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Chasse

A Lugny, une plaque dévoilée en l'honneur du "célèbre curé chasseur de Chapaize"

A Lugny, une plaque vient d'être dévoilée en souvenir d'un homme d'église. Près de l'ancien château de la commune, où repose son corps victime d'un accident de chasse, la mémoire d’un curé amateur de vénerie, Nicolas Genost de Laforest, l'un des curés de Chapaize du XVIIIe siècle, a été saluée.

Par Frédéric RENAUD
A Lugny, une plaque dévoilée en l'honneur du "célèbre curé chasseur de Chapaize"
C'est sur l'emplacement de l'ancien château de Lugny qu'une plaque a été dévoilée en mémoire du "célèbre curé de Chapaize." Le corps de l'homme d'église repose dans les environs, dans un ancien cimetière.

Nicolas Genost de Laforest est né en octobre 1722, alors que Louis XV règne sur la France. Ses parents habitent à Tournus et son son père, François-Marie Genost de Laforest est d’ailleurs premier échevin de la ville. Avant de rejoindre Chapaize, le jeune curé Genost de Laforest exerce à Tournus.

En 1751, Nicolas Genost de Laforest rejoint Chapaize. L'église dédiée à Saint-Martin, est l'unique vestige d’un prieuré dépendant de l’abbaye de Saint-Pierre de Mâcon. Au croisement de deux voies romaines, la source Saint-Léger fut certainement à l'origine de l’implantation des premiers habitants. Des bénédictins établirent, au Xe siècle, un petit ermitage à Chapaize. Vers 1030, une église avec une nef de cinq travées flanquée de bas-côtés fut construite.

On raconte que Nicolas Genost de Laforest était un grand amateur des chasses dans les bois. « Pour dix minutes de messe, il passait dix heures sur son cheval », selon les dires locaux.

Passionné par la chasse

Ce temps précieux qu’il confisque à son ministère, il le consacre à sa passion de la chasse. Car s'il chasse, c'est pour le bien de tous. « Si je ne chassais pas, les cerfs dévoreraient les blés verts, les sangliers laboureraient les maïs et les sarrasins, et les loups lèveraient de fameuses dîmes sur les troupeaux de moutons », clame régulièrement l’abbé.

Paradoxalement, c’est à sa mort qu’on en apprend plus sur sa vie de chasseur. « A Uxelles, lieu où se pratique la justice seigneuriale, arrive toute une kyrielle de créanciers, juste après le décès. Il faut alors vendre les biens aux enchères pour régler toutes ces dettes », retrace Frédéric Brochot, le biographe de l’abbé Nicolas Genost de Laforest. Un inventaire des biens est produit : « trois fusils, une canardière, des bottes, un cor de chasse, des poires à poudre, des moules à balles, une veste de chasse garnie de boutons en or, quatre peaux de loup, un cheval avec son harnachement, un couteau et un ceinturon, des pièges, une chienne courante et une chienne braque. » Puis l’historien ajoute : « La plupart de ces objets ont été achetés par les curés des environs, ce qui révèle que l’abbé Nicolas n’était pas le seul clerc de l’époque amateur de chasse ! »

Ses exploits de chasseurs, le Curé de Chapaize les déploya à l'encontre des loups. L’animal est un malheur de plus, alors que les paysans doivent travailler dans des conditions particulièrement difficiles. Les années de mauvaises récoltes sont nombreuses.

Le curé chasse le loup

Le curé affronte les loups « que ce soit à la chasse au chien courant, ou à l'aide d'une charogne qui les attire. » En particulier en 1773, une année terrible et Amelot, l'intendant du représentant du roi en Bourgogne, écrit à l'évêque de Mâcon, évoquant « les loups monstrueux qui ont causé "d'étranges ravages" dans les paroisses du Mâconnais et dans le baillage de Chalon.» Il insiste ensuite sur la manière "très courageuse" dont s'est conduit Nicolas Genost de Laforest. « Le curé a fourni de la poudre et des balles à des centaines de personnes et il a donné 3 livres aux 40 traqueurs qui l'ont aidé à abattre deux énormes bêtes. »

Le prédateur présente des dimensions inhabituelles. « En juillet 1773, lorsque l’un de ces loups monstrueux est abattu, un examen est effectué. Ce loup adulte de 4 ans mesure 5 pieds 7 pouces (1,81 m) soit bien plus que la taille des loups communs (1,30 m) », relèvent les historiens de l'Université de Caen. Chez ces loup, les principaux symptômes n’inspirent guère de doute : « agressivité, envie furieuse de mordre tout être animé sur les parties restées à découvert, salivation extrême et paralysie du larynx, qui l’empêchent de dévorer ses victimes, à la différence du loup anthropophage. » Les loups du 18e siècle étaient porteurs de la rage et leurs victimes moururent dans d’abominables souffrances.

Moins de dix ans après avoir vaincu les loups dans la forêt de Chapaize, l'abbé laisse la vie « lors d'une chasse qui se déroulait dans les collines du Bois des Buis, sur la commune de Cruzille aujourd'hui. C'est un lieu assez escarpé avec de nombreuses roches affleurantes. » Il semblerait que le cheval de l'abbé ait fait un mauvais pas. « Le curé est tombé, gravement blessé. Inanimé, la tête couverte de sang, il a ensuite été conduit au château de Lugny. » C'était la demeure du comte de Montrevel, avec qui le Curé avait noué une profonde amitié. Il décède le 6 octobre 1783, à l'âge de 60 ans et « est inhumé dans le cimetière voisin du château le lendemain », précise encore Frédéric Brochot.

Un hommage au "célèbre curé chasseur de Chapaize"