Accès au contenu
Agrioccasions, les occasions agricoles
Commercialisation broutards

S’adapter au marché italien ?

« Seule une meilleure adéquation de l’offre française aux besoins des
engraisseurs italiens peut enrayer le recul de l’activité
d’engraissement
», annonce clairement l’Institut de l’élevage dans
dossier Economie de l’élevage de juin.
Par Publié par Cédric Michelin
120236--camion_et_betes_4.JPG
 L’Italie est dépendante à 43% des importations de viande et la viande bovine représente 50% des tonnages de viandes vendues dans le pays. La péninsule est un marché clef pour la France et ce d’autant plus qu’il est rémunérateur. Pour l’Institut de l’élevage, il semble « inéluctable » que l’activité d’engraissement se rétracte dans les années à venir. Le remplacement de l’exportation de broutard par de la viande n’est que peu probable car le marché italien de la viande est très concurrentiel, d’où la suggestion de l’Institut de « renforcer la filière franco-italienne » sur le vif.
« Les engraisseurs italiens pointent quelques faiblesses des broutards français en matière de saisonnalité, de gabarits qui deviennent trop gros pour le marché italien et de performances de croissance en phase d’engraissement affectées par une trop forte complémentation », constate l’Institut de l’élevage, dans son dossier Economie de l’élevage de juin.
Dans ce sens, l’Institut de l’élevage prône l’amélioration de l’adéquation de l’offre française à la demande italienne. Le titre de l’étude est explicite : Le marché de la viande bovine en Italie : un débouché clef menacé. Effectivement, l’engraissement de broutard français en Italie est en perte de vitesse. Pression foncière, directive nitrate, développement du biogaz, baisse des primes pour l’engraissement amènent « inéluctablement » à une chute de l’activité italienne d’engraissement dans les années à venir. « C’est cela que doit surtout redouter la filière française d’exportation de bovins maigres, bien plus que la concurrence de broutards étrangers », note l’Institut de l’élevage.

Des solutions pour coller à la demande italienne



Face à cette érosion de l’engraissement en Italie, et pour mieux coller à la demande italienne, l’étude propose de travailler sur l’« étalement des vêlages pour produire des broutards toute l’année », une « moindre complémentation des broutards dans les élevages français [...] pour ne pas
dégrader les performances de croissance dans les ateliers italiens
». « Mettre fin à l’augmentation des gabarits des races à viande » et associer les « interlocuteurs italiens aux réflexions sur les critères de sélection génétique pour les races particulièrement concernés par le débouché transalpin » (charolaise, limousine, blonde d’Aquitaine…) font également partie des propositions de l’Institut de l’élevage. Au-delà de ces observations, l’Institut de l’élevage remarque également que « le marché n’est pas toujours très transparent et envoie des signaux contradictoires qui ne permettent pas la meilleure réactivité des différents acteurs ».

Un marché italien de la viande hyper concurrentiel



Par ailleurs, la concurrence est rude sur le marché de la viande italienne, un des marchés les plus rémunérateurs de l’Union européenne. « Les viandes irlandaises et allemandes arrivent moins chères que les françaises et sont en outre livrées avec des distributeurs italiens (muscles sous vide catégoriel, unités de vente consommateurs industrielles ou UVCI…). [...] Les viandes polonaises et d’Amérique du Sud, certes positionnées sur des créneaux différents, ont un avantage prix indéniable qui leur a permis de se faire une place importante sur le marché italien », relève l’Institut de l’élevage. De plus, selon l’étude, « face aux évolutions de la demande et à l’éloignement de la crise ESB [appelée aussi "vache folle", ndlr], les distributeurs font évoluer leur stratégie d’approvisionnement et de segmentation du rayon viande. La large place laissée jusqu’alors au cœur de gamme, essentiellement occupée par les taurillons nés en France et engraissés en Italie, se réduit progressivement au profit du développement des segments premier prix et haut de gamme ». Pour les éleveurs français, exporter du vif est plus intéressant que d’exporter directement de la viande. En effet, « la viande française n’est plus compétitive sur le plan du prix alors que c’est un critère de choix déterminant » aujourd’hui. La concurrence est rude, en Italie, entre la viande française importée et la viande issue du broutard français et engraissé sur place.


Un secteur italien de l'abattage contraint à la restructuration et à la diversification



« Le secteur italien de l'abattage est encore très atomisé », observe l'Institut de l'élevage, dans son dossier Economie de l'élevage de juin. Si la restructuration a été très forte en 1990 et 2000 (-56%), leur nombre reste très élevé (2 200 en 2000 en Italie pour 339 en France la même année). « Compte tenu de ce grand nombre, la taille moyenne d'un abattoir italien serait dix fois moindre », selon l'Institut de l'élevage, par rapport à celle d'un abattoir français. En Italie, « aujourd'hui encore, beaucoup [d'abattoir, ndlr] ne travaillent qu'à 50% de leur capacité, ce qui pèse fortement sur les coûts d'abattage ramenés au kg de viande produite ». De manière globale, les coûts d'abattage semblent plus lourd en Italie qu'en France. Les charges de structures et de personnel plombent le résultat de bon nombre d'entreprises. Par ailleurs, l'étude montre que « pour survivre, par manque de matière première, ou encore pour compléter leur gamme, les abattoirs ont été contraints d'élargir leur champ d'activité pour se tourner vers la transformation, voire le commerce, de viande d'importation. Ils sont ainsi devenus un important point d'entrée de la viande bovine étrangère ».




A l'inverse de la France, le steak haché n'est pas un produit phare en Italie



« Près de 40% des Français consomment du steak haché au moins une fois par semaine et 9% plus de deux fois par semaine », affirmait le Syndicat national des industriels de la viande, à la suite d'un sondage Ifop, dans son magazine Zoom d'avril. En Italie, le rapport n'est pas le même, comme le constate l'Institut de l'élevage dans son dossier économie de l'élevage de juin : « Le steak haché est pour l'instant peu consommé en Italie ». Mais le hamburger devrait aider au développement de ce produit. Plus globalement, « le développement des UVCI sous vide [viande sous vide comme l'hebdopack, ndlr] et de la viande hachée n'est qu'à son début ». Pour certaines chaînes de la distribution, « les innovations sur la viande bovine doivent se faire dans le service rendu au consommateur » (allongement de la DLC via l'hebdopack). D'autres estiment « qu'il est encore trop tôt et qu'il faudra un changement générationnel pour faire accepter » la présentation sous vide, notamment du fait de la couleur de la viande.