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Agrioccasions, les occasions agricoles
Femmes en agriculture

Quelle place ont-elles vraiment ?

Nul ne peut nier que la cause des femmes en agriculture a beaucoup progressé ces dernières décennies. Mais derrière le constat général se cache une réalité moins homogène qu’il n’y paraît. Toutes les femmes n’ont pas encore acquis la reconnaissance qu’elles méritent sur l’exploitation. Explications.
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L’automne dernier, une douzaine d'agricultrices de Saône-et-Loire ont participé à une formation intitulée "Quelle(s) place(s) pour la femme sur l’exploitation ?". Si la cause des femmes a progressé dans le milieu agricole, beaucoup reste encore à faire. C’est en tout cas ce qui ressort des premières sessions de cette formation proposée par la chambre d’agriculture et financée par Vivéa.
Co-animatrice, Maud Gouy est à l’origine de ce programme spécifique. L’idée lui est venue par le biais d’une connaissance à elle sociologue de son métier, dotée d’une solide expérience dans le milieu agricole et qui avait initié ce type de formation dans la Drôme. Le contenu a été adapté au contexte Saône-et-Loire et Véronique Soriano, la sociologue en question, est venue elle-même animer les sessions aux côtés de Maud Gouy. Le premier groupe comportait six éleveuses ; le second trois éleveuses et trois viticultrices. Leur moyenne d’âge était de 40 ans et elles provenaient de tout le département.

Remettre en cause ce qui ne va pas


« L’objectif de cette formation, c’est que chaque femme aille vers des changements. Il y a des choses qui ne les satisfont pas. Alors, il faut accepter de se poser les bonnes questions et de remettre en cause ce qui ne va pas. Au cours de la formation, Véronique Soriano propose de faire de l’analyse des pratiques. Il s’agit, en parlant, en racontant au sein du groupe, de décortiquer le quotidien de chaque femme dans son exploitation. Les autres participantes peuvent ainsi réagir, poser des questions pour mieux comprendre et proposer des solutions à leurs collègues. L’idéal, c’est que le groupe se retrouve trois fois par an pour voir si les choses évoluent », explique Maud Gouy.

Le point de vue des femmes


Au cours de ces deux premières sessions, un certain nombre de difficultés ont été évoquées. Premier constat, et ce n’est pas le moins dérangeant : « on a l’impression que c’est encore l’homme qui mène l'exploitation ; la femme paraît n’avoir encore trop souvent qu’un second rôle », confie Maud Gouy. La formatrice ajoute que cette situation est « parfois aussi de leur fait : une place à prendre qu’elles n’ont peut-être pas su ou voulu saisir ».
Dans leurs exploitations, nombre de femmes semblent ne pas encore parvenir à peser sur les grandes décisions. « On a l’impression qu’il leur faut lutter pour imposer leurs opinions, leurs choix, leurs points de vue. C’est particulièrement vrai dans la gestion de l’exploitation. La vision des femmes est souvent différente de celles des hommes. Elles privilégieraient la rationalisation plutôt que l’agrandissement ; la rentabilité économique plutôt que le passionnel… Elles apportent un regard critique qu’elles semblent ne pas assez faire valoir », observe Maud Gouy.

Enchevêtrement de tâches


Le vécu dévalorisant des femmes tient parfois à des détails juridiques qui ont pourtant de grandes conséquences psychologiques. Exemple : le statut de conjoint collaborateur qui attribue à la femme une place bien floue. Ou encore, la dénomination d’une EARL qui ne mentionne jamais le nom de l’épouse.
Une des grandes difficultés est aussi « cet enchevêtrement des tâches qui incombent aux agricultrices avec parmi celles-ci la maison, les enfants… en plus du travail lié à la ferme », constate Maud Gouy. Les participantes ont déploré les difficultés qu’elles éprouvent à se faire remplacer pour la garde des enfants. « Sans doute faudrait-il réfléchir à des services de ce type pour les agricultrices », interroge la formatrice. D’autant qu’en milieu rural, les possibilités ne sont pas les mêmes qu’en ville.

Compétences sous estimées


Dans une ferme, les tâches ménagères prennent parfois des proportions importantes. Pour peu qu’il y ait plusieurs stagiaires sur l’exploitation, un technicien de passage ou encore un chantier d’ensilage et c’est une tablée de dix personnes ou plus que la maîtresse de maison doit nourrir. Un travail éreintant digne d’un chef restaurateur est qui est pourtant trop sous-estimé. Après tout, à la question « que fait la femme sur l’exploitation ? », la réponse ne vient pas si aisément. Oublie-t-on qu’au minimum l’agricultrice assure le rôle de standardiste (téléphone) et de secrétaire (courrier) ; qu’elle se charge de l’approvisionnement d’appoint (coopératives, fournisseurs…), de nombreuses tâches administratives ingrates, de l’élevage des animaux de basse-cour et même du pansage des animaux d’élevage en hiver… Et on ne dit rien non plus du soutien matériel et affectif qu’elles apportent à leur mari tout au long de l’année et dans les coups durs !

La belle famille…


Les femmes ont évoqué aussi des contraintes plus personnelles, d’ordre familial, voire culturel. Visiblement, la relation avec les beaux-parents pèse encore sur certaines agricultrices. « Si elles viennent vivre sur l’exploitation familiale du mari, elles doivent instaurer des frontières solides avec la belle famille ! », commente Maud Gouy. Certaines découvrent aussi qu’elles n’ont finalement jamais choisi de s’installer !...
Pour Maud Gouy, les femmes doivent prendre leur part de responsabilité et assumer leurs choix. « Dans la formation, nous les incitons à envisager quatre aspects : le professionnel, la famille, la vie sociale et le côté personnel. Ce dernier point est très important. Elle doivent s’interroger sur ce qu’elles aiment, sur leurs valeurs à elles, sur ce qui leur fait plaisir, ce qui les motive », conclut Maud Gouy.


Prochaine formation


Une nouvelle session de formation sur le thème "Quelle(s) place(s) pour la femme sur l’exploitation ?" aura lieu le 16 avril prochain. Pour tout renseignement, contacter Maud Gouy à la chambre d’agriculture.


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