Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire
Ouverts et constructifs !
Pour devenir agriculteur aujourd’hui, mieux vaut être très motivé ! Incertitudes mondiales, marges économiques qui s’amenuisent sans cesse, opacité des filières, capitaux trop chers et peu rentables, démantèlement des soutiens à la politique d’installation, attaques de la société : il y a de quoi faire fuir les vocations. Mobilisés contre ces nombreuses difficultés, les Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire essaient constamment de faire bouger le cadre en faveur des nouveaux venus. Résolument constructifs, ils cherchent à instaurer le dialogue avec leurs interlocuteurs. Entretien avec David Bichet, président, et Jérémy Decerle, secrétaire général.
Votre assemblée générale aura lieu vendredi prochain à Saint-Bérain-sous-Sanvignes. Quel en est le thème central ?
David Bichet : elle sera placée sous le signe des problématiques sociétales. Nous essaierons de répondre à la question : « qu’est-ce que la société attend de nous, agriculteurs ». Pour préparer ce débat, les présidents de cantons JA ont réalisé une enquête "micro-trottoir" dans plusieurs villes du département. Les questions étaient du genre « pensez-vous que l’agriculture produit mieux ou moins bien qu’il y a 50 ans ? Quelles sont selon vous les différentes missions de l’agriculture ? Considérez-vous qu’il soit plus dangereux de se nourrir aujourd’hui qu’il y a 50 ans ? ». Les jeunes agriculteurs ont eux-mêmes répondu au questionnaire. Avec les réponses obtenues, nous avons pu réaliser un sondage. Nous en présenterons les principaux résultats vendredi prochain à l’occasion de notre table ronde. Ensuite, nous en débattrons avec nos invités.
Le but, c’est que chacun des représentants de différentes composantes de la société nous dise ce qu’il attend de nous ! Que chacun exprime clairement ce qu’il est prêt à accepter, de sorte qu’on finisse par tomber d’accord sur un certain nombre de points. On pourrait alors signer une charte commune qui nous permettrait d’orienter les jeunes dans la bonne voie.
Jérémy Decerle : le problème aujourd’hui, c’est que tout le monde a un avis sur la question ! On se critique par média interposé. On s’échange des courriers incendiaires. Mais il n’y a pas de débat ouvert. Avec notre table ronde, nous avons choisi d’être constructifs. Nous voulons discuter avec les représentants de différents courants de pensée. Le thème de notre AG est une préoccupation qui est remontée de notre base. Il y a une réelle difficulté à développer l’agriculture aujourd’hui. Certains projets sont devenus irréalisables à cause de la pression de certains opposants. C’est une réelle inquiétude pour les jeunes qui souhaitent s’installer.
Il y a un an, vous lanciez un ultimatum à la filière bovine départementale. Pour que les prix deviennent rémunérateurs, vous suggériez une véritable remise en question de l’organisation commerciale. Quelles ont été les suites de cette action ? Où en êtes-vous aujourd’hui ?
D. B. : suite à notre dernière AG, nous avons rencontré tous les groupements du département. Ils nous ont suggéré de leur soumettre notre vision de la « filière idéale ». C’est ce que nous avons fait en septembre dernier à Jalogny. Pour parvenir à un prix rémunérateur, nous suggérions d’établir une grille de prix unique, garantissant une plus-value systématique. Un dispositif qui économiserait tout « maquignonnage » en ferme, mais qui exige, en contre partie, que les éleveurs planifient, engagent leurs animaux. Suite à cela, nous aurions voulu que les trois groupements se mettent autour d’une table pour discuter entre eux de notre proposition. Ils ont préféré nous recevoir chacun de leur côté pour nous présenter ce qu’ils faisaient en matière de contractualisation. Nous avons pris note de ce qu’ils proposaient et, à partir de là, nous avons travaillé à un projet de contractualisation commun à tous les groupements. Un "contrat type" que nous allons leur soumettre très prochainement.
J. D. : si la sérénité semble revenue, nous sommes toujours déterminés ! Nous sommes ouverts, compréhensifs et résolus, mais pas naïfs ! Les choses doivent évoluer et l'on ne peut se contenter d'une hausse de cours davantage due au contexte mondial qu'à une réelle organisation de la filière. Si l'on a l'impression que l'on cherche à nous "endormir", nous montrerons à nouveau les dents !
Il faut que ce projet aboutisse. Nous pensons que les stratégies des uns et des autres sont louables, mais aussi parfaitement complémentaires. Il ne faut pas que ce soit des problèmes liés au passé qui alourdissent l'évolution de la filière.
D. B. : il y a un an, nous mettions en place un circuit court avec l’enseigne Leclerc de Montceau. En moyenne, ce sont deux bêtes semaines qui sont ainsi valorisées sur ce créneau sans intermédiaire. Des discussions sont actuellement en court avec d’autres enseignes. Cela prouve bien qu’il est possible de s’organiser différemment.
Le Crédit agricole vient d’accorder la possibilité d’une "année blanche" pour les agriculteurs en difficultés économiques. Pour les JA de Saône-et-Loire, qui se sont particulièrement battus sur ce dossier, c’est une avancée syndicale majeure...
D. B. : nous ne sommes pas mécontents. Mais notre idée de départ, c’était une année blanche totale sur l’ensemble des prêts et accessible à tous. Or, cette pause dans les remboursements ne s’applique qu’aux prêts non bonifiés, d’où un effet limité pour les jeunes. La question était aussi de savoir comment on informe les gens sur cette nouvelle possibilité. Nous venons d’adresser à l’ensemble de nos adhérents un état des lieux de tout ce qui existe pour les aider, y compris l’année blanche.
J. D. : il a quand même fallu en passer par une action syndicale forte : le placardage d’une trentaine d’agences bancaires en Saône-et-Loire… Sans cette démonstration de force, nous n’aurions sans doute pas été entendus.
Depuis deux ans, on assiste à une véritable chute des installations en Saône-et-Loire. La conjoncture économique est une explication, mais il y a eu aussi la disparition des Adasea et, avec elle, la fonte des moyens publics destinés à soutenir la politique d’installation. Comment analysez-vous cela ?
J. D. : de 138 en 2009, le nombre des installations est passé à moins de cent en 2010 pour descendre à 84 en 2011. Et la tendance ne devrait pas être meilleure cette année.
D. B. : il y a eu l’effet crise avec un secteur allaitant très touché. Mais il y a aussi des jeunes qui étaient sur le point de s’installer et que les banques n’ont pas pu suivre, voyant le montant des capitaux et leur faible rentabilité !
J. D. : beaucoup de jeunes n’ont pas pu s’installer parce que les exploitations à reprendre étaient trop chères. Résultat : elles sont parties à l’agrandissement. Cela pose la question de la transmissibilité des outils.
D. B. : on comprend aussi qu’un retraité ait envie de valoriser son capital.
J. D. : il faut qu’on s’attèle à accompagner aussi bien les cédants que les repreneurs. Si l’accompagnement des jeunes est plutôt adapté aujourd’hui, il manque des choses pour les futurs cédants : une revalorisation des retraites serait un plus. Un accompagnement humain aussi.
On ne peut pas nier non plus le désengagement de l’Etat en matière d’installation. En sept ans, environ 30 millions d’euros de financement des missions de service public ont été perdus. Avec la fin des Adasea, toute une partie de l'accompagnement à l'installation a été fortement impactée. Notre volonté à nous, JA 71, a été de ne pas perdre tous ces outils, ni ces compétences. Nous avons été suivis par l’ensemble des OPA du département qui ont toutes affiché leur attachement au renouvellement des générations.
D. B. : une nouvelle offre "PDE" a ainsi pu voir le jour. Succédant à l’EPI, cette étude économique est désormais réalisée par la chambre d’agriculture, en partenariat avec les centres de comptabilité et de gestion du département. Cela a permis d’aboutir à une seule offre au même prix. Nous avons voulu que cet outil soit étoffé avec un suivi au-delà de l’installation et une assistance au niveau administratif la première année.
J. D. : nous avons fait le choix d’améliorer le PDE, même s’il fallait en augmenter le coût. Nous voulions que ce PDE ne soit pas qu’une formalité administrative. Grâce à un bon accompagnement des candidats à l’installation, plus de 90 % des jeunes sont encore en activité dix ans après leur installation ! Cet accompagnement, nous y sommes très attachés. C’est ce qui nous vaut de présider la commission d’orientation transmission installation au sein de la chambre d’agriculture.
AG des JA 71 le 16 mars à Saint-Bérain
David Bichet : elle sera placée sous le signe des problématiques sociétales. Nous essaierons de répondre à la question : « qu’est-ce que la société attend de nous, agriculteurs ». Pour préparer ce débat, les présidents de cantons JA ont réalisé une enquête "micro-trottoir" dans plusieurs villes du département. Les questions étaient du genre « pensez-vous que l’agriculture produit mieux ou moins bien qu’il y a 50 ans ? Quelles sont selon vous les différentes missions de l’agriculture ? Considérez-vous qu’il soit plus dangereux de se nourrir aujourd’hui qu’il y a 50 ans ? ». Les jeunes agriculteurs ont eux-mêmes répondu au questionnaire. Avec les réponses obtenues, nous avons pu réaliser un sondage. Nous en présenterons les principaux résultats vendredi prochain à l’occasion de notre table ronde. Ensuite, nous en débattrons avec nos invités.
Le but, c’est que chacun des représentants de différentes composantes de la société nous dise ce qu’il attend de nous ! Que chacun exprime clairement ce qu’il est prêt à accepter, de sorte qu’on finisse par tomber d’accord sur un certain nombre de points. On pourrait alors signer une charte commune qui nous permettrait d’orienter les jeunes dans la bonne voie.
Jérémy Decerle : le problème aujourd’hui, c’est que tout le monde a un avis sur la question ! On se critique par média interposé. On s’échange des courriers incendiaires. Mais il n’y a pas de débat ouvert. Avec notre table ronde, nous avons choisi d’être constructifs. Nous voulons discuter avec les représentants de différents courants de pensée. Le thème de notre AG est une préoccupation qui est remontée de notre base. Il y a une réelle difficulté à développer l’agriculture aujourd’hui. Certains projets sont devenus irréalisables à cause de la pression de certains opposants. C’est une réelle inquiétude pour les jeunes qui souhaitent s’installer.
Il y a un an, vous lanciez un ultimatum à la filière bovine départementale. Pour que les prix deviennent rémunérateurs, vous suggériez une véritable remise en question de l’organisation commerciale. Quelles ont été les suites de cette action ? Où en êtes-vous aujourd’hui ?
D. B. : suite à notre dernière AG, nous avons rencontré tous les groupements du département. Ils nous ont suggéré de leur soumettre notre vision de la « filière idéale ». C’est ce que nous avons fait en septembre dernier à Jalogny. Pour parvenir à un prix rémunérateur, nous suggérions d’établir une grille de prix unique, garantissant une plus-value systématique. Un dispositif qui économiserait tout « maquignonnage » en ferme, mais qui exige, en contre partie, que les éleveurs planifient, engagent leurs animaux. Suite à cela, nous aurions voulu que les trois groupements se mettent autour d’une table pour discuter entre eux de notre proposition. Ils ont préféré nous recevoir chacun de leur côté pour nous présenter ce qu’ils faisaient en matière de contractualisation. Nous avons pris note de ce qu’ils proposaient et, à partir de là, nous avons travaillé à un projet de contractualisation commun à tous les groupements. Un "contrat type" que nous allons leur soumettre très prochainement.
J. D. : si la sérénité semble revenue, nous sommes toujours déterminés ! Nous sommes ouverts, compréhensifs et résolus, mais pas naïfs ! Les choses doivent évoluer et l'on ne peut se contenter d'une hausse de cours davantage due au contexte mondial qu'à une réelle organisation de la filière. Si l'on a l'impression que l'on cherche à nous "endormir", nous montrerons à nouveau les dents !
Il faut que ce projet aboutisse. Nous pensons que les stratégies des uns et des autres sont louables, mais aussi parfaitement complémentaires. Il ne faut pas que ce soit des problèmes liés au passé qui alourdissent l'évolution de la filière.
D. B. : il y a un an, nous mettions en place un circuit court avec l’enseigne Leclerc de Montceau. En moyenne, ce sont deux bêtes semaines qui sont ainsi valorisées sur ce créneau sans intermédiaire. Des discussions sont actuellement en court avec d’autres enseignes. Cela prouve bien qu’il est possible de s’organiser différemment.
Le Crédit agricole vient d’accorder la possibilité d’une "année blanche" pour les agriculteurs en difficultés économiques. Pour les JA de Saône-et-Loire, qui se sont particulièrement battus sur ce dossier, c’est une avancée syndicale majeure...
D. B. : nous ne sommes pas mécontents. Mais notre idée de départ, c’était une année blanche totale sur l’ensemble des prêts et accessible à tous. Or, cette pause dans les remboursements ne s’applique qu’aux prêts non bonifiés, d’où un effet limité pour les jeunes. La question était aussi de savoir comment on informe les gens sur cette nouvelle possibilité. Nous venons d’adresser à l’ensemble de nos adhérents un état des lieux de tout ce qui existe pour les aider, y compris l’année blanche.
J. D. : il a quand même fallu en passer par une action syndicale forte : le placardage d’une trentaine d’agences bancaires en Saône-et-Loire… Sans cette démonstration de force, nous n’aurions sans doute pas été entendus.
Depuis deux ans, on assiste à une véritable chute des installations en Saône-et-Loire. La conjoncture économique est une explication, mais il y a eu aussi la disparition des Adasea et, avec elle, la fonte des moyens publics destinés à soutenir la politique d’installation. Comment analysez-vous cela ?
J. D. : de 138 en 2009, le nombre des installations est passé à moins de cent en 2010 pour descendre à 84 en 2011. Et la tendance ne devrait pas être meilleure cette année.
D. B. : il y a eu l’effet crise avec un secteur allaitant très touché. Mais il y a aussi des jeunes qui étaient sur le point de s’installer et que les banques n’ont pas pu suivre, voyant le montant des capitaux et leur faible rentabilité !
J. D. : beaucoup de jeunes n’ont pas pu s’installer parce que les exploitations à reprendre étaient trop chères. Résultat : elles sont parties à l’agrandissement. Cela pose la question de la transmissibilité des outils.
D. B. : on comprend aussi qu’un retraité ait envie de valoriser son capital.
J. D. : il faut qu’on s’attèle à accompagner aussi bien les cédants que les repreneurs. Si l’accompagnement des jeunes est plutôt adapté aujourd’hui, il manque des choses pour les futurs cédants : une revalorisation des retraites serait un plus. Un accompagnement humain aussi.
On ne peut pas nier non plus le désengagement de l’Etat en matière d’installation. En sept ans, environ 30 millions d’euros de financement des missions de service public ont été perdus. Avec la fin des Adasea, toute une partie de l'accompagnement à l'installation a été fortement impactée. Notre volonté à nous, JA 71, a été de ne pas perdre tous ces outils, ni ces compétences. Nous avons été suivis par l’ensemble des OPA du département qui ont toutes affiché leur attachement au renouvellement des générations.
D. B. : une nouvelle offre "PDE" a ainsi pu voir le jour. Succédant à l’EPI, cette étude économique est désormais réalisée par la chambre d’agriculture, en partenariat avec les centres de comptabilité et de gestion du département. Cela a permis d’aboutir à une seule offre au même prix. Nous avons voulu que cet outil soit étoffé avec un suivi au-delà de l’installation et une assistance au niveau administratif la première année.
J. D. : nous avons fait le choix d’améliorer le PDE, même s’il fallait en augmenter le coût. Nous voulions que ce PDE ne soit pas qu’une formalité administrative. Grâce à un bon accompagnement des candidats à l’installation, plus de 90 % des jeunes sont encore en activité dix ans après leur installation ! Cet accompagnement, nous y sommes très attachés. C’est ce qui nous vaut de présider la commission d’orientation transmission installation au sein de la chambre d’agriculture.
AG des JA 71 le 16 mars à Saint-Bérain
« Qu’attend la société de nous, agriculteurs ? »
L’assemblée générale des Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire aura lieu le vendredi 16 mars prochain à Saint-Bérain-sous-Sanvignes, à la salle des fêtes. La première partie de la matinée sera réservée au huis clos des adhérents. La séance plénière débutera vers 11 h 30 avec une table ronde sur le thème « qu’attend la société de nous, agriculteurs ? ». Sont invités à débattre : Nicole Eschmann, vice-présidente du conseil régional, Denise Lespinasse, présidente d’UFC - Que Choisir 71, Nicolas Mousnier, administrateur JA national, Christine Robin, première adjointe au maire de Mâcon, et Christophe Sirugue, député-maire de Chalon-sur-Saône.