Kilomètres alimentaires
Précautions d’usage pour un concept séduisant
Les aliments que nous consommons parcourent de très nombreux kilomètres
avant d’arriver dans nos assiettes. Récemment, sous l’impulsion
d’initiatives locales et dans un souci de consommer "responsable", de
nouvelles formes de contractualisation sont apparues, à l’instar, en
France, des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne
(AMAP), pour tendre vers plus de proximité avec le producteur. La notion
de "kilomètres alimentaires" apparue dans ce contexte soulève toutefois
des questionnements. Les UMR LAMETA et MOISA de l’Inra de Montpellier
ont cherché à faire le point sur ce concept et à lever l’ambigüité de
son usage.
avant d’arriver dans nos assiettes. Récemment, sous l’impulsion
d’initiatives locales et dans un souci de consommer "responsable", de
nouvelles formes de contractualisation sont apparues, à l’instar, en
France, des Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne
(AMAP), pour tendre vers plus de proximité avec le producteur. La notion
de "kilomètres alimentaires" apparue dans ce contexte soulève toutefois
des questionnements. Les UMR LAMETA et MOISA de l’Inra de Montpellier
ont cherché à faire le point sur ce concept et à lever l’ambigüité de
son usage.
Le mode d’organisation des filières agro-alimentaires a largement contribué à éloigner le producteur du consommateur, générant le transport des denrées sur des distances de plus en plus importantes. Dès lors que les préoccupations environnementales se sont inscrites dans les débats, l’efficience de notre façon de consommer a été revisitée à l’aune des taux de C02 émis par kilomètre parcouru. Réduire la distance séparant le producteur du consommateur s’avèrerait bénéfique en terme environnemental. De prime abord séduisant, le concept de kilomètre alimentaire masque toutefois des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Vaut-il mieux consommer un produit obtenu localement sous serres ou un autre, conduit en plein champ depuis un lieu de production plus éloigné ? Des études menées sur les produits biologiques tendraient à montrer que les effets environnementaux bénéfiques du mode de production pourraient être annulés par des impacts environnementaux liés à leur transport.
D’un point de vue scientifique, il est donc important de mettre au point une méthode standardisée de calcul qui fasse consensus. Plusieurs sont en voie d’exploration tenant compte de toutes les étapes du cycle de vie du produit, depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à l’élimination des déchets par les consommateurs. La réflexion doit aller au-delà de la seule prise en compte du mode de transport et intégrer dans son évaluation d’autres critères de durabilité parmi lesquels l’utilisation des sols, la consommation d’eau et d’énergie.
Si, pour le moment, le concept soulève quelques ambigüités d’usage, il sert toutefois à comparer les filières de production entre elles et est censé guider le consommateur dans ses achats, voire modifier ses préférences. Quelques distributeurs (Tesco au Royaume-Uni, Casino en France) ont fait des "kilomètres alimentaires" un argument marketing pour promouvoir leurs produits. Repérés comme pionniers de la démarche, si une norme en la matière venait à s’imposer, ils bénéficieraient dès lors d’un avantage concurrentiel en tant que référent. Pour le moment, ces deux groupes ont le soutien des pouvoirs publics sensibles aux arguments de la relocalisation des activités.
La façon dont le consommateur perçoit et tient compte de ce nouvel argumentaire marketing est délicate à évaluer. En effet, sur quel critère le consommateur fonde-t-il son arbitrage entre l’achat de pêches espagnoles acheminées en France par camion et celui de bananes en provenance des Caraïbes par bateau ? Ces choix établis à partir des présumées retombées environnementales ne doivent pas occulter les dimensions sociales : faut-il privilégier les activités économiques locales au nom de la consolidation d’un tissu social ou privilégier le développement économique de petits producteurs dans des pays en développement ? Au nom du bénéfice environnemental ne tend-on pas à ériger un protectionnisme déguisé ou à évincer des concurrents ? Enfin, précisent les auteurs de l’étude, cette notion de kilomètre alimentaire peut difficilement s’appliquer dès lors que les produits ne sont pas substituables entre eux. Ainsi, l’empreinte carbone de la consommation du café éthiopien ne peut pas être évaluée sur la même base que celle de la consommation d’un légume qui peut être produit en France.
Ces limites et précautions d’usage posées démontrent que la notion de kilomètres alimentaires recouvre une complexité d’enjeux que le consommateur ne perçoit pas forcément ou seulement au prix d’un investissement cognitif considérable.
Sources :
Les "kilomètres alimentaires" : de la compréhension du complexe à la complexité de la réalité, Revue d’Economie Régionale & Urbaine, 2010 – N°5 – pp.899-911.
Contacts :
Gilles GROLLEAU
Montpellier SupAgro - Inra
UMR 1135 Laboratoire Montpelliérain d’Economie Théorique et Appliquée (LAMETA)
Tél : 04 99 61 28 81
[email protected]
Lucie SIRIEIX
Montpellier SupAgro - Inra
UMR 1110 Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs (MOISA)
Tél : 04 99 61 27 19
[email protected]
2, place Pierre Viala
34060 Montpellier Cedex 1
D’un point de vue scientifique, il est donc important de mettre au point une méthode standardisée de calcul qui fasse consensus. Plusieurs sont en voie d’exploration tenant compte de toutes les étapes du cycle de vie du produit, depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’à l’élimination des déchets par les consommateurs. La réflexion doit aller au-delà de la seule prise en compte du mode de transport et intégrer dans son évaluation d’autres critères de durabilité parmi lesquels l’utilisation des sols, la consommation d’eau et d’énergie.
Si, pour le moment, le concept soulève quelques ambigüités d’usage, il sert toutefois à comparer les filières de production entre elles et est censé guider le consommateur dans ses achats, voire modifier ses préférences. Quelques distributeurs (Tesco au Royaume-Uni, Casino en France) ont fait des "kilomètres alimentaires" un argument marketing pour promouvoir leurs produits. Repérés comme pionniers de la démarche, si une norme en la matière venait à s’imposer, ils bénéficieraient dès lors d’un avantage concurrentiel en tant que référent. Pour le moment, ces deux groupes ont le soutien des pouvoirs publics sensibles aux arguments de la relocalisation des activités.
La façon dont le consommateur perçoit et tient compte de ce nouvel argumentaire marketing est délicate à évaluer. En effet, sur quel critère le consommateur fonde-t-il son arbitrage entre l’achat de pêches espagnoles acheminées en France par camion et celui de bananes en provenance des Caraïbes par bateau ? Ces choix établis à partir des présumées retombées environnementales ne doivent pas occulter les dimensions sociales : faut-il privilégier les activités économiques locales au nom de la consolidation d’un tissu social ou privilégier le développement économique de petits producteurs dans des pays en développement ? Au nom du bénéfice environnemental ne tend-on pas à ériger un protectionnisme déguisé ou à évincer des concurrents ? Enfin, précisent les auteurs de l’étude, cette notion de kilomètre alimentaire peut difficilement s’appliquer dès lors que les produits ne sont pas substituables entre eux. Ainsi, l’empreinte carbone de la consommation du café éthiopien ne peut pas être évaluée sur la même base que celle de la consommation d’un légume qui peut être produit en France.
Ces limites et précautions d’usage posées démontrent que la notion de kilomètres alimentaires recouvre une complexité d’enjeux que le consommateur ne perçoit pas forcément ou seulement au prix d’un investissement cognitif considérable.
Sources :
Les "kilomètres alimentaires" : de la compréhension du complexe à la complexité de la réalité, Revue d’Economie Régionale & Urbaine, 2010 – N°5 – pp.899-911.
Contacts :
Gilles GROLLEAU
Montpellier SupAgro - Inra
UMR 1135 Laboratoire Montpelliérain d’Economie Théorique et Appliquée (LAMETA)
Tél : 04 99 61 28 81
[email protected]
Lucie SIRIEIX
Montpellier SupAgro - Inra
UMR 1110 Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs (MOISA)
Tél : 04 99 61 27 19
[email protected]
2, place Pierre Viala
34060 Montpellier Cedex 1