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Agrioccasions, les occasions agricoles
Manifestations départementales, régionales, nationales et Européennes

Que Justice soit faite !

Plus de 5000 agriculteurs sont venus de toute la France et de l’étranger contre l’accord UE-Mercosur le 20 janvier près du Parlement européen à Strasbourg pour faire pression sur les eurodéputés.  Objectif : qu’une majorité vote pour la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne et ainsi retarde la ratification du Traité avec le Mercosur. Le 21, une majorité d’eurodéputés se sont rajoutés du côté des agriculteurs Européens.

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Que Justice soit faite !
Dès lundi soir à Cluny, FDSEA et JA de Saône-et-Loire remettait la pression.

Des milliers d’agriculteurs et 900 tracteurs, sur deux jours, se sont massés sous les fenêtres du Parlement européen à Strasbourg les 20 et 21 janvier, à l’ appel des principales organisations syndicales agricoles, notamment la FNSEA, Jeunes agriculteurs et le Copa-Cogeca. Les agriculteurs sont venus de nombreux départements et régions mais aussi de l’étranger (Belgique, Irlande, Italie, Slovaquie …).

Les Jeunes Agriculteurs et FDSEA de Bourgogne Franche-Comté s’étaient fortement mobilisés avec une délégation de 38 tracteurs de Haute-Saône, un bus par département : Saône-et-Loire, Côte d’Or, Doubs, Jura et Territoire de Belfort étaient présents le 20 janvier tandis que la Nièvre était à Strasbourg le 21 janvier pour clôturer cette manifestation historique.

Les Haut-saônois avaient même décidé de venir en tracteurs avec 37 tracteurs qui ont fait le périple de 222 km jusqu’à Strasbourg, escortés par les motards de la gendarmerie. Le lendemain, ils ont pu rejoindre ainsi les 800 autres tracteurs venus de l’Alsace et des autres départements limitrophes. Après une nuit trop courte, les autres délégations sont arrivées à l’heure sous un brouillard glacial. Heureusement, les Bas-Rhinois avaient préparé les cafés et le vin chaud, pour accueillir les 5.000 manifestants venus de toute la France et de toute l’Europe, représentant au total 17 nationalités.  Après les manifs dans les départements, Bruxelles, Dijon (lire encadré), les délégations de Bourgogne Franche-Comté étaient bien rodées, bonnets et drapeaux rouges ou verts, pour un défilé en direction du parlement.  

Stop aux promesses !

Les tracteurs et les innombrables calicots laissaient apparaître des slogans sans équivoque sur l’avenir d’une profession malmenée par un contexte politique et économique très anxiogène. « France veux-tu encore tes paysans ? », « Demain, nous voulons encore exister », « Stop Mercosur », « On ne vit pas de vos promesses », « Ursula moins de cargos et plus de locaux », « Von der Leyen Go home », « Sauvons nos zones intermédiaires », etc. La principale revendication et la raison majeure de cette manifestation était naturellement le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, signé le 17 janvier à Asuncion (Paraguay).

« Il faut dire qu’avec un cheptel de plus d’un million de bovins, la Région Bourgogne Franche-Comté est directement concernée par cet accord du Mercosur », rappelle inlassablement Christian Bajard, président de la FDSEA de Saône-et-Loire. « L’accord avec les pays du Mercosur prévoit un quota d’importation de 99.000 tonnes de viande soumise à des droits de douane réduits.  Mais l’impact sera plus important, car les importations vont se réaliser surtout sur les beaux morceaux, ce qui aura donc un impact plus important sur le reste de la carcasse, car moins bien valorisé. Par ailleurs entre 2024 et 2025, les exportations de viande bovine du Mercosur, vers l’Union Européenne ont augmenté de 30 % à la suite d’une hausse des droits de douane de 55 % réalisée par la Chine ».

« Dans ce contexte en plein bouleversement, les produits agricoles n’ont pas à être la variable d’ajustement des accords commerciaux. L’Europe doit contrôler ses importations et lever le pied sur les contrôles de ses agriculteurs qui font du bon boulot » complète Christophe Chambon, secrétaire général adjoint de la FNSEA et représentant la Région Bourgogne Franche-Comté à la FNSEA. 

Les députés européens devaient donc se prononcer le 21 janvier (lire la tribune de Jérémy Decerle dans notre édition du 16 janvier) sur la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (lire encadré). 

Revenu agricole

Au-delà de l’accord UE-Mercosur, « nous voulons nous battre pour une agriculture qui continue de produire en Europe et nous sommes fiers de produire des produits parmi les plus durables de la planète », a déclaré Arnaud Rousseau lors de son discours devant le Parlement européen. « Pas question de renoncer. (…) Le désaccord de fond sur ce texte vient de la réciprocité. En Europe, on protège la santé des consommateurs en faisant de l'agriculture durable, et on envisage d'importer des produits qui sont tout l'inverse. Les contrôles ? Aujourd'hui, 1 % des produits qui entrent en Europe sont contrôlés, on n'y croit pas. Ce qu'on veut, c'est qu'on ait les mêmes normes que les autres », a-t-il insisté.

Si le Mercosur était la cible de cette manifestation, les agriculteurs avaient aussi en tête les autres dossiers du moment français et européen comme la réforme de la Pac, la lutte contre les épizooties (DNC, FCO, MHE, grippe aviaire…), les mesures d’ajustement carbone aux frontières et d’une manière générale pour la préservation et l’amélioration du revenu agricole qui seul peut garantir le renouvellement des générations et la souveraineté alimentaire.

Une vision pour notre agriculture européenne

« Le sujet de la future Pac est sur la table », insiste Damien Brayotel, président de la FDSEA de l’Yonne : « nous serons extrêmement vigilants sur cette nouvelle Pac qui s’annonce difficile à négocier, avec un budget en berne pour la France. Il va falloir remonter au créneau, afin de bien pouvoir prendre en compte les spécificités de notre Région BFC avec en particulier ses zones intermédiaires ».

Pour conclure cette manifestation, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, insiste « sur la nécessité de maintenir une vision pour notre agriculture en gardant nos capacités de production. L’Europe ne peut pas être intransigeante sur les conditions de production et en même temps fermer les yeux sur tous les produits agricoles qui rentrent en Europe ». Après les discours, le temps est venu de faire la pause, avec les flammekueches proposées par les agriculteurs du Bas-Rhin, sans oublier les fondues proposées par la FDSEA du Doubs.

Les lacrymogènes pour la fin de manif 

La manifestation s’est déroulée dans le calme mais à peine, les discours terminés et le repas pris sur le pouce, un petit moment de tension a flotté quand une poignée de manifestants (venus de la Coordination rurale) a tenté de forcer le passage vers le Parlement européen. les forces de l’ordre se sont senties obligées de lancer des bombes lacrymogènes pour disperser les manifestants. Les tracteurs sont restés sur place pour attendre le vote du 21 janvier, reportant la mise en place définitive de cet accord ou de revoir les clauses qui ne respecteraient pas les règlements actuels. « Nous continuerons à nous battre jusqu’au bout »,  a conclu Arnaud Rousseau.

Mobilisation : Une énième pression à Dijon

La manifestation régionale du 15 janvier a rendu visite à plusieurs services de l'État. Ils étaient environ 200 dont des Saône-et-Loiriens qui ont répondu à l'appel de la FRSEA et des JA BFC. A Dijon, 70 tracteurs équipés de bennes et de plateaux, ont fait quatre arrêts dans la journée : à l'OFB, à la Dreal, à la Draaf, puis Place de la République à défaut de la préfecture, l'accès à cette dernière étant bouclé par les forces de l'ordre. Les manifestants ont pu échanger avec les responsables de tous ces services. Leur colère a été déversée, à l'image de celle de Thomas Lemée, président des JA BFC : « (…) On ne peut pas continuer de laisser nos élevages se faire détruire par le loup. Non, on ne peut plus continuer comme ça, il faut que ça change ! Il y en a marre d'aller au tribunal chaque fois qu'un agriculteur cure un fossé ou enlève une haie de 50 mètres… Nous ne sommes pas des délinquants ! ». Remonté comme une pendule, Thomas Lemée continuait sur sa lancée : « on nous interdit de monter des poulaillers de 40.000 poules mais dans le même temps, on importe des œufs de l'étranger où il y a des millions de poules dans un même bâtiment… On manque d'agneaux et on importe cette viande de Nouvelle-Zélande. Dans le même temps, les animaux qui nous restent se font manger par le loup… Tout est comme ça ! C'est inadmissible. Il faut du changement, c'est maintenant qu'il faut aller de l'avant et investir ! Les jeunes sont prêts à le faire mais l'administration nous met constamment des bâtons dans les roues ». La boucle est bouclée côté cohérence des revendications. C’est pourquoi Stéphane Sauce, président de la FRSEA, demande un cap précis : « il nous faut une vision claire pour que des jeunes aient envie de s'installer, pour que les agriculteurs puissent produire et soient fiers de ce qu'ils font. Merci aux 200 agriculteurs qui ont fait le déplacement aujourd'hui, c'est une énième sortie, une énième pression. Rien n'a changé depuis nos manifestations de 2024. Nous n'avons pas forcément envie d'être là, nous serions bien mieux dans nos fermes, mais nous devons maintenir cette pression syndicale pour être heureux d'être agriculteurs demain ».

L’accord du Mercosur renvoyé devant le CJUE

Les eurodéputés ont voté majoritairement pour renvoyer l’accord du Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne. Les syndicats agricoles s’en félicitaient. C’est un camouflet pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a signé cet accord le 17 janvier à Asuncion (Paraguay). A minima la saisine de la Cour bloque la ratification de cet accord. Cependant, la Commission a la possibilité de l’appliquer en partie. La CJUE va examiner la conformité et la compatibilité juridique de l’accord UE-Mercosur avec le Traité de l’Union européenne, mais aussi déterminer qui de l’Union, la Commission, ou des États-membres devait conclure l’accord. Les magistrats pourront aussi juger sa validité et son interprétation. Leur décision devrait être rendue d’ici 18 à 24 mois, selon les experts.

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