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Agrioccasions, les occasions agricoles
Abattoir d’Autun

Partenariat avec SVA

On en parlait depuis plusieurs mois, cette fois, un partenariat vient bel et bien d’être signé entre la Sica gestionnaire de l’abattoir d’Autun et le groupe SVA Jean Rozé. L’évènement a eu lieu le 25 août dernier au siège de la société à Vitré. La semaine suivante, les premières bêtes issues de ce nouveau partenariat étaient abattues à Autun. 
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Cette première est une sacrée bouffée d’oxygène pour l’abattoir communautaire de l’Autunois-Morvan, mais c’est aussi le signe de profondes évolutions dans la filière viande bovine. L’origine de cette signature remonte à l’année dernière. Depuis plusieurs années, les responsables de l’abattoir d’Autun étaient à la recherche de solutions pour pérenniser cet outil local. En 2010, à la suite d’un audit commandité par la Communauté de communes de l’Autunois (CCA), propriétaire des lieux, l’ensemble des acteurs de la filière et les usagers de l’abattoir rejetaient le scénario de la fermeture, réaffirmant par là même leur volonté du maintien de cet équipement à Autun. Dès lors, les premiers contacts étaient pris avec SVA Jean Rozé. Une mise en relation qui doit beaucoup à Bernard Joly, administrateur à la Sica de l’abattoir d’Autun à l’époque très impliqué dans l’interprofession. Cette dernière étant justement présidée par le patron de SVA, Dominique Langlois. La tenue à Autun du congrès de la FNB en février dernier n’a fait qu’accélérer les discussions entre les deux parties.

Coûts de transport


Qu’un industriel de la taille de SVA (lire encadré) montre de l’intérêt pour un abattoir communautaire tel que celui d’Autun peut paraître improbable. D’autant que ce géant de l’abattage et de la transformation a jusqu’ici toujours maintenu sa production très centralisée autour de Vitré. Mais le contexte économique a changé. La distance géographique séparant les abattoirs de SVA des grands bassins de production allaitants commence à peser. L’accroissement des coûts de transport change la donne et les contraintes qui pèsent de plus en plus sur le transport d’animaux vivants confortent dans ce sens. La viande en question transitera toujours par la Bretagne pour la découpe et la transformation, mais là où l’on peut loger une trentaine de bêtes vivantes dans un camion, il tient cent carcasses froides ! Et puis, cette part d’abattage délocalisé évite à SVA de devoir agrandir encore des installations déjà importantes.

Un pied dans un grand bassin de production


Pour Bernard Joly, l’industriel vitréen voit plus loin : « nous sommes dans un contexte mondial où les marchés des matières premières agricoles sont en train de se tendre. Les pays émergeants qui exportaient beaucoup (Brésil, Argentine) consomment de plus en plus de viande alors que les cultures destinées aux biocarburants y gagnent du terrain. D’autres pays comme la Turquie, l’Algérie, la Tunisie et même la Malaisie, sont devenus demandeurs de viande bovine. Dans ce contexte où l’on risque de manquer de marchandise, l’approvisionnement devient un élément stratégique. En signant ce partenariat avec Autun, SVA se montre visionnaire en mettant un pied là où il y a de la production », analyse Bernard Joly.

Nouvelles perspectives pour Autun


Pour l’abattoir d’Autun, cette signature est une véritable aubaine et elle est porteuse d’espoir. Le contrat consiste en une prestation d’abattage portant sur environ 25 bovins par semaine. Un chiffre qui sur l’année devrait faire bondir le volume d’activité de l’abattoir de +30 % (+600 tonnes). Et ce premier volume ne devrait être qu’un test avec la probabilité de le voir se développer au fil des années.
Pour la CCA propriétaire du site et la Sica gestionnaire de l’outil, ce partenariat est avant tout une reconnaissance du professionnalisme et du sérieux de l’abattoir d’Autun. Ce bol d’air frais devrait faciliter la réalisation d’un vaste programme de rénovation et de modernisation des équipements. Environ 784.000 € devraient ainsi être investis dans l’outil entre 2012 et 2015. Un effort conséquent de la part de la collectivité, d’autant que sur les dix années passées, en moyenne, environ 150.000 € par an ont déjà été consacrés au maintien de cet outil de proximité. Mais pour les élus communautaires, il s’agit là de créer de nouveaux débouchés pour les éleveurs locaux. Ils y voient aussi « la mise en place progressive et la structuration d’une filière courte », comme le soulignait Rémy Rebeyrotte, président de la CCA et maire d'Autun.

Un plus pour l’engraissement local


Le développement d’une tuerie locale pourrait provoquer l’essor d’un engraissement local. Il ne serait pas exclu que SVA s’implique directement auprès des éleveurs dans une forme « d’aide à l’engraissement », associant aussi un fabriquant d’aliment… Une contractualisation en somme. A travers les filières courtes, l’abattoir d’Autun cible aussi toutes les démarches locales, à commencer par l’AOC Bœuf de Charolles pour lequel Autun est agréé, mais aussi les viandes issues du Parc naturel régional du Morvan, ou encore toutes les tueries, découpes et ventes privées…
Bref, en ayant réussi à attirer SVA dans l’Autunois, les responsables et les élus du petit abattoir communautaire ont réussi un coup de maître. Reste maintenant à relever le défi de répondre à un donneur d’ordre de calibre industriel. Il faut aussi être à la hauteur des investissements que la collectivité (CCA) s’apprête à accomplir. La balle est dans le camp des éleveurs de la région qui sont appelés à se mobiliser autour de leur outil d’abattage de proximité.


André Beaucarnot
Un appel aux éleveurs pour l’approvisionnement


C’est la société Beaucarnot Bétail de Saint-Symphorien-de-Marmagne qui a été choisie pour assurer l’approvisionnement en animaux dans le cadre du partenariat entre Autun et SVA Jean Rozé. Une tâche particulièrement délicate tant les exigences (volumes, catégories) d’un abatteur industriel sont grandes. Si pendant un temps, il avait été envisagé de se passer « d’opérateur intermédiaire », les donneurs d’ordre ont finalement convenu qu’il valait mieux faire appel au savoir-faire d’un opérateur local reconnu. Malgré son expérience, André Beaucarnot ne cache pas que l’approvisionnement de ce marché n’est pas chose aisée en ce moment. « On est en période de sous-production, du fait que la sécheresse a eu tendance à anticiper les ventes. En plus, SVA demande pour l’instant des animaux de très moyenne gamme, une catégorie rare dans l’Autunois-Morvan. A l’achat, une vache sur cinq seulement correspond à ce que recherche SVA ! Il nous faut donc un potentiel de 150 vaches pour obtenir les 25 bêtes de la semaine ! C’est un très gros volume », confie le négociant. Autant dire que les éleveurs de l’Autunois et des départements limitrophes sont vivement appelés à se mobiliser pour approvisionner ce débouché. Pour l’heure, André Beaucarnot a même dû se rabattre sur quelques laitières pour répondre à la demande mais, à terme, il ne faut pas perdre de vue que le marché risque d’aller vers du plus qualitatif. En attendant, bien que de qualité moyenne, les bêtes en question seraient mieux payées que le cours moyen en ferme.




SVA Jean Rozé
Un poids lourd de la viande bovine


La société vitréenne d’abattage a vu le jour en 1955 sous l’impulsion de Jean et Louis Rozé. Ses activités couvrent l’achat de bétail, l’abattage et le travail des viandes. C’est 1991 que la société bretonne est devenue partenaire du groupement les Mousquetaires. Elle approvisionne aujourd’hui la quasi-totalité des magasins Intermarché, Ecomarché et Netto du territoire. Ce débouché absorbe environ la moitié de la production de SVA, le reste partant essentiellement à l’export.
La SVA Jean Rozé dispose aujourd’hui de quatre sites d’abattage et de transformation, de quatre usines de produits élaborés et de douze bases logistiques. SVA et ses filiales emploient 3.440 salariés. Son chiffre d’affaires est de 1,1 milliard d’euros. En 2010, la société a abattu plus de 230.000 tonnes de viande.


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