prenons le dossier largement en amont et il ne se broiera pas ou très peu de paille ».


Michel Joly : « l’important, c’est d’aller monter faire de la paille et de faire naître la confiance avec les producteurs de grandes cultures sur le terrain ».


Christian Bajard : « attention à ne pas brader notre cheptel ! Pour le moyen terme, nous travaillons à la section bovine sur l’accroissement de l’autonomie de nos exploitations et sur le fait de redonner de la souplesse dans la gestion de nos exploitations d’élevage ».


Xavier Rizet : « la véritable interrogation si l’on a la marchandise, c’est de savoir si nous pourrons la payer. J’adresse un coup de chapeau à ceux qui s’attellent à faire quelque chose. La vraie question est que l’élevage allaitant n’arrive plus à subvenir à ses besoins depuis 4 à 5 ans. Nous avons besoin d’un positionnement politique fort ».


Jean-Luc Desbrosses : « cette réunion est le reflet du niveau de l’inquiétude dans nos campagnes. Comment faire face à une période exceptionnelle si ce n’est par la solidarité ! Solidarité entre production : elle est effective. Solidarité entre nous : ce soir en est la démonstration. Solidarité entre organisations agricoles : elle se met en place. Solidarité avec la Nation, avec le Département, avec la Région : nous n’y échapperons pas ! Mais il faudra aussi de la solidarité au sein de notre filière… »


Pierre Dufour : « malheureusement, on va devoir gérer une crise de plus. Pour la MSA, cela passe par un accompagnement individuel, suite à une demande individuelle préalable ! Il y aura remise des pénalités pour les productions en crise. Si vous avez des difficultés, manifestez-vous auprès de la caisse avant le 2e appel ! ».


Christian Plasson : « Groupama peut réaliser plusieurs interventions possibles : assurance des bénévoles, des tas de paille et du transport. En cas de difficultés de paiement de vos primes, nous sommes à votre écoute. Quant à ceux qui sont assurés en Multirisques climatiques, faites dès maintenant - et avant toute récolte - votre déclaration ».


Alain Saunier : « avec les Cuma, nous avons engagé un recensement du matériel ici, mais aussi sur place, dans les départements de production de paille ».


Gilles Mazille : « nous travaillons à un aliment sécheresse. Il faut aussi penser aux cultures dérobées, type moha, sorgho fourrager ou millet, si des fois le climat venait à changer ».



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