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Vieillir dans la dignité

Un droit citoyen

L’augmentation de la longévité est un phénomène inédit dans
l’histoire de l’humanité et pose de nouveaux défis. Dijon a accueilli un colloque international sur ce thème : "Le droit de
vieillir : citoyenneté, intégration sociale et participation politiques". Trois jours de réflexion et d’échanges pour améliorer
l’existant et préparer l’avenir.
Par Publié par Cédric Michelin
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Il a fallu des siècles pour prendre conscience que le bébé était une personne, mais il a suffi de quelques décennies pour que le statut des personnes âgées se dégrade. L’âge, qui a longtemps conféré le statut de « sage », renvoie aujourd’hui à une position sociale dégradée, « désocialisée » par rapport à une société qui avance sans vouloir regarder dans le rétroviseur. Alors que la longévité humaine s’accroît comme jamais, le problème du vieillissement soulève des enjeux politiques, sociaux, économiques pour tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Les Nations Unies ont ainsi réaffirmé l’importance de l’intégration sociale et politique des personnes âgées, mais force est de constater que les "anciens", en vivant de plus en plus longtemps, sont maintenant souvent perçus comme une charge pour les familles et un poids pour la société. On envisage partout des solutions techniques, économiques, des plans… et l’on peut se demander si l’instrumentalisation du 3e âge et au-delà, ne renforce pas la dépersonnalisation de celui que l’on n’ose même plus qualifier de « vieux ».

Un défi plutôt qu’une menace


Organisé fin janvier à Dijon à l’initiative de Reiactis* et du PGI**, le colloque international sur "le droit de vieillir" a ouvert le débat sur la citoyenneté, l’intégration sociale et la participation politique des personnes âgées. Au lieu de voir le vieillissement comme une menace, les participants préfèrent parler de défi : un défi pour la société, les institutions et un défi pour nous-mêmes car, mieux vaut s’y préparer ; sauf accident, nous serons tous vieux un jour, ce n’est qu’une question de temps…
La question du vieillissement ne se pose pas seulement dans les pays développés qui s’obstinent à raisonner en termes de soins, de parcours médical. Les réponses ne peuvent être seulement techniques. L’accompagnement du vieillissement doit s’envisager sous tous ses aspects : économique, technique, politique, social. L’approche est forcément systémique comme le démontre la région Bourgogne qui s’est dotée d’un pôle de recherche dédié. Il s’agit, comme l’a expliqué un représentant de l’Université de Bourgogne, de mettre sous le même toit plusieurs disciplines et des scientifiques de différents départements. Avec un objectif, profiter de cette mise en commun des compétences et des expériences, pour bâtir des cursus de formation permettant de mieux répondre au défi de l’accompagnement des personnes âgées.

Une citoyenneté assumée à reconquérir


On parle beaucoup du vieillissement et de ses conséquences, mais on parle moins du droit de vieillir dans la dignité. Les intervenants ont beaucoup insisté sur cette nécessité de conserver aux populations les plus âgées « le pouvoir de s’exprimer », et pas seulement sur les sujets réservés aux "seniors". Ce pouvoir de s’exprimer suppose qu’on reconnaisse aussi le droit à la parole et donc le droit d’exister en tant que citoyen à part entière, et pas seulement en tant que ressortissant de telle ou telle caisse de retraite. Axel Kahn, médecin généticien, a insisté sur l’évolution du statut de la personne âgée et le gaspillage de compétences et d’expérience que sa mise à l’écart systématique entraîne. « Les personnes âgées ont autant le droit que les autres citoyens à parler des problèmes de la Cité », plaide le scientifique, insistant sur leur « utilité sociale ». En écho, Françoise Tenenbaum, adjointe à la santé à la mairie de Dijon, relève trois points essentiels quand on envisage le défi du vieillissement : l’équité dans la protection sociale, des retraites décentes et la lutte contre la précarité et l’isolement, ce qui suppose « de refonder notre société et de réapprendre à partager » pour que les plus exposés puissent « vivre dignement ».

Rester modeste, travailler, expérimenter, évaluer…


Ce colloque a permis une large expression et un important transfert d’expériences tout au long des 24 tables rondes organisées et des interventions de la centaine de chercheurs et de conférenciers invités. Force est de constater comme Christophe Madika, président du PGI, que « l’on est au degré zéro du savoir, on teste beaucoup d’initiatives, on travaille sur des idées souvent complexes à mettre en œuvre, et on s’aperçoit que cela ne marche pas ».
Une conclusion alors ? « On doit être modeste et beaucoup travailler, expérimenter et évaluer les dispositifs ».
Christophe Madika a souligné l’importance de l’éclairage sociologique donné à ce congrès « ce qui a donné une vision plus élargie de la question des enjeux et des moyens à déployer ». Une meilleure écoute des besoins, sans a priori, permet aussi d’avancer dans la bonne direction, comme en a témoigné une représentante d’une organisation chilienne. La mise en place de conseils des aînés dans les régions du Chili a ainsi permis une meilleure expression des besoins par les aînés eux mêmes. Au final, les réponses à apporter sont apparues souvent moins onéreuses et plus efficientes que les projets proposés sans concertation par les administrations ou les organisations spécialisées.
Le prochain congrès se tiendra dans trois ans. Il sera l’occasion de faire un nouveau point et d’évaluer les avancées, mais le mot de la fin reste à Axel Kahn : « s’épanouir dans les conditions de son âge, cela fait aussi partie des droits de l’Homme ».






*Réseau international d’étude sur l’âge, la citoyenneté et l’intégration socio-économique.
**Pôle interrégional dédié à l’amélioration de la qualité de vie des personnes âgées en Bourgogne et en Franche-Comté qui rassemble des partenaires publics et privés dont : le Carsat Bourgogne Franche-Comté, le CHU Besançon et Dijon, les Universités Bourgogne et Franche-Comté, l’association le Gérontopôle et l’institut régional du vieillissement.

Didier Menu (médecin conseil MSA) Pour « une citoyenneté active et participative des personnes âgées »



La MSA, qui intervient au niveau du PGI (Pôle gérontologique interrégional) Bourgogne Franche-Comté, a participé au congrès, à son organisation et l’a soutenu financièrement. Didier Menu , médecin conseil à la MSA, expert auprès du PGI, relève que les personnes âgées représentent une population très importante parmi les ressortissants de la MSA. « Notre organisation est donc fortement engagée sur ces problématiques, au travers notamment des ateliers Bien vieillir, où les animateurs sont eux-mêmes de jeunes retraités. Nous rejoignons en cela les actes du colloque qui insistent sur la citoyenneté active et participative des personnes âgées à la société ». Loin de « toute vérité révélée, nous tablons pour avancer sur le brassage des idées et des expériences. Le colloque a montré que certaines problématiques sont communes à bien des pays, mais les situations sur le terrain peuvent être différentes, du fait des conditions spécifiques et de l’environnement ». Il reste à mener un important travail, car, alors que nos représentants politiques sont parmi les plus âgés en Europe, « nous avons beaucoup de mal à donner la parole aux aînés dans la société civile ».