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Agrioccasions, les occasions agricoles
Frédéric Buttet à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf

Se diversifier plutôt que se spécialiser

En se retrouvant seul sur son exploitation, Frédéric Buttet aurait pu choisir de se spécialiser dans l’élevage allaitant avec agrandissement à la clé. Ecartant cette option commune, le jeune éleveur a préféré miser sur une production complémentaire en installant deux poulaillers label, recevant chapons, dindes de Noël et pintades.
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Frédéric Buttet exploite seul 67 hectares à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf, près de Chauffailles. La structure se compose d’un élevage charolais de 45 vêlages et de deux poulaillers label. Lorsque Frédéric s’est installé en 1995, l’exploitation familiale disposait encore d’une production fromagère en vente directe, mais cet atelier gourmand en main-d’œuvre a du être abandonné au décès de la mère de Frédéric. Se retrouvant seul sur l’exploitation, le jeune éleveur a préféré remplacer les chèvres et les vaches laitières par un atelier volailles, moins astreignant mais tout aussi diversifié. « Très sécurisé et très technique, le système Label rouge Volailles fermières de Bourgogne m’a plu tout de suite », se souvient Frédéric. Les volailles sont produites en intégration. Le fabricant d’aliment finance les poussins et l’aliment. La rémunération de l’éleveur correspond au prix de reprise de la volaille, duquel est retranché le coût de l’aliment, le coût des poussins et une cotisation. Cette rémunération constitue la marge brute de l'éleveur. Ce dernier a également à sa charge la construction du bâtiment et les annuités. Frédéric confie toutefois que l’intégrateur l’a beaucoup aidé dans son projet.

Volailles festives


Pour ne pas se spécialiser davantage dans l’élevage allaitant, Frédéric a construit un second bâtiment volailles label. Dans ces deux unités, l’éleveur produit successivement deux lots de volailles. De juillet à décembre, les deux poulaillers reçoivent des lots de dindes et de chapons destinés aux fêtes de fin d’année. Après un vide sanitaire de 40 jours en début d’année, Frédéric reprend des pintades ou des poulets pour attendre l’été et des nouveaux lots de volailles festives. Pour la production de chapons, l’éleveur reçoit, dans les premiers jours de juillet, des poussins d’un jour sexés (2.650 mâles + 1.750 femelles). Les femelles sont élevées séparément et quittent l’exploitation trois mois plus tôt que les chapons. La conduite des chapons est assez délicate, notamment du fait de l’opération de chaponnage qui intervient entre 30 et 36 jours d’âge.

Délicat chaponnage


Le chaponnage est une véritable « opération chirurgicale » qui consiste en l’ablation des testicules situés à l’intérieur de l’abdomen des oiseaux. C’est une société spécialisée qui accomplit la tâche, dont le coût est pris en charge par l’intégrateur. Durant une journée, sept personnes assurent ainsi le chaponnage des 2.650 poulets lesquels sont également écrêtées et ébarbillonnées. Pendant ce temps et en amont de l’opération, Frédéric doit assurer tous les préparatifs. Les bêtes sont mises à jeun 48 heures avant. Elles sont parquées, puis groupées par cages de 15 animaux. Peu de temps avant l’opération, Frédéric traite la litière avec de l’iode pour prévenir le risque d’aspergillose. Les lots de futurs chapons font par ailleurs l’objet de quatre vaccinations préventives (par l’eau de boisson ou par nébulisation). Le chaponnage induit une surveillance accrue des animaux. « Il faut compter un taux de perte d’environ 1 % par lot », indique l’éleveur. Les chapons doivent par ailleurs être régulièrement triés ; les moins beaux et ceux qui ont été mal chaponnés sont exclus. Entre 18 et 25 jours, les poussins mâles sont bagués avec le numéro de l’élevage. A partir de 42 jours, mâles et femelles ont accès au parcours herbeux, tout en restant séparés par un filet électrifié. Une fois les femelles parties, les chapons disposent de tout l’espace. 25 à 30 jours avant l’abattage, ils sont enfermés dans une quasi obscurité (ouvertures du bâtiment bâchées) pour plus de calme et une meilleure finition des carcasses. Les chapons quittent l’exploitation une semaine avant Noël à un poids d’environ 4,500 kg.

Dindes fragiles


Les dindes sont conduites en un lot de 2.500 animaux par bâtiment. Bien que ne nécessitant pas d’opération lourde comme le chaponnage, la conduite des dindes est assez délicate elle aussi. Le démarrage des dindonneaux implique beaucoup de surveillance. Les animaux doivent disposer d’une source de chaleur à 38°C et il faut veiller régulièrement à leur bon état d’hydratation ainsi qu’à leur vitalité. Comme les chapons, les dindes ont accès au parcours herbeux à partir de 42 jours. Contrairement aux poulets, elles explorent tout l’espace et font beaucoup de dégâts dans la parcelle. « Le parcours doit être bien grillagé et il faut être particulièrement vigilent vis-à-vis des prédateurs. Les trappes du poulailler doivent être rigoureusement refermées tous les soirs à heures régulières », précise Frédéric. Au moment de quitter l’exploitation, les dindes pèsent entre 4,250 kg et 4,500 kg. L’éleveur signale qu’après ce départ, un gros travail de remise en état est à prévoir tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du bâtiment. Cette année, entre deux lots de volailles festives, Frédéric élève des pintades labels, plus rémunératrices que des poulets. 5.200 animaux sont ainsi conduites dans chaque bâtiment.

Des productions rémunératrices


Les marges brutes éleveurs dégagées par les volailles festives sont de l’ordre de 3,60 € par dinde mise en place et 3,20 € par chapon, estime Frédéric. Pour les pintades, la marge brute éleveur est de 1,20 €. De cette dernière, il faut déduire les frais de médicaments (0,14 €/pintade, 0,15 €/dinde, 0,30 €/chapon) ; les frais de litière et de curage (0,15 €/volaille) ; il faut également compter 0,07 €/chapon pour le gaz, l’eau et l’électricité. « Les chapons sont globalement plus rémunérateurs, mais c’est une production risquée », indique Frédéric. Du fait d’un cycle de production long de six mois, les volailles festives nécessitent de disposer de suffisamment de trésorerie pour couvrir les frais. A cela s’ajoute le fait que dindes et chapons sont des volailles fragiles et qu’un mauvais lot est toujours possible. Mais, Frédéric sait aussi qu’il peut compter sur son groupement pour le soutenir en cas de problème. En outre, contrairement aux idées reçues, l’éleveur signale que l’intégration en filière label lui laisse la liberté de changer de type de volailles, de fournisseur d’aliment, voire même d’abandonner la production si nécessaire. Sur son exploitation, les volailles représentent plus de la moitié de l’EBE. « Même si l’on ne fait pas fortune, les volailles m’ont tout de même permis d’investir plus vite dans mon élevage (bâtiment, matériel). Avec des productions diversifiées, mon exploitation est un ensemble dans lequel l’effet des crises est atténué », conclut, serein, Frédéric.


Fiche technique


Frédéric Buttet, Saint-Maurice-lès-Châteauneuf. 

67 hectares, 45 vêlages charolais, 2 poulaillers label. 
Installation : 1995. 
Création de l’atelier volailles : 2000 et 2007. 
Caractéristiques : deux bâtiments de 400 m2 avec parcours herbeux d’environ 1,20 ha chacun. Planning annuel : de juillet à fin décembre ; un lot de volailles festives (2.650 chapons + 1.750 femelles partant fin septembre ou 2.500 dindes) ; puis vide sanitaire de 40 jours en début d’année ; puis un lot de 5.200 pintades jusqu’en été ; à nouveau vide sanitaire de 21 jours jusqu’en juillet. 
Investissement : pour le premier bâtiment en 2000 environ 30.000 €, subvention déduite ; pour le deuxième bâtiment en 2007 42.000 €, subvention déduite. 
Marge brute éleveur : 3,60 € par dindes mises en place ; 3,20 € par chapon ; 1,20 € par pintade. 
Plus de 50 % de l’EBE de l’exploitation. 
Intégrateur : syndicat des Volailles fermières de Bourgogne.




Encadré bien visible


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de la réflexion engagée par la Chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire

(lire nos éditions du 1er et du 22 avril en page 4), L'Exploitant Agricole de Saône-et-Loire

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