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Agrioccasions, les occasions agricoles
Interprofession bovine

Séance d’explication 

Les deux principales vocations de l’interprofession bovine sont communiquer sur les viandes et veiller au respect des accords interprofessionnels au sein de la filière. Des missions qui nécessitent des moyens conséquents, un gros travail de négociation préalable et une mobilisation sans faille de toute la chaîne syndicale. Mais le jeu en vaut la chandelle, car les choses avancent indiscutablement. Démonstration.
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Le 17 janvier dernier à La Guiche, la section bovine de la FDSEA de Saône-et-Loire avait invité les représentants de l’interprofession bovine régionale. À l’origine de cette rencontre avec les éleveurs, un besoin de clarifier les nouvelles modalités de classement des animaux à l’abattoir et les saisies de foies et de carcasses : sujets ô combien sensibles dans les campagnes ! En présence des responsables de la section bovine, Emmanuel Bernard, éleveur et membre du bureau d’Interbev Bourgogne, Isabelle Tisserand, directrice d’Interbev régional, et Christophe Chanet, technicien à Normabev, se sont livrés à une véritable séance d’explications, répondant ainsi aux questions légitimes des éleveurs.
Ce moment d’échanges a d’abord été l’occasion de rappeler la nature et les nombreuses missions d’Interbev (voir sur le site Agri71.fr).
Communiquer sur les viandes et veiller au respect des accords interprofessionnels dans les abattoirs sont les deux principales. Des tâches qui sont loin d’être simples. Il faut bien l’admettre : seuls et isolés, les éleveurs en seraient bien incapables. Véritables "règles" d'Interbev, les accords interprofessionnels sont le fruit d’âpres négociations où éleveurs, abatteurs, industriels, distributeurs et intermédiaires tâchent de trouver des terrains d’entente dans l’intérêt de toute la filière. Nombre de ces accords concernent les relations entre éleveurs et abattoirs. Il y a notamment ceux qui régissent les opérations de classement, le marquage, la pesée, la présentation des carcasses et ceux qui encadrent la vente, l’achat, l’enlèvement des gros bovins et la circulation des données d’abattage.

Le problème des foies douvés


L’accord interprofessionnel sur les foies douvés en fait partie. Depuis 2008, cet accord prévoit l’application par l’abatteur d’« une dépréciation commerciale forfaitaire de 8 € » à l’éleveur si la présence de douves vivantes (petite ou grande) est avérée dans le foie. Une attestation « visée par les services vétérinaires » doit alors être fournie par l’abattoir. Selon les sources, entre un quart et un tiers des foies de bovins seraient ainsi saisis ! Mais tous ces foies ne seraient pas porteurs de douves vivantes... Une procédure mal supportée par les éleveurs. De fait, cette saisie entraine systématiquement la pénalité de 8 € alors que le foie –comme les autres abats constituant le cinquième quartier– n'est pas payé à l’éleveur, ce cinquième quartier servant au paiement de la prestation d’abattage. Et si la présence de douves vivantes n’est pas vérifiée pour toutes ces saisies, peu d’éleveurs voient les 8 € leur être restitués...
« Lors de la signature de cet accord, on s’est faits enfumer ! », reconnaissait le représentant de l’interprofession, Emmanuel Bernard. Car cette signature s’est faite sans les vétérinaires. D’ailleurs dans la pratique, comme les vétérinaires n’ont pas le temps matériel pour le faire, le diagnostic n’est pas fiable. En plus, « à l’origine, les 8 € auraient du servir à de la prévention, sauf que, faute de savoir si l’on a affaire à une petite ou à une grande douve, la prévention est impossible ! », confiait-il. Interbev est en train de plancher sur le sujet, « mais un accord de ce type ne se remet pas en cause aussi facilement », prévenait le responsable. Pour les éleveurs désireux de contester la saisie, Emmanuel Bernard recommande de « récupérer auprès de l’abattoir le bordereau de saisie pour vérifier que le contenu correspond bien aux règles de l’accord interprofessionnel : seule la présence de douves vivantes justifie la pénalité ».

Pesée, classement, marquage : comment contester ?


Autre sujet à contestation, les opérations de "pesée, classement, marquage" (PCM) des carcasses au sein des abattoirs. Là encore, les accords interprofessionnels permettent aux éleveurs de faire valoir leurs droits. Concrètement, les contestations « classement, poids » doivent impérativement être déposées auprès d’Interbev Bourgogne avant le lendemain matin de la tuerie 7 h 00 ! Car passé ce court délai, la carcasse peut très bien être déjà découpée, voire embarquée dans un camion frigo ! Si la contestation arrive à temps, l’interprofession a le pouvoir de bloquer la carcasse. Ensuite, c’est un technicien de Normabev qui se rend sur place pour vérifier le classement et le poids.
La procédure PCM a beaucoup évolué avec l’arrivée de la machine à classer. D’ici le 30 juin prochain, tous les abattoirs de plus de 3.000 tonnes devront en être équipés. En Bourgogne, sur un total de onze abattoirs, quatre sont d’ores et déjà dotés de machine à classer : Migennes (89), Beaune (21), Paray-le-Monial et Cuiseaux. Un cinquième établissement –Vénaray-lès-Laumes (21)– est sur le point de s’équiper. Les cinq abattoirs en question fournissant à eux seuls 95 % des volumes de gros bovins abattus en Bourgogne.
Ce sont les techniciens interprofessionnels de Normabev qui veillent à l’harmonisation des machines entre elles. Ces derniers contrôlent, à l’improviste, tout ce qui se passe au niveau de la PCM, y compris la présentation de la carcasse avant pesée et classement. Ils vérifient notamment que les « dégraissages ou émoussages » ne sont pas excessifs. Tout est noté, signalé… Ces contrôles méticuleux permettent même un classement national des abattoirs. Les mauvais élèves pouvant alors faire l’objet d’actions conjointes avec FranceAgrimer, expliquait Christophe Chanet, technicien à Normabev. Le classificateur est conservé, mais dans plus de 90 % des cas, il valide le classement de la machine. « La machine à classer et les agents de Normabev sont là pour mettre suffisamment la pression sur les abattoirs pour que les opérations de PCM soient fiables », commentait Emmanuel Bernard. « Avec la machine à classer, toutes les images sont enregistrées. Cela nous permet d’avoir une vision plus large avec l’historique. On peut tout savoir ! », complétait le technicien.

Plus de transparence


« Souhaitée par les éleveurs, l’arrivée de la machine à classer dans les abattoirs est une avancée indiscutable », commentait Christian Bajard, président de la section bovine de la FDSEA 71. Moyennant un bon étalonnage opéré par le biais de Normabev, elle a permis que les classements soient harmonisés partout en France, pour plus de transparence dans la filière. Les écarts régionaux ont été gommés et seul le classement technique compte désormais (1/3 pour la cuisse ; 1/3 pour le dos ; 1/3 pour l’épaule).
Cette réussite est le fruit de l’action syndicale, tenait à rappeler Christian Bajard. « Au départ, la filière –tout comme même FranceAgrimer– était réticente ! On a réussi à faire évoluer les choses. On a obtenu que des techniciens mandatés par l’interprofession entrent de manière légale dans les abattoirs pour surveiller tout ce qui s'y passe », renchérissait Emmanuel Bernard.
Le représentant d’Interbev profitait aussi de cette réunion pour annoncer l’entrée en vigueur de la réforme des cotations entrée abattoir (lire en page 8 de cette même édition). « Le charolais est désormais coté en tant que tel, sur son bassin », indiquait Emmanuel Bernard.
Au terme de cette réunion d'information, Christian Bajard faisait remarquer que la plupart des avancées évoquées s’inscrivaient dans la continuité de l’action de blocage des abattoirs Bigard à l’automne 2010. Ce bras de fer avait en effet permis le versement par l’État de six millions d’euros en vue d’une campagne de communication : campagne qui a eu lieu depuis et dont on a vu le succès. Etaient également prévues l’installation des machines à classer, la réforme des cotations, la relance de l'exportation… Le GIE Export est en effet un autre aboutissement du combat syndical et interprofessionnel. À la section bovine de Saône-et-Loire, on planche désormais sur les coûts de production des exploitations ainsi que sur la contractualisation. L’année va également être mise à profit pour faire des propositions dans le cadre de la réforme de la Pac, confiait Christian Bajard.



La communication, « ça ne s’improvise pas ! »


Là où les moyens de l’interprofession offrent des possibilités impensables sans elle, c’est au niveau de la communication nationale. Un domaine qui, comme le confiait Emmanuel Bernard, « ne s’improvise pas ». D’où le recours à des agences spécialisées, véritables professionnels de la communication et des médias. Plusieurs campagnes ont ainsi été lancées dans les journaux, magazines et audio-visuels. La dernière en date, passée à la télévision en fin d’année 2010, a connu un beau succès auprès du public. Sous le slogan « certains plaisirs mettent tout le monde d’accord : le bœuf, le goût d’être ensemble », on y voit le diable partager un bon morceau de bœuf avec un saint. Une mise en scène provocatrice qui a même valu un pastiche aux Guignols de l’info. Signe que la cible grand public avait bel et bien été touchée ! 



Interbev, CIV, Normabev Le fonctionnement de l’interprofession


Née en 1979, Interbev est une association nationale qui réunit tous les professionnels de la filière bétail et viande (éleveurs, commerçants en vif, abatteurs, grossistes, industriels, distributeurs, restauration collective). Son but est la valorisation de la filière viande bovine, ovine et équine et elle défend à la fois les intérêts de l’amont (élevage) et ceux de l’aval, de l’abattage à la distribution. Treize organisations professionnelles nationales composent Interbev. Les éleveurs y sont représentés à travers la FNB.
Interbev possède un outil d’information destiné au grand public : le CIV. Émanant elle aussi d’Interbev, l’association Normabev a pour rôle d’assurer la présence de techniciens mandatés par l’interprofession dans les abattoirs. Conformément aux accords interprofessionnels qui régissent l’abattage des animaux, la présence de techniciens Normabev est obligatoire dans tous les abattoirs de France. Une quinzaine d’agents sont ainsi chargés de vérifier la conformité des opérations de présentation des carcasses, pesée, classement, marquage (PPCM) en abattoir. Ils ont aussi en charge la formation et le suivi des classificateurs, la vérification des machines à classer, le suivi de la circulation nationale des données d’abattage et le règlement des litiges PPCM avec les opérateurs.

Budget de 32 millions d’euros


Le budget national d’Interbev s’élève à 32 millions d’euros. Cinq de ces millions reviennent aux régions ; la Bourgogne en recevant pour sa part environ 300.000 € par an. La moitié du budget de l’interprofession est consacrée à la communication. En Bourgogne, cela se décline auprès des écoles, des médecins, du milieu hospitalier, des cantines… L’Interprofession communique également à l’occasion des concours d’animaux ainsi que sur les grands évènements régionaux comme la foire gastronomique de Dijon. 

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