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Agrioccasions, les occasions agricoles
Broutards

Un marché en pleine évolution

Les importations de broutards en direction de l’Italie seraient en train de baisser. Une évolution qui pousse à explorer de nouveaux marchés. Des partenariats sont à bâtir avec des pays qui se cherchent encore. Pour ce faire, le broutard charolais est en position de force, à condition que la filière se donne les moyens de ses ambitions et qu’elle rémunère correctement les éleveurs.
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Le 30 mai dernier, à l’occasion de son assemblée générale à Martigny-le-Comte, la Société d’agriculture et d'élevage du Charollais consacrait une soirée à l’avenir du broutard. A la tribune, une dizaine d’intervenants représentant l’ensemble de la filière ont fait part de leurs connaissances quant à l’évolution des débouchés pour le maigre. Etaient ainsi présents Jean-Michel Morel pour Elvéa 71, Pierre Urcissin pour Gecsel-Global, Jacky Buisson pour le Cadran brionnais, François Chaintron pour Charolais horizon et Deltagro, Gilles Danières de l'Unec, Emmanuel Bernard d'Interbev Bourgogne, Michel Baudot du Herd-book charolais (HBC) et Benoît Albinet de Calexport.
Pour les 80.000 mâles maigres produits en Saône-et-Loire, l’Italie demeure le principal débouché. A l’échelle de la France, 800.000 broutards partent pour l’Italie et, avec 90 % des importations transalpines, les éleveurs français sont en position de quasi-monopole. A l’origine de ce marché franco-italien, il faut avoir à l’esprit que la situation géographique de l’Italie rend quasiment impossible le pâturage. La plaine du Pô, très fertile, est intégralement cultivée. Quant au reste du pays, ce sont des terrains typiquement méditerranéens ou montagneux, ce qui exclut d’y disposer d’un cheptel naisseur. L’Italie n’a donc pas d’autre choix que de dépendre des importations pour son approvisionnement en viande bovine, et çà, c’est plutôt rassurant.

Restructuration de l’engraissement en Italie


Ceci dit, depuis 2007, la demande italienne en broutards a tendance à baisser. Sur place, on observe une érosion de l’engraissement. Les intervenants de la filière s’attendent à une baisse de -7 à -10 % en nombre d’animaux. Le recul de l’engraissement en Italie tient à un ensemble de données nouvelles : mesures agro-environnementales qui impliquent une coûteuse mise aux normes des ateliers, découplage des aides, développement de la méthanisation plus rentable que l’alimentation des bovins pour valoriser le maïs… Globalement, la rentabilité des ateliers d’engraissement s’amenuise. Les coûts de transport augmentent et la consommation de viande bovine baisse. Il faut aussi signaler l’importation de viandes bovines et des évolutions dans les habitudes de consommation avec la découverte de la viande de femelles jeunes…

Pays tiers : tout à construire !


Ces évolutions incitent les opérateurs à rechercher des marchés nouveaux pour compenser la baisse. Un certain nombre de pays tiers sont actuellement travaillés : Grèce, Liban, Turquie, Maghreb… Tous n’ont pas encore la culture de la viande bovine. « Ils prennent de tout - du broutard au taurillon maigre -, se cherchent encore et n’ont pas stabilisé leur demande », résume Yves Durand de la chambre d'Agriculture. Mais, avertit Emmanuel Bernard, si l’on veut que le débouché soit pérenne, « il ne faut pas se contenter d’expédier des bateaux. Il faut en plus exporter un savoir-faire, un appui technique, de sorte qu’il se crée des liens ». Pour cela, la France et notamment la Saône-et-Loire avec sa race charolaise sont particulièrement bien placées. Pour le représentant d’Interbev, c’est là que devrait intervenir le GIE Export imaginé par la profession.
L’évocation des débouchés pour la production bovine n’a pas manqué de soulever la question des attentes du marché. « Quel type de broutards, quel poids, quel prix, quelle date ? », telles sont les questions récurrentes auxquelles la filière a bien du mal à répondre clairement… Reconnu pour sa qualité, le broutard saône-et-loirien n’est pas irréprochable : la saisonnalité des sorties est un handicap majeur et les engraisseurs italiens semblent s’orienter vers des animaux plus jeunes, plus légers.

Les plus mal payés au monde !


La contractualisation a pour ambition de résoudre ces problèmes d’inadéquation entre la demande et l’offre. Une réponse au manque d’organisation chronique de la filière bovine. Mais si la voie de l’organisation et de la contractualisation est la réponse prônée par la filière économique, elle ne semble pas rassurer tous les éleveurs. « Vous parlez de volumes mais jamais de prix ! », regrettait un éleveur dans la salle. « Le dessaisonnement de la production entraîne des frais supplémentaires ; il faut donc des prix en face », recadrait Gilles Degueurce, président de la Société d'Agriculture. Pour Christian Bajard, président de la section bovine de la FDSEA, il est urgent qu’il y ait une augmentation des prix payés aux éleveurs. « On a quand même les prix en sortie de ferme les moins chers du monde. Tout le monde augmente les prix de vente, sauf nous ! », s’indignait Michel Baudot. Alors que la sécheresse avait provoqué un allux d'animaux sur les marchés du fait de la sécheresse au risque de déstabiliser les marchés, certains opérateurs (abatteurs et grande distribution) anticiperaient - pour ne pas dire organiseraient - même la baisse des prix ! Face à ces perspectives inquiétantes, la profession compte beaucoup sur le GIE Export pour décharger un peu le marché et, de ce fait, « être en mesure de pouvoir proposer un broutard un peu plus rare aux Italiens », plaidait Christian Bajard. Malheureusement, la création de ce GIE est loin d’être simple (lire à ce sujet nos articles publiés en page 5 du 24 juin dernier), d’autant que nombre d'opérateurs de la filière, exportateurs en tête, semblent bouder l’initiative… 

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