« Parlons aussi du pouvoir d’achat des paysans ! »
Trois questions à Xavier Beulin
Que vous inspire l’annonce de Frédéric Lefebvre sur la constitution d’un "panier des essentiels" à bas prix dans les rayons alimentaires des GMS ? De fortes inquiétudes peut-être ?
Xavier Beulin : non, l’idée est respectable, permettre de se nourrir à un prix moindre pour ceux qui ont des problèmes de début et de… fin de mois !
Mais l’application me semble plus difficile. En effet, quels produits seront sélectionnés, sur quels critères autres qu’un prix bas ? Ne faut-il pas au contraire faire tout pour que nos concitoyens puissent être… égaux devant les denrées alimentaires et le choix y afférant ? Après le "fast food", le "low cost food"… Au-delà du symbole, il faut analyser ce que cela représente exactement. Nous allons le faire dans les jours prochains à la FNSEA.
Le ministère de l’Agriculture ne semblait pas au courant de ce panier… Ce dernier n’est-il pas en contradiction avec le soutien apporté par Bruno Le Maire à votre proposition d’indexation des prix sur les matières premières ?
X. B. : il n’y a pas de contradiction, ce n’est pas la même chose. L’indexation, c’est la vérité et la transparence. Quand le prix du marché augmente, il n’est pas déraisonnable qu’il y ait répercussion. De la même façon, à l’inverse, quand les prix du marché baissent, c’est une forme de justesse et de justice que les consommateurs en profitent. Le panier de M. Lefebvre est un signe politique pour dire « nous nous occupons des plus démunis », c’est une démarche différente.
Diriez-vous que c’est un coup pub personnel du secrétaire d’Etat à la Consommation et/ou de la démagogie électoraliste sur le pouvoir d’achat des Français ?
X. B. : le pouvoir d’achat des Français est souvent la banderole des hommes politiques, le paravent des bonnes intentions… d’une conversation. Jugeons les actes, nous verrons bien !
Moi, je souhaite parler également du pouvoir d’achat des paysans, ce sera un bon sujet pour la prochaine élection présidentielle… L’agriculture en général n’est pas un sujet de coups médiatiques ou d’électoralisme, c’est un sujet de long terme, c’est un sujet durable à l’instar du pouvoir d’achat des Français.
Les inquiétudes des filières
Chez les producteurs de Légumes de France, qui connaissent déjà un mauvais début de campagne, on fustige « le panier de la démagogie et un blanc seing donné à la grande distribution pour importer des produits à vils prix et pressurer les producteurs français », estime sa présidente Angélique Delahaye. Chez les producteurs de fruits (FNPF), on déplore une opération lancée « sans concertation avec la production » et on est « fatigué de jouer les abbé Pierre alors qu’on fait tout pour sortir de la spirale des prix bas », explique son président Bruno Dupont. La FNPF souhaiterait surtout que « l’origine France des produits soit une priorité ».
Côté productions animales, à la tête de la FNB, Pierre Chevalier ne peut « pas penser un seul instant qu’il y ait dans ces paniers autre chose que de la viande bovine française alors que beaucoup d’exploitations bovines sont en grande détresse ». Ce dernier rappelle d’ailleurs que « certains morceaux de carcasse d’excellente qualité et d’origine France, comme les morceaux pour pot-au-feu, sont tout à fait abordables pour ces paniers ».