S’adapter à la flambée de la paille
En 2011, on enregistre une chute du nombre de demandes : la faute à la crise économique qui perdure et à la sécheresse de ce printemps qui dissuade définitivement les éleveurs d’investir.
Il n’y a que le secteur laitier « qui semble vivre une reprise ces années », indique Olivier Girard. De fait, la perspective de l’après-quota pousse les plus motivés à investir. L’acquisition de quotas supplémentaires est également plus aisée aujourd’hui. Enfin, dans la majorité des cas, le parc bâtiment qui date souvent des années 1990 - et qui est encore fonctionnel - a besoin d’être agrandi pour accueillir davantage d’animaux. Mais même en lait, « l’investissement demeure prudent », constate Olivier Girard : « on transforme des aires paillées en logettes pour gagner de la place, par exemple ».
Le coût des matières premières complique les choses. Dans le cas de l’acier (charpente, toitures, tubulaires…), le prix peut évoluer très vite ce qui rend difficile le choix des matériaux au moment de la conception du projet, indique Jacques Auclair. Par contre, « le prix du pétrole, on est sûr qu’il restera élevé ! », complète le technicien.
Le temps des "cathédrales" est révolu !
La vague de modernisation des bâtiments d’élevage a eu aussi son côté pervers. En effet, face aux besoins énormes en bâtiments, « on a privilégié la solution la plus simple et la plus rapide pour abriter un maximum d’animaux », constate Jacques Auclair. C’était la stabulation sur litière accumulée ou aire paillée, laquelle répondait avant tout à la nécessité d’augmenter la productivité du travail. Durant près de quinze ans, la formule "cathédrale" a beaucoup séduit, d’autant que « le prix de la paille était constant (aux alentours de 35 centimes de franc le kilo) avant 2003 », fait état Philippe Comte. Mais depuis cette époque, le prix de ce sous-produit a flambé. Et vu la surface d’aire paillée qui a vu le jour dans le département, ce sont aujourd’hui des trains entiers de paille qu’il faut à la Saône-et-Loire !
Un racleur fait économiser 40 à 50 % de paille
Avantageuses à l’achat, les stabulations sur aires paillées se révèlent désormais très coûteuses en fonctionnement. En comparaison de ces dernières, les stabulations dotées d’un raclage permettent d’économiser entre 40 et 50 % de paille, estiment les techniciens. Mais plus chères à l’investissement, elles génèrent des annuités plus importantes, ce qui fait pencher pour la solution aire paillée. Pourtant à plus long terme, l’aire raclée revient moins chère si l’on tient compte des dépenses en paille, précisent les techniciens. Une donnée qu’il faudra désormais intégrer dans les futurs projets.
Quant aux stabulations existantes, des pistes existent pour les rendre plus économes en fonctionnement. Les techniciens de la chambre d’agriculture expliquent que « telles qu’elles ont été conçues (stalle d'alimentation, position judicieuse des portes…), elles peuvent pratiquement toutes être aménagées en aire raclée ». Un investissement qui peut être vite rentabilisé au regard du prix actuel de la paille. La transformation d’une aire totalement paillée en une stabulation dotée d’un racleur sur la moitié de sa surface permettrait d’économiser de 40 à 50 % de paille ! Seul bémol qui explique aussi le succès des aires paillées, c’est qu’il faut rajouter un ouvrage de stockage du fumier (fumière bétonnée + fosse), indiquent les techniciens.
Consommation de paille
Des vêlages précoces très gourmands !
L’explosion de la consommation de paille ne provient pas seulement de la généralisation des aires paillées. L’évolution des systèmes d’élevage allaitant y est également pour beaucoup, fait remarquer Philippe Comte. Souvent, les stabulations sur aires paillées ont été construites alors que les élevages pratiquaient encore des vêlages de février. « Or ce type de bâtiment n’est pas une hérésie dans un système simple, avec des vêlages tardifs et une alimentation totalement au foin », fait remarquer le technicien. Mais aujourd’hui, beaucoup d’éleveurs ont avancé les vêlages sur l’automne sans que le bâtiment n’ait été adapté à cette nouvelle conduite. « Le développement des stabulations a été suivi d’un avancement des dates de vêlages, grâce notamment à l’insémination. Des veaux qui naissent, par exemple, au mois de novembre, impliquent une durée d’hivernage plus longue, de près de 150 jours. Le pic de lactation des mères intervient alors en février, ce qui oblige à les nourrir beaucoup plus à cette période. Les fumiers sont alors plus volumineux et plus mous, surtout si les vaches ont une alimentation à base d'ensilage d’herbe. Des vêlages d’automne induisent des veaux âgés à loger en fin d'hiver ce qui augmente sensiblement la densité d’animaux dans les cases, donc la consommation quotidienne de paille », explique le technicien. Sans doute, faut-il donc s’assurer de la bonne cohérence du système d’exploitation et du parc bâtiments. L’aire paillée parait mal adaptée aux vêlages précoces et à l’ensilage d’herbe, en revanche, elle semble mieux convenir à des vêlages tardifs et une alimentation sèche. Constat corollaire : le dessaisonnement des vêlages et ses conséquences ont un coût qu’il convient sans doute de bien mesurer…
90.000 UGB à reloger en urgence en Bourgogne !
A l’heure actuelle, on estime qu’environ 70 % des bovins bourguignons passent l’hiver dans des stabulations modernes. Les 30 % restant seraient logées soit dans les étables entravées (20 %) soit en plein-air (10 %). A l’échelle de la région, la moitié des animaux conduits en plein-air résulteraient d’un choix assumé. En revanche, 5 % des bovins bourguignons passeraient l’hiver dehors contraints et forcés ce qui équivaudrait à 45.000 UGB à reloger en urgence. Moins concernée par le plein-air subi que les autres départements bourguignons, la Saône-et-Loire est en revanche plus concernée par la survivance des étables entravées. 24 % des bovins seraient ainsi logés dans le département. Plus préoccupant encore, un tiers de ces animaux (soit 50.000 bovins en Saône-et-Loire) hiverneraient toujours dans des étables datant du 19e siècle, sans curage mécanique, ni couloir d’alimentation.