Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Chèvrerie de la Truffière

Retour à l’autonomie alimentaire 

Depuis plusieurs années, le Gaec de la chèvrerie de la Truffière travaille sur l’autonomie alimentaire de son exploitation. La maîtrise des fourrages et la production de céréales autoconsommées ont permis de faire baisser les coûts tout en améliorant les performances du troupeau.
120956--JLNigoul_et_SChopin.JPG
Le Gaec de la chèvrerie de la Truffière élève un troupeau d’environ 130 chèvres à Chissey-les-Mâcon. Le lait est intégralement transformé en fromages de chèvres. Depuis trois ans, les deux associés du Gaec se sont donné comme objectif de faire progresser le niveau de production moyen par chèvre. Alors qu’il n’était que de l’ordre de 700 kg il y a quelques années (632 kg en 2008), il est en passe de se maintenir à 800 kg. Un gain de performance substantiel que Sylvain Chopin attribue essentiellement à une meilleure maîtrise du système fourrager de l’exploitation.

Pâturage tournant


Premier élément de cette reprise en main : le pâturage. Bien que ne disposant que d’une douzaine d’hectares à proximité de la chèvrerie, le Gaec fait en sorte de conduire le troupeau en pâturage tournant en respectant un cycle de vingt jours pour limiter le risque parasitaire. La rotation est permise par un jeu de parcelles bien clôturées et redécoupées à l’aide de fils électriques mobiles. Les chèvres sont lâchées à partir du 20 mars, mais les sols calcaires superficiels et séchants de l’exploitation souffrent d’un déficit d’herbe dès le mois de juin. « Le pâturage est très important mais chez nous, il est fragile. Aussi, nous n’avons pas d’autre choix que de compenser à l’auge et ça ne peut pas être que du concentré », explique Sylvain.

Fauches précoces


La solution, c’est la valorisation des fourrages produits par les parcelles les plus éloignées de l’exploitation. Une valorisation qui passe d’abord par des coupes précoces (fin avril-début mai) garantissant « du potentiel, de la qualité et une possibilité de repousse derrière ». L’herbe est ainsi récoltée au stade montaison épiaison et la luzerne jusqu’au stade bouton. Ces fauches précoces sont récoltées sous forme d’enrubannage, la solution qui s’est avérée la plus économique pour le Gaec. « Le matériel d’enrubannage nous est revenu à 3.500 € d’investissement partagé entre quatre exploitations. Le prix de revient du film plastique est de 3 € par botte. L’autre solution aurait été d’investir dans un séchoir, mais ça serait revenu trop cher pour nous alors que nous sommes encore en plein amortissement », confie Sylvain. Le choix de l’enrubannage n’a toutefois pas été sans conséquence. Le Gaec a en effet été contraint de sortir de l’AOC Mâconnais car le cahier des charges ne tolère aucun fourrage conservé humide.

Enrubannage prédominant


L’enrubannage de première coupe constitue le meilleur fourrage de l’exploitation. Récolté à 60 voire 70 % de matière sèche, il est doté d’une bonne valeur alimentaire (énergie et matière azotée). L’autre avantage de l’enrubannage, c’est son appétence. « A la belle saison, ce n’est pas évident de faire manger du fourrage sec à des chèvres qui se nourrissent en principe dehors », explique Sylvain. Les 200 bottes d’enrubannage récoltées sur l’exploitation couvrent environ la moitié des besoins hivernaux plus une partie des besoins estivaux. « Nous donnons à manger toute l’année, mais en plein pâturage, nous arrivons à descendre à 500 g d’enrubannage par chèvre », confie Sylvain. Sans enrubannage pour compenser le manque d’herbe en été, la production laitière chuterait immédiatement, assure l’éleveur.

Mélange céréales-protéagineux


Le Gaec récolte également 150 bottes de foin de 2e et de 3e coupe. La luzerne fournit quant à elle quatre récoltes ; trois enrubannages et une en foin pour une production totale de 9 tonnes par hectare. En 2010, les surfaces de l’exploitation étaient constituées d’environ 24 ha de prairie permanente, 10,6 ha de prairie temporaire, 4,5 ha de luzerne et un peu plus de 10 ha de céréales. Jusqu’en 2009, du fait des contraintes liées à la Pac, la totalité de la surface était en herbe. Sylvain a alors profité de l’installation de sa nouvelle associée (JA) pour demander une diminution de sa référence prairie permanente. L’objectif étant alors de pouvoir de nouveau labourer. La première année, le Gaec a implanté une douzaine d’hectares de blé. En 2010, trois hectares d’un mélange triticale/avoine/pois ont été introduits dans l’assolement. Conduite sans aucun désherbant ni amendement, la culture a donné 40 quintaux par hectare. Ce mélange a été distribué aux chèvres à hauteur de 320 g par animal et par jour (40 % de la ration). Elles l’ont consommé sans difficulté, même si les grains étaient donnés entiers. Cette incorporation de céréales autoconsommées dans la ration a permis de faire diminuer le coût de concentré à hauteur de 100 €/tonne, assure l’éleveur. La ration hivernale des chèvres se compose pour un tiers d’enrubannage, un tiers de foin et un tiers de concentré (800 g/jour/chèvre).

Prochaine étape : un aliment fermier


Pour la mécanisation des cultures, Sylvain adhère à une Cuma. Ce dernier évalue ses charges de matériel à 343 €/ha du labour à la récolte des céréales. Pour la saison 2011-2012, le Gaec a implanté une dizaine d’hectares de mélange céréales/protéagineux. Durant la campagne précédente, la présence de cultures dans l’assolement a permis aux associés d’introduire des dérobées pour lutter contre la sécheresse. Si les bénéfices des céréales auto-produites se confirment, le Gaec pourrait investir dans une capacité de stockage. L’objectif ultime étant de pouvoir fabriquer un aliment fermier à partir de matières premières. « La vente directe nous imposait de toute façon d’acheter des aliments garantis sans OGM. Avec les céréales autoproduites, nous pouvons aller encore plus loin dans la transparence vis-à-vis des clients », conclut Sylvain Chopin.

Images