Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Production laitière

Pour un foin de meilleure qualité

Produire du lait au foin est possible. Les exploitations qui sont soumises à un cahier des charges AOC le savent bien. Mais quand il ne faut compter que sur le fourrage sec pour fournir l’essentiel de l’énergie et de l’azote aux laitières, il y a intérêt à récolter du très bon foin. Le séchage en grange permet de tirer le meilleur parti de l’herbe conservée.
1644--chevres_au_foin.JPG
Lors de sa dernière assemblée générale en février dernier, Saône-et-Loire Conseil Elevage consacrait une intervention au thème « produire du lait au foin ». Si dans les élevages laitiers, le recours à l’ensilage est très répandu, certaines exploitations - contraintes par un cahier des charges AOC par exemple - peuvent être amenées à privilégier le foin. Dans un système « au foin », la qualité du fourrage est primordiale. Un bon foin permet en premier lieu de faire diminuer le coût de la ration. Faire consommer davantage de fourrage sec contribue aussi à améliorer l’efficacité alimentaire des animaux « avec un rumen qui va fonctionner au maximum et donc un moindre risque d’acidose », rappelle Anne Blondel d’Ain Conseil Elevage.

Fauche précoce


L’amélioration de la valeur alimentaire du foin repose d’abord sur la maîtrise de la flore (présence de graminées et de légumineuses). Le stade de récolte est également très déterminant. La valeur alimentaire des graminées chute avec le temps et notamment d’épiaison à floraison : il faut donc récolter tôt. « Dix jours de perdu sur des graminées, c’est 2 kg de lait en moins pour 10 kg de foin apporté. Cette perte de valeur alimentaire représente l’équivalent de 2 kg de concentrés en moins ! », illustre la technicienne. Le stade optimum pour la valeur alimentaire d’une graminée est la montaison. C’est aussi le stade idéal du pâturage. Dans le cas de la luzerne, les analyses montrent que la valeur énergétique chute beaucoup entre mai et juin. Quant à la valeur azotée, même si la luzerne est une légumineuse, elle perd tout de même dix points.

Les limites du séchage au sol


Les conditions de récolte influent, elles aussi, beaucoup sur la qualité du foin. Plus on brasse le foin plus on perd de feuilles, notamment pour les légumineuses. Le temps de séchage a beaucoup d’incidence. Plus il est long plus on est obligé de brasser le fourrage et plus il y a de perte de valeur alimentaire. Un foin qui reste trop longtemps au sol perd en glucides et en acides aminés. Les risques d’apparition de mycotoxines augmentent aussi avec le développement de moisissures.
Alternative au séchage au sol, le séchage en grange permet de s’affranchir des inconvénients d’un séchage naturel tout en rendant possibles les coupes plus précoces. Moins dépendant des conditions météorologiques, on peut en effet avancer la récolte d’environ quinze jours (mi mai au lieu de fin mai). Le séchage en grange autorise par ailleurs une action plus rapide qui limite les brassages au pré – le seul andainage pouvant suffire.

Un foin plus riche


En termes de ration, Anne Blondel estime que pour un objectif de 6.500 kg de lait/ vache et pour ne pas dépasser 700 kg de céréales par laitière et par an, il faut un foin de regain de valeur alimentaire élevée (0,85 UFL ; 90 g PDI). Une richesse qui peut être obtenue grâce au séchage, avec fauche précoce et récolte d’un maximum de légumineuses. Au niveau économique, pour atteindre le même niveau de valeur alimentaire, le fourrage ventilé reviendrait nettement moins cher en complémentation : 2,5 kg d’orge ; 1 kg de tourteau de colza ; 6.667 € alors que séché au sol, il faudrait compter 5 kg d’orge ; 1,3 kg de tourteau de colza ; 14.185 €, pour 50 vaches et 210 jours d’hivernage.

Compromis richesse et fibrosité


La technicienne précise toutefois que pour les rations reposant tout de même sur de l’ensilage, les fourrages récoltés précocement, bien qu’ils soient plus riches en valeur alimentaires, ont l’inconvénient de moins faire ruminer les bovins. Plus jeunes, ces fourrages ont en effet moins d’action mécanique sur les papilles ruminales, ce qui peut générer de l’acidose. Cette action mécanique des fourrages est également très importante chez le veau qui doit développer son rumen. Pour compenser ce déficit de propriété mécanique, il est possible de rajouter de la luzerne ou du trèfle. Mais les légumineuses ont aussi l’inconvénient de sécher moins facilement que les graminées. « Il faut donc trouver le bon compromis entre la valeur alimentaire et la structure du fourrage », résume Anne Blondel.



Caprins
Des séchoirs pour répondre aux cahiers des charges AOC


La Saône-et-Loire possède quelques séchoirs à fourrages en production caprine. La principale motivation de ces équipements est de répondre aux cahiers des charges des AOC fromages Charolais et Mâconnais, indique Jean-Luc Nigoul de Saône-et-Loire Conseil Elevage. Ces cahiers des charges interdisent l’ensilage et l’enrubannage. Ils restreignent la part des céréales à un tiers de la ration et ils imposent d’utiliser des produits de l’exploitation (autonomie). « Si le foin n’est pas terrible et avec des concentrés rationnés, il n’est pas évident de couvrir les besoins des chèvres. A moins d’accepter une baisse de production jusqu’à 500 litres par chèvres, mieux vaut essayer d’améliorer la valeur alimentaire de la ration de base, c'est-à-dire du fourrage sec. Le système séchoir permet de répondre à ces exigences : fauche précoce permettant davantage de matière sèche produite par hectare », indique Jean-Luc Nigoul. Le séchage est également très efficace pour conserver la valeur protéique : un foin de coupe précoce étant plus difficile à sécher dehors, il risque de perdre davantage de feuilles et de volume, d’où l’intérêt de le sécher « en grange ». 


Un animal difficile… 


La chèvre est un animal qui trie énormément ce qui rend son alimentation délicate. « Elle se conditionne beaucoup à la qualité des fourrages, d’où la nécessité d’avoir des stocks réguliers en qualité pour les lactations et les préparations à la mise bas notamment. La chèvre valorise très bien les légumineuses. Le foin doit avoir une bonne valeur alimentaire, mais il faut surtout qu’il se mange bien, car la chèvre est très difficile ! », explique le technicien. La bonne qualité du fourrage est un gage de bon démarrage en lactation et elle est aussi un bon moyen de prévenir les risques de moisissures en fromagerie, complète Jean-Luc Nigoul.


Images