Agriculture et Environnement
Qui est responsable ?
"Agriculture et environnement : Qui est responsable ?". Avec cette question, Pierre Terrier, ancien directeur de la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire et ancien conseiller régional, apporte sa contribution, son regard à la réflexion –pour ne pas dire à la polémique actuelle– sur les relations entre Agriculture et Environnement.
Les questions concernant la compatibilité entre Agriculture et Environnement constituent une source intarissable de débats, de confrontations, d'affrontements, voire de condamnations définitives.
Même si des efforts ont été consentis, les agriculteurs se sentent agressés. Ils ont le sentiment que plus ils font d’efforts, plus on leur en demande et plus ils se sentent contestés dans l’essence même de leur métier.
Les tenants d’une production indemne de tous résidus et du respect de l’Environnement ont le sentiment que les discours accompagnent les bonnes intentions, mais que la situation n’évolue pas.
Les résultats des travaux scientifiques récents sur les liens entre alimentation et santé relancent les confrontations.
En simplifiant, nous sommes rentrés dans un débat qui oppose les tenants du "Laissez nous produire le mieux possible pour assurer la sécurité alimentaire des prochains neuf milliards d’habitants" à ceux qui privilégient "une planète respectée et vivable, une alimentation qui protège ma santé".
Pourquoi les échanges s’enflamment-ils ? Tous nos concitoyens –y compris les agriculteurs– sont concernés par ces questions. Mais peut-on réduire la confrontation à un débat binaire : agriculteurs-autres membres de notre société ? N’existent-il pas d’autres acteurs importants qui sont muets et qui, pourtant, ont un véritable pouvoir de décision ?
La crise en cours du "Médiator" constitue une référence. Des patients atteints de diabète ou suivant des programmes d’amaigrissement ont été victimes de troubles de santé graves. Cette situation malheureusement connue depuis des années a conduit l’AFSSAPS à retirer l’agrément dudit médicament et à se retourner contre le laboratoire producteur. Aujourd’hui le "Médiator" est interdit à la vente et des procédures judiciaires sont en cours à l’encontre du laboratoire Servier, fabricant du médicament.
Les produits phytopharmaceutiques sont réglementés. Chaque produit est répertorié par le ministère de l’Agriculture dans ce qui se nomme le "Catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages, des matières fertilisantes et des supports de culture homologués en France". Ce catalogue est consultable par Internet. L’inscription a lieu après examen d’un dossier fourni principalement par la firme productrice. Le ministère délivre une pièce très importante : l’Autorisation de mise en marché (AMM). Les instances européennes ont adopté fin 2006 le règlement "REACH", lequel précise les conditions d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des substances chimiques.
La France est le deuxième utilisateur mondial de produits phytopharmaceutiques. La vingtaine d’industriels producteurs est regroupée au sein de l’UIPP, l'Union des industries de la protection des plantes. Cette union représente un puissant et influent groupe de défense des intérêts de cette industrie.
Alors pourquoi le débat sur la phytopharmacie et ses conséquences se limite-t-il aux seuls utilisateurs ?
Les affaires –vache folle, crise aviaire, fromages au lait cru...– ont touché en profondeur le monde des producteurs. Attaqué de toute part, il a tenté de se défendre, seul, s’appuyant sur la certitude que la grandeur de son métier et sa dignité de producteur le protégeraient des attaques qu’il jugeait déplacées.
Les remises en cause se sont multipliées. La ligne de défense reste constante. Elle s’use et perd de sa crédibilité originelle.
Pourtant, le monde des producteurs est loin d’être le seul responsable. Pris dans un système agroindustriel, c’est bien chacun des acteurs de celui-ci qui doit réagir. Comment imaginer une évolution des pratiques réelles des modes de production, si la recherche publique et privée, si les firmes membres de l’UIPP, si les distributeurs et surtout, si la puissance publique ne font pas le ménage indispensable ? Comment par exemple, reprocher à des producteurs de légumes ou de fruits d’utiliser des produits qui ne bénéficient que de dérogations de la part du ministère de l’Agriculture ? En cas de difficultés qui est responsable ? Le producteur ou l’instance de la République garante des intérêts de chacun de nos concitoyens ?
Les progrès réalisés au cours des cinquante dernières années ont permis d’atteindre la sécurité alimentaire quantitative. Il s’agit maintenant d’y ajouter la sécurité alimentaire qualitative. Chaque habitant de notre planète doit pouvoir accéder à des produits alimentaires compatibles tant avec sa santé que son pouvoir d’achat.
Passer d’une agriculture chimiquement aidée à une agriculture appuyée sur l’agronomie, la zootechnie, la biologie nécessite des efforts partagés dans un climat de respect des exigences de chacun, consommateurs inclus. Il faut aussi que les principaux acteurs de cette filière se mettent autour de la table avec une volonté irréductible : celle d’avancer.
Cela ne se fera pas tout seul. Mais si dès maintenant, les prosélytes du "Autrement et vite" ou ceux du "ça commence à bien faire" –au lieu de stigmatiser une seule catégorie d’acteurs ou de défendre des intérêts obsolètes– contribuaient à provoquer un dialogue responsable entre producteurs, firmes, recherche et autorité de réglementation, nous avancerions alors.
Que tous les porteurs d’un mandat politique, syndical ou associatif, et nous –tous "consom’acteurs"– n’oublient pas que la qualité de notre agriculture et de notre alimentation dépend de plusieurs acteurs privés et publics et non d’un seul. Il ne suffit pas de stigmatiser pour espérer avancer.
Même si des efforts ont été consentis, les agriculteurs se sentent agressés. Ils ont le sentiment que plus ils font d’efforts, plus on leur en demande et plus ils se sentent contestés dans l’essence même de leur métier.
Les tenants d’une production indemne de tous résidus et du respect de l’Environnement ont le sentiment que les discours accompagnent les bonnes intentions, mais que la situation n’évolue pas.
Les résultats des travaux scientifiques récents sur les liens entre alimentation et santé relancent les confrontations.
En simplifiant, nous sommes rentrés dans un débat qui oppose les tenants du "Laissez nous produire le mieux possible pour assurer la sécurité alimentaire des prochains neuf milliards d’habitants" à ceux qui privilégient "une planète respectée et vivable, une alimentation qui protège ma santé".
Pourquoi les échanges s’enflamment-ils ? Tous nos concitoyens –y compris les agriculteurs– sont concernés par ces questions. Mais peut-on réduire la confrontation à un débat binaire : agriculteurs-autres membres de notre société ? N’existent-il pas d’autres acteurs importants qui sont muets et qui, pourtant, ont un véritable pouvoir de décision ?
Une question centrale
La crise en cours du "Médiator" constitue une référence. Des patients atteints de diabète ou suivant des programmes d’amaigrissement ont été victimes de troubles de santé graves. Cette situation malheureusement connue depuis des années a conduit l’AFSSAPS à retirer l’agrément dudit médicament et à se retourner contre le laboratoire producteur. Aujourd’hui le "Médiator" est interdit à la vente et des procédures judiciaires sont en cours à l’encontre du laboratoire Servier, fabricant du médicament.
Les produits phytopharmaceutiques sont réglementés. Chaque produit est répertorié par le ministère de l’Agriculture dans ce qui se nomme le "Catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages, des matières fertilisantes et des supports de culture homologués en France". Ce catalogue est consultable par Internet. L’inscription a lieu après examen d’un dossier fourni principalement par la firme productrice. Le ministère délivre une pièce très importante : l’Autorisation de mise en marché (AMM). Les instances européennes ont adopté fin 2006 le règlement "REACH", lequel précise les conditions d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des substances chimiques.
La France est le deuxième utilisateur mondial de produits phytopharmaceutiques. La vingtaine d’industriels producteurs est regroupée au sein de l’UIPP, l'Union des industries de la protection des plantes. Cette union représente un puissant et influent groupe de défense des intérêts de cette industrie.
Alors pourquoi le débat sur la phytopharmacie et ses conséquences se limite-t-il aux seuls utilisateurs ?
Une responsabilité partagée
Les affaires –vache folle, crise aviaire, fromages au lait cru...– ont touché en profondeur le monde des producteurs. Attaqué de toute part, il a tenté de se défendre, seul, s’appuyant sur la certitude que la grandeur de son métier et sa dignité de producteur le protégeraient des attaques qu’il jugeait déplacées.
Les remises en cause se sont multipliées. La ligne de défense reste constante. Elle s’use et perd de sa crédibilité originelle.
Pourtant, le monde des producteurs est loin d’être le seul responsable. Pris dans un système agroindustriel, c’est bien chacun des acteurs de celui-ci qui doit réagir. Comment imaginer une évolution des pratiques réelles des modes de production, si la recherche publique et privée, si les firmes membres de l’UIPP, si les distributeurs et surtout, si la puissance publique ne font pas le ménage indispensable ? Comment par exemple, reprocher à des producteurs de légumes ou de fruits d’utiliser des produits qui ne bénéficient que de dérogations de la part du ministère de l’Agriculture ? En cas de difficultés qui est responsable ? Le producteur ou l’instance de la République garante des intérêts de chacun de nos concitoyens ?
Les progrès réalisés au cours des cinquante dernières années ont permis d’atteindre la sécurité alimentaire quantitative. Il s’agit maintenant d’y ajouter la sécurité alimentaire qualitative. Chaque habitant de notre planète doit pouvoir accéder à des produits alimentaires compatibles tant avec sa santé que son pouvoir d’achat.
Passer d’une agriculture chimiquement aidée à une agriculture appuyée sur l’agronomie, la zootechnie, la biologie nécessite des efforts partagés dans un climat de respect des exigences de chacun, consommateurs inclus. Il faut aussi que les principaux acteurs de cette filière se mettent autour de la table avec une volonté irréductible : celle d’avancer.
Cela ne se fera pas tout seul. Mais si dès maintenant, les prosélytes du "Autrement et vite" ou ceux du "ça commence à bien faire" –au lieu de stigmatiser une seule catégorie d’acteurs ou de défendre des intérêts obsolètes– contribuaient à provoquer un dialogue responsable entre producteurs, firmes, recherche et autorité de réglementation, nous avancerions alors.
Que tous les porteurs d’un mandat politique, syndical ou associatif, et nous –tous "consom’acteurs"– n’oublient pas que la qualité de notre agriculture et de notre alimentation dépend de plusieurs acteurs privés et publics et non d’un seul. Il ne suffit pas de stigmatiser pour espérer avancer.
Encadré sur fond de couleur
Parce qu’il y en plus dans cent têtes que dans dix et a fortiori que dans une seule, parce que le réseau professionnel est fort et riche de ses nombreuses initiatives, L’Exploitant Agricole de Saône-et-Loire dispose d’une rubrique "Pensons ensemble". Celle-ci est destinée à enrichir le collectif de ses propres expériences et/ou réflexions, et ainsi à amener de la réflexion à tous.
Alors vous aussi, vous souhaitez partager –dans un sens constructif– une expérience, une idée, une opinion, n’hésitez pas, contactez Nicolas Durand par téléphone au 03.85.29.55.29 ou par courriel à [email protected]