Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire
Que veut au juste la société ?
Comme ils en ont l’habitude, les JA de Saône-et-Loire vont au bout des choses en tentant une explication avec les représentants de la société. Alors que le regard que porte cette dernière sur les agriculteurs participe à faire fuir les vocations, les jeunes provoquent le débat en demandant : « qu’attend la société de nous ? » Si la question est claire, les réponses le sont moins…
Le 16 mars dernier à Saint-Bérain-sous-Sanvignes, les Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire ont profité de leur assemblée générale pour se tourner vers la société et lui demander ce qu’elle attend de la profession. Une question qui découle du malaise lancinant suscité par le regard que porte cette dernière sur les agriculteurs. Le renouvellement des générations est actuellement à la peine dans le métier. Si le contexte économique (importance des capitaux, faible rentabilité…) n’est évidemment pas étranger à cette tendance, les jeunes pointent aussi une dimension morale parmi les freins à l’installation. Au cours d’un débat lancé dans les cantons, il est ressorti que les jeunes avaient un peu la sensation « d’être montrés du doigt », « que tout le monde avait un avis - accusateur - sur le sujet ». Une situation inconfortable qui soulève nombre d’interrogations : « comment un jeune peut-il être à l’aise dans son métier ? Comment avoir un projet durable lorsque les règles changent au gré des humeurs ? Comment avoir de la visibilité lorsque les autorisations délivrées par le préfet sont attaquables ? Qu’est-ce que la société attend des agriculteurs au juste ? ».
Quelles attentes ? Quelles propositions ?
Pour faire avancer le débat et tenter de comprendre la "demande", les attentes de la société, les JA sont allés réaliser un micro trottoir dans les rues de Chalon-sur-Saône et de Montceau-les-Mines. Vendredi dernier, ils invitaient à leur table ronde « plusieurs acteurs de la société saône-et-loirienne ». Des représentants de différentes composantes de la population appelés à « dire clairement ce qu’ils attendent des agriculteurs, mais aussi ce qu’ils sont prêts à mettre en œuvre » pour permettre à la profession de répondre à leurs attentes. Les JA espéraient un dialogue constructif, au-delà « des corporatismes, des dogmes ou autres a priori ; un travail objectif, à l’écoute des réalités de terrain ». « Nous sommes là pour trouver des solutions consensuelles. Vous représentez les différentes familles de la société : dites-nous ce que vous attendez de nous ; vos conditions. Dites nous aussi ce que vous-même vous vous engagez à faire pour nous », synthétisait le président des JA 71, David Bichet. Objectif : pouvoir rédiger un document - reconnu par tous - qui clarifie les droits et devoirs de chacun. Une sorte de charte qui donne enfin la lisibilité dont ont tant besoin les candidats à l’installation.
Apprendre à vivre ensemble
Une chose est sûre, c’est que si l’on s’en tient aux réponses de certains consommateurs, la lisibilité attendue par les jeunes n’est pas pour demain ! Crispé sur les vocables polémiques "hors sol", "pesticides"…, le consommateur rejette, critique, condamne, mais ne propose pas grand chose. Pire, l’assistance a très vite pu se rendre compte qu’il y avait une grande méconnaissance du sujet agricole, ce qui n’empêche pourtant pas d’avoir toujours un avis sur tout ! La société semble avoir basculé dans une psychose de contradictions. Les élus eux-mêmes ont convenu qu’il y avait, derrière tout cela, un vrai problème du « vivre ensemble ». Pour Christine Robin, adjointe au maire de Mâcon, « il faut apprendre aux gens à cohabiter ensemble. C’est aussi notre responsabilité à nous élus ». Le député-maire de Chalon-sur-Saône, Christophe Sirugue, allait même plus loin : « il y a aussi une responsabilité des élus du secteur rural : si on n’avait pas vendu l’image d’une campagne idéalisée, en développant des lotissements à tour de bras et de façon anarchique, sans dire qu’il existe aussi quelques nuisances à la campagne ! ». Ce dernier n’hésitait pas à parler d’un « état d’esprit » : « je suis chez moi avec ma maison, mes thuyas tout autour et je ne veux pas que quelque chose s’installe à côté de chez moi ! ». Un égoïsme moderne qui ne touche pas que les agriculteurs. Les collectivités ont le même problème lorsqu’elles veulent créer une déchetterie ou une usine d’ordures ménagères. Et l’on pourrait citer aussi les éoliennes, indésirables dans le département. « En Saône-et-Loire, on sait que si on a un projet de très grosse unité de production, ça ne passera pas. Ce n’est pas une question réglementaire ou d’environnement, ce n’est qu’une question de taille ! », résumait un élu.
Ignorance
La communication est sans doute l’un des principaux enseignements de cette table ronde. Communiquer pour lutter contre l’ignorance. Communiquer pour parler du positif aussi. Nicolas Mousnier, administrateur JA national, reconnaissait que la profession éprouvait de grandes difficultés à communiquer positivement. « Quand on évoque les pesticides, il faut savoir que moi, je n’ai jamais utilisé d’atrazine dans ma carrière ! », lançait le jeune agriculteur. Et dans la génération d’avant, son père avait réduit de moitié les doses de produits utilisés. « Aujourd’hui, les produits coûtent deux à trois fois plus cher parce qu’on paye des CVO à l’Agence de l’eau : on ne le dit pas assez ! », poursuivait le représentant JA national. Les problèmes environnementaux d’aujourd’hui sont les conséquences des excès des années passées. De même lorsque l’on parle des dangers liés à l’alimentation, ce ne sont pas forcément les agriculteurs qui sont visés mais plutôt « les importations ou les lobbies de l’agroalimentaire qui imposent une nourriture trop salée, trop grasse… », précisait la vice-présidente du conseil régional Nicole Eschmann.
Communication confisquée
Bref, il faudrait que la profession « reprenne le champ de la communication qu’elle a complètement laissé à d’autres », conseillait Laurent Martineau, directeur d’une agence de communication. Ce sont en effet les industriels, les transformateurs et les distributeurs qui se sont emparés de la communication sur les produits d’origine agricole. Et du coup, pour le grand public, il ne reste que le côté négatif de la profession : crises, manifestations, sanitaires, pollutions… Pour Didier Giraud, il faut « troquer la posture de pleureuse » pour une attitude résolument positive, conquérante.
Le miracle des circuits courts
Bien sûr, dans ce débat sur la relation entre consommateurs et agriculteurs, on n’a pas manqué d’évoquer les "circuits courts" (Amap, vente directe…). Un véritable « eldorado » à en croire élus et associations. Une alternative qui mérite toutefois quelques retenues. Pour les collectivités, les « circuits courts » sont le moyen par lequel elles tentent d’introduire une dose d’approvisionnement local dans la restauration scolaire. Un geste aux vertus éthiques mais aussi pédagogiques. Pour autant, aussi louables soient les initiatives, il faut être réaliste : « l’agriculture ne pourra pas vivre qu’avec ça », convenait Christophe Sirugue. Pour Didier Giraud, « le local ne suffit pas. Ce dont ont besoin les producteurs en vente directe, ce sont des infrastructures (réseaux, contacts…) pour conquérir les marchés des grands bassins de consommation ». L’ex JA va même plus loin : « pourquoi ne pas réinventer une marque collective de produits locaux ? Un élan de tous pour aller concurrencer les grandes surfaces là où elles sont ? ».
Autre contradiction dans l’éloge faite aux circuits courts ou encore aux pratiques vertueuses en tout genre (cahier des charges, bio, écologiques…) : « le consommateur est-il prêt à payer la qualité de ces produits ? », interrogeait Emmanuel Pichard, éleveur dans le canton. A cette question, les représentants de la société civile répondent qu’il faut aussi que les produits s’adaptent aux petits pouvoirs d’achat… Remous dans la salle !
Pistes de travail
Au terme de ce débat, David Bichet retenait quatre pistes de travail :
- mettre en place une communication et une information ambitieuses et conjointes ;
- la nécessité de définir des seuils d’acceptabilité pour les projets ;
- les circuits courts qui sont une des solutions mais pas la seule ;
- enfin, la diversification des ateliers, voie possible pour les exploitations pour contrecarrer la crainte de trop grandes unités…
Le président des JA 71 en appelait à l’engagement moral, la responsabilité, la cohérence et le réalisme. Pas question de faire l’apologie d’un système plutôt qu’un autre. Les producteurs ont à répondre à toutes les demandes, qu’elles soient locales, industrielles ou autre. Il faut tenir compte des besoins des filières. « On n’empêchera jamais quelqu’un de vouloir acheter le moins cher du moins cher : c’est le pouvoir d’achat qui commande. Mais il n’est pas possible de produire en masse pour un prix dérisoire sans impact sur l’environnement. Et s’il est possible de produire du bio, ça ne peut pas être donné », replaçait David Bichet. Dans les chantiers à venir, le président rappelait l’impératif de rentabilité des exploitations.
Ce dernier clôturait ensuite l’assemblée par un vibrant hommage à l’équipe des JA qui l’a entouré durant son mandat. Une équipe « soudée, motivée, dynamique, fidèle au poste ». « J’ai eu plaisir à travailler avec chacun d’entre vous », confiait encore David Bichet. Une alchimie qui devrait se prolonger puisque le président des jeunes a révélé qu’il se présenterait à nouveau à la présidence.
Quelles attentes ? Quelles propositions ?
Pour faire avancer le débat et tenter de comprendre la "demande", les attentes de la société, les JA sont allés réaliser un micro trottoir dans les rues de Chalon-sur-Saône et de Montceau-les-Mines. Vendredi dernier, ils invitaient à leur table ronde « plusieurs acteurs de la société saône-et-loirienne ». Des représentants de différentes composantes de la population appelés à « dire clairement ce qu’ils attendent des agriculteurs, mais aussi ce qu’ils sont prêts à mettre en œuvre » pour permettre à la profession de répondre à leurs attentes. Les JA espéraient un dialogue constructif, au-delà « des corporatismes, des dogmes ou autres a priori ; un travail objectif, à l’écoute des réalités de terrain ». « Nous sommes là pour trouver des solutions consensuelles. Vous représentez les différentes familles de la société : dites-nous ce que vous attendez de nous ; vos conditions. Dites nous aussi ce que vous-même vous vous engagez à faire pour nous », synthétisait le président des JA 71, David Bichet. Objectif : pouvoir rédiger un document - reconnu par tous - qui clarifie les droits et devoirs de chacun. Une sorte de charte qui donne enfin la lisibilité dont ont tant besoin les candidats à l’installation.
Apprendre à vivre ensemble
Une chose est sûre, c’est que si l’on s’en tient aux réponses de certains consommateurs, la lisibilité attendue par les jeunes n’est pas pour demain ! Crispé sur les vocables polémiques "hors sol", "pesticides"…, le consommateur rejette, critique, condamne, mais ne propose pas grand chose. Pire, l’assistance a très vite pu se rendre compte qu’il y avait une grande méconnaissance du sujet agricole, ce qui n’empêche pourtant pas d’avoir toujours un avis sur tout ! La société semble avoir basculé dans une psychose de contradictions. Les élus eux-mêmes ont convenu qu’il y avait, derrière tout cela, un vrai problème du « vivre ensemble ». Pour Christine Robin, adjointe au maire de Mâcon, « il faut apprendre aux gens à cohabiter ensemble. C’est aussi notre responsabilité à nous élus ». Le député-maire de Chalon-sur-Saône, Christophe Sirugue, allait même plus loin : « il y a aussi une responsabilité des élus du secteur rural : si on n’avait pas vendu l’image d’une campagne idéalisée, en développant des lotissements à tour de bras et de façon anarchique, sans dire qu’il existe aussi quelques nuisances à la campagne ! ». Ce dernier n’hésitait pas à parler d’un « état d’esprit » : « je suis chez moi avec ma maison, mes thuyas tout autour et je ne veux pas que quelque chose s’installe à côté de chez moi ! ». Un égoïsme moderne qui ne touche pas que les agriculteurs. Les collectivités ont le même problème lorsqu’elles veulent créer une déchetterie ou une usine d’ordures ménagères. Et l’on pourrait citer aussi les éoliennes, indésirables dans le département. « En Saône-et-Loire, on sait que si on a un projet de très grosse unité de production, ça ne passera pas. Ce n’est pas une question réglementaire ou d’environnement, ce n’est qu’une question de taille ! », résumait un élu.
Ignorance
La communication est sans doute l’un des principaux enseignements de cette table ronde. Communiquer pour lutter contre l’ignorance. Communiquer pour parler du positif aussi. Nicolas Mousnier, administrateur JA national, reconnaissait que la profession éprouvait de grandes difficultés à communiquer positivement. « Quand on évoque les pesticides, il faut savoir que moi, je n’ai jamais utilisé d’atrazine dans ma carrière ! », lançait le jeune agriculteur. Et dans la génération d’avant, son père avait réduit de moitié les doses de produits utilisés. « Aujourd’hui, les produits coûtent deux à trois fois plus cher parce qu’on paye des CVO à l’Agence de l’eau : on ne le dit pas assez ! », poursuivait le représentant JA national. Les problèmes environnementaux d’aujourd’hui sont les conséquences des excès des années passées. De même lorsque l’on parle des dangers liés à l’alimentation, ce ne sont pas forcément les agriculteurs qui sont visés mais plutôt « les importations ou les lobbies de l’agroalimentaire qui imposent une nourriture trop salée, trop grasse… », précisait la vice-présidente du conseil régional Nicole Eschmann.
Communication confisquée
Bref, il faudrait que la profession « reprenne le champ de la communication qu’elle a complètement laissé à d’autres », conseillait Laurent Martineau, directeur d’une agence de communication. Ce sont en effet les industriels, les transformateurs et les distributeurs qui se sont emparés de la communication sur les produits d’origine agricole. Et du coup, pour le grand public, il ne reste que le côté négatif de la profession : crises, manifestations, sanitaires, pollutions… Pour Didier Giraud, il faut « troquer la posture de pleureuse » pour une attitude résolument positive, conquérante.
Le miracle des circuits courts
Bien sûr, dans ce débat sur la relation entre consommateurs et agriculteurs, on n’a pas manqué d’évoquer les "circuits courts" (Amap, vente directe…). Un véritable « eldorado » à en croire élus et associations. Une alternative qui mérite toutefois quelques retenues. Pour les collectivités, les « circuits courts » sont le moyen par lequel elles tentent d’introduire une dose d’approvisionnement local dans la restauration scolaire. Un geste aux vertus éthiques mais aussi pédagogiques. Pour autant, aussi louables soient les initiatives, il faut être réaliste : « l’agriculture ne pourra pas vivre qu’avec ça », convenait Christophe Sirugue. Pour Didier Giraud, « le local ne suffit pas. Ce dont ont besoin les producteurs en vente directe, ce sont des infrastructures (réseaux, contacts…) pour conquérir les marchés des grands bassins de consommation ». L’ex JA va même plus loin : « pourquoi ne pas réinventer une marque collective de produits locaux ? Un élan de tous pour aller concurrencer les grandes surfaces là où elles sont ? ».
Autre contradiction dans l’éloge faite aux circuits courts ou encore aux pratiques vertueuses en tout genre (cahier des charges, bio, écologiques…) : « le consommateur est-il prêt à payer la qualité de ces produits ? », interrogeait Emmanuel Pichard, éleveur dans le canton. A cette question, les représentants de la société civile répondent qu’il faut aussi que les produits s’adaptent aux petits pouvoirs d’achat… Remous dans la salle !
Pistes de travail
Au terme de ce débat, David Bichet retenait quatre pistes de travail :
- mettre en place une communication et une information ambitieuses et conjointes ;
- la nécessité de définir des seuils d’acceptabilité pour les projets ;
- les circuits courts qui sont une des solutions mais pas la seule ;
- enfin, la diversification des ateliers, voie possible pour les exploitations pour contrecarrer la crainte de trop grandes unités…
Le président des JA 71 en appelait à l’engagement moral, la responsabilité, la cohérence et le réalisme. Pas question de faire l’apologie d’un système plutôt qu’un autre. Les producteurs ont à répondre à toutes les demandes, qu’elles soient locales, industrielles ou autre. Il faut tenir compte des besoins des filières. « On n’empêchera jamais quelqu’un de vouloir acheter le moins cher du moins cher : c’est le pouvoir d’achat qui commande. Mais il n’est pas possible de produire en masse pour un prix dérisoire sans impact sur l’environnement. Et s’il est possible de produire du bio, ça ne peut pas être donné », replaçait David Bichet. Dans les chantiers à venir, le président rappelait l’impératif de rentabilité des exploitations.
Ce dernier clôturait ensuite l’assemblée par un vibrant hommage à l’équipe des JA qui l’a entouré durant son mandat. Une équipe « soudée, motivée, dynamique, fidèle au poste ». « J’ai eu plaisir à travailler avec chacun d’entre vous », confiait encore David Bichet. Une alchimie qui devrait se prolonger puisque le président des jeunes a révélé qu’il se présenterait à nouveau à la présidence.