Régis Dumey
Prenons notre destin en main !
Avec la fin du système des quotas, la filière laitière départementale arrive à un nouveau tournant de son histoire. Désormais rattachées à la vaste zone sud-est dans le cadre de la nouvelle organisation laitière, les 380 exploitations du département vont devoir s’adapter aux nouvelles règles. Si la fin des quotas n’est finalement pas une catastrophe et que la conjoncture laitière est meilleure qu’elle a été, le constat récent d’élevages performants abandonnant la production interpelle. Quels enseignements en tirer ? Comment la production laitière saône-et-loirienne peut-elle préserver sa compétitivité ? Eclairage avec le président de la section laitière de la FDSEA Régis Dumey.
Ces derniers mois en Saône-et-Loire, on a appris que de grosses exploitations laitières jetaient l’éponge. Quels enseignements peut-on tirer de ces évènements ? Que vont devenir ces gros quotas dans la nouvelle organisation laitière régionale ?
Régis Dumey : les quotas peuvent en effet partir ailleurs dans la grande zone sud-est. Mais aurions-nous seulement assez de candidats pour reprendre ces quotas chez nous ? Plus encore que la question du prix du lait, nous sommes confrontés à un véritable problème d’attractivité du métier. Un phénomène lié directement aux dures conditions de travail des éleveurs laitiers. Je crains que nous soyons confrontés à une pénurie de main-d’œuvre pour faire du lait dans le département. Sans une réflexion de fond sur l’organisation du travail, de plus en plus de structures risquent de laisser tomber le lait. Et pour ceux qui ont malgré tout un vrai projet laitier, ils sont bloqués par le système d’attribution des quotas qui ne leur donne qu’au compte goutte. Le risque, c’est de voir baisser encore la densité de la zone de collecte ainsi que tous les services qui tournent autour de l’élevage laitier. Cela risquerait d’affaiblir toute la filière et du même coup les éleveurs qui sont encore là.
Vous parliez d’une réflexion de fond. Comment pourrait-on régler le problème de conditions de travail des exploitations laitières tout en rendant plus facile l’accession aux quotas ?
R. D. : il faut peut-être explorer des solutions nouvelles. La question de fond, c’est la vivabilité de l’entreprise. Il nous faut imaginer des systèmes d’exploitation qui donnent la possibilité aux gens de produire et qu’en même temps ce soit vivable. Je pense qu’il faut réfléchir à la possibilité de transmettre l’atelier laitier indépendamment du reste de l’exploitation. Un concept d’exploitation laitière spécialisée “hors sol” pour qu’il soit possible de reprendre l’atelier lait sans les terres. Dans certaines régions, les éleveurs laitiers ne s’occupent plus que de leurs vaches en production. Tout le reste, ils le sous-traitent à des prestataires extérieurs. Certains éleveurs sont à la recherche de quota quand d’autres ne veulent plus traire de vaches laitières. Pourquoi ces derniers ne pourraient-ils pas céder leur quota aux premiers tandis qu’ils se verraient confier l’élevage des génisses ou les cultures ? Ce type d’arrangement pourrait se trouver entre voisins et il éviterait un grand gâchis.
Cette conception nouvelle du métier ne risque-t-elle pas d’aller à l’encontre du système traditionnel familial dominant en Saône-et-Loire ? Dans le département, les petites exploitations laitières tenues par un couple sont encore majoritaires.
R. D. : il ne faut pas opposer les deux types d’exploitations. Certains couples d’éleveurs s’en sortent très bien avec 300.000 litres de lait. Mais dans les années à venir, ce schéma risque d’évoluer. D’autant que ce sont surtout des gens qui approchent de la retraite qui se trouvent dans ce cas de figure. Il est peu probable qu’un jeune couple d’éleveurs accepte de s’engager à traire toute sa vie 365 jours par an ! On connait des exemples de jeunes installés dont la capacité d’investissement a été engloutie dans le foncier plutôt que dans l’atelier lait. Résultat, malgré leur motivation à produire du lait, ils risquent de vite se dégoûter à cause de leurs mauvaises conditions de travail. Il faut vraiment que nous réfléchissions à adapter nos exploitations aux défis qui nous arrivent. A nous de réécrire un véritable projet laitier départemental. Pour l’instant, nous sommes encore coincés par le système d’attribution des quotas et les problèmes réglementaires. Mais dans deux ans, la généralisation des contrats rendra peut être les choses plus simples. Il faut que nous passions à une stratégie de projet. Que l’on puisse dire aux jeunes qui ont une vraie ambition : de combien avez-vous besoin ? On va vous suivre !
Comment voyez-vous la réforme du système des quotas ?
R. D. : la fin des quotas n’est pas une catastrophe en fait. Le lait est une spécialité dont les capitaux sont tellement lents, qu’il ne peut pas y avoir de gros à-coups de production. Interprofessionnellement, nous allons arriver à gérer les volumes nécessaires. En revanche, ce qui m’inquiète davantage, c’est la compétitivité de notre secteur de production. Les zones laitières de la Bresse et de la plaine de l’Ain constituent un secteur assez homogène et intéressant vis-à-vis des collecteurs et notamment du bassin de consommation de la région Rhône-Alpes. Nous avons un certain nombre d’atouts en communs : des exploitations de taille importante, des litrages conséquents, une bonne accessibilité en plaine. Cependant, nous avons aussi des handicaps comme la concurrence des autres productions, l’éloignement des zones de décision et une dispersion géographique des exploitations. Sur la question des coûts de collecte, il faudra bien que les opérateurs privés et coopératifs se mettent autour d’une table ; un accord entre les deux plus gros collecteurs est indispensable. L’idéal serait aussi qu’une PME de transformation laitière supplémentaire s’installe dans le secteur. Cela permettrait de conforter l’effectif des petites entreprises et de contrecarrer le monopole des très gros collecteurs.
Nous devons tout mettre en œuvre pour préserver l’attractivité de notre zone de production vis-à-vis des collecteurs. Pour cela, nous devons être unis et prospectifs. Il faut que nous prenions notre destin en main !
Régis Dumey : les quotas peuvent en effet partir ailleurs dans la grande zone sud-est. Mais aurions-nous seulement assez de candidats pour reprendre ces quotas chez nous ? Plus encore que la question du prix du lait, nous sommes confrontés à un véritable problème d’attractivité du métier. Un phénomène lié directement aux dures conditions de travail des éleveurs laitiers. Je crains que nous soyons confrontés à une pénurie de main-d’œuvre pour faire du lait dans le département. Sans une réflexion de fond sur l’organisation du travail, de plus en plus de structures risquent de laisser tomber le lait. Et pour ceux qui ont malgré tout un vrai projet laitier, ils sont bloqués par le système d’attribution des quotas qui ne leur donne qu’au compte goutte. Le risque, c’est de voir baisser encore la densité de la zone de collecte ainsi que tous les services qui tournent autour de l’élevage laitier. Cela risquerait d’affaiblir toute la filière et du même coup les éleveurs qui sont encore là.
Vous parliez d’une réflexion de fond. Comment pourrait-on régler le problème de conditions de travail des exploitations laitières tout en rendant plus facile l’accession aux quotas ?
R. D. : il faut peut-être explorer des solutions nouvelles. La question de fond, c’est la vivabilité de l’entreprise. Il nous faut imaginer des systèmes d’exploitation qui donnent la possibilité aux gens de produire et qu’en même temps ce soit vivable. Je pense qu’il faut réfléchir à la possibilité de transmettre l’atelier laitier indépendamment du reste de l’exploitation. Un concept d’exploitation laitière spécialisée “hors sol” pour qu’il soit possible de reprendre l’atelier lait sans les terres. Dans certaines régions, les éleveurs laitiers ne s’occupent plus que de leurs vaches en production. Tout le reste, ils le sous-traitent à des prestataires extérieurs. Certains éleveurs sont à la recherche de quota quand d’autres ne veulent plus traire de vaches laitières. Pourquoi ces derniers ne pourraient-ils pas céder leur quota aux premiers tandis qu’ils se verraient confier l’élevage des génisses ou les cultures ? Ce type d’arrangement pourrait se trouver entre voisins et il éviterait un grand gâchis.
Cette conception nouvelle du métier ne risque-t-elle pas d’aller à l’encontre du système traditionnel familial dominant en Saône-et-Loire ? Dans le département, les petites exploitations laitières tenues par un couple sont encore majoritaires.
R. D. : il ne faut pas opposer les deux types d’exploitations. Certains couples d’éleveurs s’en sortent très bien avec 300.000 litres de lait. Mais dans les années à venir, ce schéma risque d’évoluer. D’autant que ce sont surtout des gens qui approchent de la retraite qui se trouvent dans ce cas de figure. Il est peu probable qu’un jeune couple d’éleveurs accepte de s’engager à traire toute sa vie 365 jours par an ! On connait des exemples de jeunes installés dont la capacité d’investissement a été engloutie dans le foncier plutôt que dans l’atelier lait. Résultat, malgré leur motivation à produire du lait, ils risquent de vite se dégoûter à cause de leurs mauvaises conditions de travail. Il faut vraiment que nous réfléchissions à adapter nos exploitations aux défis qui nous arrivent. A nous de réécrire un véritable projet laitier départemental. Pour l’instant, nous sommes encore coincés par le système d’attribution des quotas et les problèmes réglementaires. Mais dans deux ans, la généralisation des contrats rendra peut être les choses plus simples. Il faut que nous passions à une stratégie de projet. Que l’on puisse dire aux jeunes qui ont une vraie ambition : de combien avez-vous besoin ? On va vous suivre !
Comment voyez-vous la réforme du système des quotas ?
R. D. : la fin des quotas n’est pas une catastrophe en fait. Le lait est une spécialité dont les capitaux sont tellement lents, qu’il ne peut pas y avoir de gros à-coups de production. Interprofessionnellement, nous allons arriver à gérer les volumes nécessaires. En revanche, ce qui m’inquiète davantage, c’est la compétitivité de notre secteur de production. Les zones laitières de la Bresse et de la plaine de l’Ain constituent un secteur assez homogène et intéressant vis-à-vis des collecteurs et notamment du bassin de consommation de la région Rhône-Alpes. Nous avons un certain nombre d’atouts en communs : des exploitations de taille importante, des litrages conséquents, une bonne accessibilité en plaine. Cependant, nous avons aussi des handicaps comme la concurrence des autres productions, l’éloignement des zones de décision et une dispersion géographique des exploitations. Sur la question des coûts de collecte, il faudra bien que les opérateurs privés et coopératifs se mettent autour d’une table ; un accord entre les deux plus gros collecteurs est indispensable. L’idéal serait aussi qu’une PME de transformation laitière supplémentaire s’installe dans le secteur. Cela permettrait de conforter l’effectif des petites entreprises et de contrecarrer le monopole des très gros collecteurs.
Nous devons tout mettre en œuvre pour préserver l’attractivité de notre zone de production vis-à-vis des collecteurs. Pour cela, nous devons être unis et prospectifs. Il faut que nous prenions notre destin en main !