Trop d’injustices subsistent
Des demandes claires
Avec Jean-Paul Bizien, président national et invité de l’assemblée générale, Paul Billonnet et son équipe ont rappelé le chemin qu’il reste à parcourir, pour obtenir une plus grande équité entre retraités. Force est de constater que ce chemin sera encore long.
Le président national citait ainsi la récente augmentation du montant des retraites, de +2,1 %, au sujet de laquelle « on est loin de couvrir les hausses des taxes, celle des prix des assurances, du fuel, du gasoil… ». Et d’évoquer un pouvoir d’achat qui ne cesse de s’éroder, alors que le montant moyen de la retraite n’atteint aujourd’hui que difficilement les 70,54 % du Smic, loin des 75 % que constitue l’objectif légal, et plus encore des 85 % qu’est la demande des anciens de la FNSEA et qui correspond à l’engagement pris dans la loi sur la retraite complémentaire obligatoire (RCO), votée à l’unanimité en 2002…
Au sujet de cette RCO, les anciens demandent clairement et sans ambiguïté aux actifs de s’engager à leurs côtés : « c’est dans leur intérêt ! Ils ne l’ont manifestement pas compris », déplorait Jean-Paul Bizien.
Pour ce dernier, alors que le minimum vieillesse a augmenté de +20 %, comme s’y étaient engagés les pouvoirs publics, « nous demandons à tous les anciens qui n’ont pas 780 € par mois de retraite d’en faire la demande ». Et cela alors que seraient exonérés du recours sur succession les biens à hauteur de 39.000 €, mais aussi les terres et les bâtiments.
Absence de réponse…
Alors que les avancées se font manifestement à pas lents, Jean-Paul Bizien se dit bien conscient qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, mais « ce ne sont pas les paysans qui ont vidé les caisses ! Les cadeaux fiscaux, nous n’en avons que très peu bénéficié ! » Et ce dernier de dénoncer le récent rapport qui cherche à exclure du bénéfice des vingt-cinq meilleures années les seuls retraités du monde agricole : « nous demandons le calcul sur les 25 meilleures années ; nous sommes raisonnables, nous ne demandons pas sur les six derniers mois ! » Présents Christian Gillot, vice-président du conseil général, Jean-Marc Nesme, Jean-Paul Anciaux, tous deux députés, et Jean-Paul Emorine, sénateur, ont eu à loisir d’entendre les revendications des anciens, tous les estimant recevables. Au-dessus de toute polémique, ce dernier conseillait aux anciens de s’inspirer du rapport sur les vingt-cinq meilleures années, de travailler à partir de ce dernier pour remonter au créneau sur un sujet qui agace dans les campagnes.
Le président de la section nationale demandait aussi que la bonification pour enfants ne soit plus calculée en pourcentage, mais en un forfait et ce, « pour plus d’équité ». Surtout, et suite à la suppression de la demi-part fiscale pour les veuves ou les veufs, il plaidait pour « le relèvement du revenu fiscal de référence de 1.000 € ».
Autant de demandes qui, pourtant égrenées au sein d’une « pétition historique », n’amènent aucune réponse de la part des candidats à l’élection présidentielle : « tous ont été saisis, aucun des sept candidats présents à Montpellier n’a répondu sur le sujet ! », s’indignait Jean-Paul Bizien qui invitait chacun à rester mobilisé.
Mais aussi…
La dépendance était un des autres sujets abordés et sur lequel les anciens attendent de réelles avancées, au-delà des discours et des promesses… non tenues. « Seules 20 % des familles concernées sont en mesure de faire face à la charge financière générée par l’hébergement d’un parent dans un établissement spécialisé », rappelait le président de la section. Et faisant part de la déception des anciens quant au report de la loi sur la prise en charge de ce qui est un fait de société, il se tournait vers les élus : « ne laissez pas ces situations invivables perdurer plus longtemps dans nos campagnes. Nous sommes bien conscients que le problème est de trouver le financement nécessaire, mais il y a tant de domaines dans notre pays où des économies substantielles pourraient être faites, sans compromettre le bon fonctionnement de notre société. Messieurs les élus, les anciens que nous sommes seraient prêts à vous fournir des pistes… ».
Encadré
Il faut le dire…
Dans son rapport moral, Paul Billonnet apportait le soutien sans faille des anciens aux actifs. Pour autant, il leur adressait quelques réflexions, aucune leçon, mais bien davantage des observations qui portent chacun à réflexion.
Face à la montée en puissance de l’« individualisme qui envahit progressivement notre société moderne, les actifs - nos successeurs - ne réfléchissent pas toujours aux conséquences que pourrait provoquer, pour le monde paysan, l’affaiblissement ou la disparition de notre syndicalisme agricole ». Il citait en exemple l’opération paille et son cortège de bénévoles qui ont permis l’acheminement de pas moins de 40.000 tonnes de paille des régions de grandes cultures vers notre département, déplorant le comportement de certains restés bien tranquillement dans leur cour de ferme à attendre, prompts à critiquer et à négocier des remises… « Je voudrais leur dire, à ceux-là, combien ce comportement me paraît affligeant et irresponsable ».
Alors que beaucoup invoquent leur vie privée pour décliner des responsabilités, « nous pouvons affirmer que l’engagement syndical n’a jamais été une sinécure, que du travail en agriculture, il y en a toujours eu beaucoup ».
Et le président de la section des anciens de mettre en exergue l’intérêt individuel dans l’acte d’adhésion : « les adhérents savent que leur cotisation est facilement récupérée grâce à notre carte Moisson, laquelle donne accès à de nombreux avantages non négligeables, comme les commandes groupées de fuel, les commandes de cuves à fuel groupées, les contrats d’abonnement téléphonique, sans parler des remises accordées par une centaine de commerces et d’entreprises de proximité… ». D’où la campagne de relance qu’a engagé la section et sur laquelle il ne sera pas fait relâche dans les mois à venir. « Plus nous serons nombreux et unis, plus nous serons forts et plus nous serons écoutés », concluait sur le sujet René Forêt, secrétaire général de la section.
+2,1 % au 1er avril
Comme l’ensemble des retraites, les pensions des 1,7 million de retraités non salariés agricoles ont été revalorisées de 2,1 % au 1er avril 2012. Le minimum vieillesse, l’Aspa et l’allocation supplémentaire vieillesse versés aux personnes seules ont été, comme prévu, revalorisés de 4,7 %.
La retraite forfaitaire atteint désormais 3.316,69 € par an (276,39 €/mois), le point de retraite proportionnelle 3,897 €. Contrairement aux retraites complémentaires des salariés Agirc et Arrco en hausse de +2,3 %, la retraite complémentaire obligatoire des agriculteurs (RCO) n’a pas été revalorisée au 1er avril. Elle le sera en fin d’année avec effet rétroactif au 1er janvier 2012. Pour mémoire, une RCO pour une carrière complète de chef d’exploitation représente 1.216,87 € par an (101,40 €/mois).