« Présider un centre Inrae, c’est animer un écosystème vivant »
Interview / Jean-Yves Bechler vient d'être nommé à la tête du centre Inrae Clermont-Auvergne-Rhône-Alpes. Son ambition : construire des ponts solides entre laboratoire et terrain.
En quelques mots quel a été votre parcours ?
Jean-Yves Bechler : « Je suis ingénieur général des ponts, des eaux et des forêts, spécialiste des politiques publiques d'aménagement du territoire et de transition environnementale. J'ai construit mon parcours au croisement de la science et des territoires. D'abord à la DDAF (direction départementale de l’agriculture et de la forêt) de l’Yonne, puis à travers mes différentes missions, notamment à partir de 2010 en tant que commissaire à l'aménagement et à la protection du Massif central, puis durant dix ans au sein du Syndicat mixte des transports en commun (SMTC) de l’agglomération clermontoise. »
Comment appréhendez-vous votre nouvelle mission ?
J.Y.B. : « Présider un centre Inrae, c’est animer un écosystème vivant où chercheurs, ingénieurs, techniciens, partenaires économiques, agriculteurs, collectivités et citoyens agissent ensemble. Mon action comme commissaire à l’aménagement et à la protection du Massif central m’a permis d’appréhender une grande diversité de configurations territoriales, de systèmes de production, de relations à l’environnement physique et à la densité de l’habitat. En clair, la dynamique collective est une boussole sur laquelle je compte bien m'appuyer. Au moment où les transitions bousculent nos modèles alimentaires, agricoles et environnementaux, nous devons absolument construire des ponts entre recherche fondamentale et appliquée, entre laboratoire et terrain, entre expertise scientifique et attentes sociétales, au service des filières comme des élus des territoires. »
Avec quatre unités de recherche, quatorze dispositifs expérimentaux structurants et 850 agents, le centre Inrae Clermont-Auvergne-Rhône- Alpes est l'un des plus étoffés du réseau. Quels sont ses atouts et quels projets pour l'avenir ?
J.Y.B. : « Le centre dispose d'un ancrage profond et d'une diversité disciplinaire. Il est intégré dans un écosystème particulièrement dynamique, au sein de la seconde région française en matière de recherche et de développement, permettant de développer de nombreux partenariats tant au niveau local, national, qu'international. Plus de 400 conventions de partenariat étaient en gestion en 2024. Avec une approche pragmatique, concertée et responsable, l'idée est de promouvoir une gouvernance ouverte et participative car les transitions en cours impliquent une prise de risque, dont l’acceptabilité repose sur une base sociale, qui se construit localement, par des expérimentations et des innovations adaptées au substrat socioculturel. Dans cette perspective, nous allons continuer à construire la politique de site en lien avec l’université, mobiliser notre expertise et la culture de l’impact pour éclairer la décision, renforcer l’attractivité et le rayonnement en particulier pour les jeunes chercheurs ou les métiers dits en tension, piloter les investissements stratégiques pour continuer à produire demain, ou encore entretenir la proximité avec la population pour renouveler le pacte de confiance. »
Propos recueillis par Sophie Chatenet