Réfléchir aujourd’hui pour préparer demain
De l’ouest de la Saône-et-Loire au sud de la Nièvre en passant par l’Allier, la Loire et le Rhône, Téol est rapidement devenue, avec ses 3.631 adhérents, l’une des coopératives qui compte dans la région. Une impression confirmée et réaffirmée à l’occasion de l’assemblée générale qui se déroulait le 16 décembre dernier à Charolles. Avec un chiffre d’affaire en hausse de +4,47 % qui atteint 19.345.771 €, elle dégage un résultat net positif de 224.298 €. L’opportunité, pour le président Gilles Mazille, de souligner « la satisfaction de retrouver un résultat net positif ». Et ce, « grâce à un suivi rigoureux des charges, un différentiel achats-ventes plus favorable et, surtout, une rentrée d’argent plus rapide de la part des adhérents qui nous permet de réduire nos provisions clients… Le résultat 2011 reste fragile et l’effet sècheresse aura des conséquences sur l’exercice en cours. La trésorerie est également toujours très tendue en raison de l’importance des stocks et des créances adhérents ». Côté investissements, le montant s’élève à 137.000 €. Il est essentiellement consacré au changement de presse à l’usine de Luzy et à l’équipement informatique. Alors que la politique visant à favoriser l’installation des jeunes et leur participation à la vie de la coopérative est toujours d’actualité, on signale la forte mobilisation - aux côtés de la FDSEA de Saône-et-Loire - pour mener à bien une vaste opération d’approvisionnement en paille. « Une tâche difficile et ingrate que celle-ci… Téol a su mener à bien la mission pour laquelle elle s’était engagée ». Côté diversification, on note le rachat d’une jardinerie située à Vitry-en-Charollais, en partenariat avec Euréa., mais aussi la progression régulière - tous les ans - du chiffre d’affaires des magasins de libre-service agricole. Quant au volume d’aliments vendus - qui atteint 52.000 tonnes -, il est resté stable tandis que les volumes d’engrais baissent régulièrement depuis dix ans, parfois volontairement mais le plus souvent par manque de trésorerie.
Le besoin de s’interroger sur le futur
A l’occasion de son rapport moral, Gilles Mazille s’est largement interrogé sur la fragilité des exploitations. « Avec nos systèmes d’exploitation basés à 90 % sur l’herbe, nous savons que nous sommes très dépendants du climat. 2011 nous l'a confirmé ». Et d’évoquer la problématique de la sécheresse « qui a fait craindre le pire… Par miracle, les pluies de la mi-juillet ont d’abord redonné le moral aux éleveurs, ensuite permis de refaire un peu de stock ». Inévitablement, il s’avère indispensable de réfléchir à une autre manière de penser le métier. « Les évènements climatiques, notre dépendance vis-à-vis de la paille, nous amènent à repenser nos systèmes d’exploitation. Devons-nous continuer à loger nos animaux dans des bâtiments très gourmands en paille ? Est-ce que la présence de céréales dans nos assolements nous apporte un plus économique, nous offre davantage de solutions de rattrapage ? » C’est donc fort logiquement qu’en 2011 le conseil d’administration de la coopérative s’est réuni deux jours durant pour redéfinir la ligne directrice de la coopérative pour les trois à quatre années à venir. Un séminaire qui s’est appuyé sur une enquête menée auprès de quatre-vingt-dix adhérents. Dans le prolongement de cette démarche, un audit sera réalisé à l’horizon 2012.
Résoudre le défi alimentaire et agricole
Directeur de recherche à l’Inra, Hervé Guyomard était invité à intervenir lors de cette assemblée générale sur le thème "Repenser l’agriculture pour nourrir le monde : 9 milliards d’individus !". Un exposé qui a permis d’évoquer les défis planétaires à moyen et long terme. Ainsi, à l’horizon 2050, il s’agira de nourrir 9 milliards de personnes (contre 7 milliards actuellement), mais il faudra également faire face à une raréfaction des énergies fossiles et mener une réflexion sur les problématiques environnementales. « Si l’on ne résout pas les problèmes d’accès à la nourriture sur place, il y aura une forte migration en perspective. » Car, si un milliard de personnes mange trop, il y en a autant qui n’ont pas suffisamment de quoi se nourrir. « Il est possible d’avoir un équilibre alimentaire d’ici 2025 en jouant sur l’offre et la demande. Mais aussi en résolvant les problèmes de pertes et de gaspillages tout au long de la chaîne de production ». A signaler qu’aujourd’hui il n’y a pas de crise de disponibilité alimentaire mais tout simplement de revenu. Il convient aussi de souligner qu’il y aura de réels bouleversements au niveau mondial, notamment du fait de la hausse des températures. D’ici à quelques décennies, le grenier alimentaire du monde risque de se déplacer pour se situer en Amérique du Sud et en Europe de l’Est. En outre, si les prix agricoles vont augmenter, ils vont souffrir d’une importante volatilité, notamment au niveau des produits végétaux.