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Agrioccasions, les occasions agricoles
Azote et maïs

Recycler et améliorer l'efficience

La fertilisation est un des moteurs pour la bonne santé des plantes. Pourvu que l’eau soit bien là pour que les plantes puisent dans ce "garde-manger", la fertilisation azotée a un triple effet. En améliorant le fonctionnement des plantes, elle participe à leur bonne santé, facteur favorable pour le bio-contrôle vis-à-vis des bio-agresseurs éventuels et permet ainsi au potentiel génétique de s’exprimer pleinement. Le point avec l'AGPM Technique.
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En ce printemps chaud et sec, le dossier Nitrate revient sur le devant de la scène et avec des approches radicalement différentes...
Ainsi, après la campagne agressive de France Nature Environnement en ouverture du Salon de l’agriculture, un colloque médical organisé à Paris le 31 mars dernier, a mis en exergue les effets positifs du nitrate sur l’organisme. Loin des effets néfastes annoncés, et à l’origine de la norme de 50 microgrammes par litre de nitrate dans l’eau de boisson, plusieurs communications soulignent au contraire l’effet protecteur du nitrate et des nitrites contre l’hypertension, les dysfonctionnements rénaux et autres insuffisances respiratoires.
Parallèlement, le 11 avril dernier, lors d’une conférence internationale "Azote et changement global" organisée par le Centre d’écologie et d’hydrologie d’Edimbourg, le coût annuel des "dommages" causés par l’azote dans l’Union européenne est estimé entre 70 et 320 (noter la fourchette) milliards d’€ par an : pollution azotée de l’air, prolifération des algues vertes, dépassement des normes entraînant des coûts de traitement des eaux, augmentation des gaz à effet de serre… en dénonçant la spécialisation des productions intensives par région.
Face à cette bataille de chiffres et de communication, la pratique des agriculteurs a déjà changé depuis plusieurs années et la situation globale s’améliore. Pourtant, une réunion récente du groupe technique Directive nitrates vient de s’inquièter de la dispersion des recommandations locales : un décret national pourrait rappeler les "points durs" à respecter, tout en acceptant les assouplissements régionaux, objets de longues concertations et correspondant souvent à la prise en compte de contraintes pédoclimatiques locales.

Bonne valorisation des engrais organiques


En ce qui concerne le maïs - lequel joue un rôle important dans le recyclage de l’azote organique des zones d’élevage -, les comportements ont beaucoup progressé vers une meilleure utilisation et valorisation des déjections animales. Pour preuve, des enquêtes de pratiques culturales conduites témoignent de la progression des comportements.
L’apport organique permet en moyenne de couvrir 75 % des apports azotés nécessaires à la culture de maïs dans les régions d'élevage : les lisiers de porcs et les fumiers de volailles sans apport minéral complémentaire, le fumier des bovins avec un complément de 50 kg N/ha. Arvalis tient ainsi à la disposition des éleveurs - sur internet - des outils permettant de calculer la dose totale d’engrais azoté (Azo-LIS®) ou des conseils de fertilisation personnalisés à la parcelle (Plani-LIS®) pour mieux gérer le raisonnement de la fertilisation.
Autre voie de progrès, celle qui consiste à insérer la luzerne dans des systèmes fourragers à base de maïs. C’est un complément idéal dans le rationnement des animaux et les vertus agronomiques de cette culture pourraient encore améliorer le bilan énergétique du système.

Prime au fractionnement et à l'enfouissement


Dans les zones de maïs grain, la conduite de la fertilisation azotée est naturellement aussi basée sur la méthode des bilans. De plus, les agriculteurs ont intégré depuis longtemps des pratiques économes (qui ressortent d’ailleurs de l’agriculture de conservation – très en vogue aujourd’hui) : fractionnement des apports, intégration de la minéralisation estivale dans le calcul (jusqu’à 30 % des besoins) pour augmenter l’efficience des engrais azotés. De plus la gestion des résidus végétaux (mulching) permet de mieux maîtriser d’éventuels excédents d’automne. Rappelons aussi que les rendements élevés et réguliers (notamment permis par l’irrigation), sont la meilleure garantie de bonne utilisation de l’azote organique ou minéral.
Ils permettent des bilans prévisionnels précis et l’ajustement très fin des apports. Le coût actuel des engrais est d’ailleurs le meilleur allié de ces pratiques vertueuses.
Les pratiques limitant la volatilisation de l’azote (enfouissement) se développent pour les engrais organiques et se sont généralisées dans certaines régions (Sud-Ouest) avec l’enfouissement de l’ammoniac anhydre, aujourd’hui interdit, et auquel on cherche des substituts en conservant le principe du "rendu racine" de l’engrais azoté (voir le conseil du mois). Dans le même registre, la méthode Cultan (disposition de l’azote en profondeur dans l’interrang de maïs) couramment pratiquée en Allemagne pour la fertilisation du blé, est l’objet actuellement d’essais en commun entre Arvalis Alsace et le Bade-Wurtemberg.
Enfin, en maïs grain, le retour de la biomasse aérienne au sol chaque année est une garantie supplémentaire du bon fonctionnement du cycle de l’azote car elle permet l’augmentation du taux de matière organique, de la fertilité et la capacité d’échange des sols.


Semis 2011 Des conditions exceptionnelles...


Le printemps sec a permis des semis précoces et des levées rapides, au total les stades des maïs sont en avance de 10 jours en moyenne : revue des avantages et inconvénients de cette situation.
2011 est une année exceptionnelle concernant les dates de semis. Commencés tôt comme en 2009, les chantiers de semis ont réellement démarré début avril, sans interruption. Au 13 avril, les surfaces semées étaient estimées à 1,5 million d’hectare et à 2 millions vers les 20 avril. Aujourd’hui, début mai, la quasi-totalité des maïs français seraient semés, hormis dans les terres qu'il aura été impossible de labourer... On remarque aussi que le décalage est de plus en plus réduit entre le maïs grain et le maïs fourrage, le Nord et le Sud, les zones de l’Ouest et les régions continentales.
A cette date médiane précoce des semis (-3 jours en moyenne) s’ajoutent des levées exceptionnellement rapides (8-12 jours), soit 7 jours de moins en moyenne que les émergences normales à cette date. Ainsi l’avance pourrait atteindre 10 jours avec un stade moyen aujourd’hui proche de 5 feuilles. Reste que dans certaines parcelles, les semences attendent encore l'eau pour germer...






Des conséquences positives…


Selon toutes vraisemblances, les floraisons devraient être groupées et précoces : on observe donc un relatif effet d’esquive général. Les récoltes seraient potentiellement précoces et/ou les niveaux humidités, plus bas.
De plus, les émergences rapides favorisent les levées régulières et la certitude d’atteindre les stades 8-10 feuilles rapidement et d’échapper au risque taupins. La vague de semis groupée peut être considérée aussi comme favorable vis-à-vis des corbeaux, l’effet dilution étant maximal. Sauf pour les parcelles hétérogènes où les levées sont étalées.

… Mais aussi des inconvénients et des risques


Le stade très homogène des maïs français les rend vulnérables à un scénario climatique mal placé : risque de gel à la transition florale jusqu'au 10-15 mai, risque climatique en cas de sécheresse prononcée pendant la floraison (1er-10 juillet).
Les sols de plus en plus secs ont obligé à reporter les désherbages vers les post-levées - comme en 2010 - et avec un salissement rapide et important (notamment par les vivaces), de ce fait, les désherbages deviennent plus complexes et plus coûteux. Enfin, les dates d’apparition des ravageurs estivaux seront plus précoces : les premières pyrales et noctuelles terricoles sont signalées dans le sud-est. Compte-tenu de l’état des réserves de sol et des nappes en eau, chacun attend maintenant la pluie.



Le chiffre du mois...


35 %, tel est l’estimation du pourcentage des surfaces de la ferme maïs France qui sont fertilisées avec un amendement organique (fumier, lisier, autres produits résiduaires). Un des atouts pour l’économie et le bilan écologique de la filière.