Philippe Aumeunier
Un plan de ration pour passer l’hiver
Sur ses terres séchantes et pauvres du Charolais-Clunisois, Philippe Aumeunier n’a pas pu exploiter la précieuse pousse d’herbe printanière qui lui permet habituellement de faire ses stocks. Heureusement, le retour de la pluie lui a permis de palier en partie le déficit de fourrage grâce au sorgho et aux regains. La culture de céréales et son système extensif taurillons maigres ont été aussi de précieux atouts.
Philippe Aumeunier exploite 140 hectares à Sivignon au sud est de Saint-Bonnet-de-Joux. Sur ses terrains de granit et de sables séchants, il fait naître environ 75 veaux charolais dont les mâles sont vendus en taurillons maigres. Ce système extensif repose sur des vêlages relativement tardifs, essentiellement sur février-mars. La première année, les veaux sous la mère ne reçoivent aucun aliment. Une fois sevrés, ils passent l’hiver en stabulation avec une simple ration d’entretien. Au tout début du printemps, les animaux sont lâchés dès que possible pour profiter de la pousse précoce et rapide de l’herbe. Dans cette partie du Charolais-Clunisois, les prairies cessent de produire dès que la chaleur estivale s’installe. Les mâles d’un an se mettent alors à faire leur croissance à l’herbe à raison de 2.000 grammes de GMQ de moyenne. Pour cela, ils reçoivent une complémentation faite de céréales maison. Le chargement est alors assez élevé durant cette période jusqu’aux premier jours de juin. Les taurillons sont ensuite vendus à l’âge de 15 mois. Au total, Philippe fait partir une cinquantaine de bêtes à cette période. Le système a un certain nombre d’avantages, à commencer par la sortie d’animaux maigres à une période favorable, juste avant que n’arrivent les premiers broutards sur le marché. Autre intérêt, la production se fait essentiellement au pâturage, ce qui limite les besoins en fourrage (100 % foin). Les lactations ne démarrent qu’un mois avant le lâcher et toutes les saillies ont lieu au pré. Résultat : le système est économe en aliment mais aussi en paille (environ 4 kg de paille par vache non vêlée en aire paillée).
Seulement 200 bottes de foin au lieu de 900 !
Question alimentation hivernale, la base du système de Philippe est le foin. Habituellement, le jeune éleveur en fait 900 bottes rondes. Mais en 2011, il n’en a récoltées que 200 ! La pousse précoce qui chaque année assure en principe la croissance des animaux et la constitution de stocks hivernaux ne s’est pas faite. Aucune goutte d’eau n’étant tombée en avril-mai. Très vite la situation s’est avérée très préoccupante. « Malgré un nombre de taurillons moins important que les autres années, la vente a dû être avancée. La chute des cours a fait perdre 150 € par tête », confie le jeune éleveur. L’achat de marchandises pour les stocks de l’hiver 2011-2012 a commencé à être envisagé. Philippe a pu acheter un peu de foin localement ainsi qu’un camion de foin en provenance d’Italie facturé 200 €/tonne livrée. Aidé de son père tout juste retraité, il a commencé à donner à manger aux animaux dès le 15 juin. Ne sachant pas combien de temps la sécheresse allait durer, Philippe a fait le choix de limiter l’affouragement à de la paille. Très inquiète à ce stade, la famille Aumeunier envisageait même d’affourager certains animaux avec le feuillage d’arbustes coupés ! Fort heureusement, la distribution de paille n’a duré que deux à trois semaines. Cinq tonnes ont ainsi été consommées.
Redécouverte du seigle
Si la récolte de foin de printemps a été sérieusement compromise par la sécheresse, en revanche, la moisson des céréales a été bonne cette année. Philippe en cultive 5 à 6 hectares en rotation avec des prairies temporaires. Cette année, il avait introduit du seigle en plus du triticale. Une première très encourageante puisque la culture a donné autant de grains que du triticale (45 quintaux/ha), mais avec le double de production de paille et moitié moins d’engrais ! Au final, ces céréales procurent à Philippe une quinzaine de tonnes de paille, ce qui couvre grosso modo le tiers des besoins annuels, hors sécheresse.
Profitant de ces surfaces en culture, le jeune éleveur a décidé de semer du sorgho derrière les céréales. « C’est la culture qui semblait promettre le plus de quantité », confie le jeune éleveur. Le sorgho a été semé par une entreprise sans labour préalable. Les semis ont été réalisés le 5 et le 20 juillet.
Sorgho et regains réussis
Début août, comme la pousse de l’herbe avait bien repris, Philippe a de nouveau réservé une douzaine d’hectares de prairies pour une récolte de regain. Ces parcelles ont reçu de l’engrais, de même que l’une des parcelles de sorgho. Ce dernier s’est mis à vraiment bien se développer en septembre. Les plantes ont finalement atteint des tailles hétérogènes allant de 60 cm à 2,20 m de haut. Des repousses de céréales étaient très présentes dans le sorgho suivant de seigle, mais l’essentiel était pour Philippe d’avoir obtenu de la marchandise supplémentaire. Le sorgho a été récolté le 20 septembre. Philippe l’a coupé à la faucheuse avant de la faner. Confié à une entreprise, le pressage a été accompli avec une machine dotée d’un hacheur et les bottes ont été enrubannées. Au final, Philippe a récolté entre 3 et 7 tonnes de matière sèche par hectare de sorgho. Quant aux regains, ils ont donné une centaine de bottes de foin et d’enrubannage supplémentaire. Fourrage qui s’ajoutait à une trentaine de bottes d’enrubannage de trèfle rouge, récoltées au tout début du printemps. Le tout venant en complément du foin acheté, du sorgho, des céréales auto produites, de 10 tonnes de céréales achetées et de deux camions de paille.
Cinq tonnes de tourteaux seulement !
Au vu de ces stocks hétéroclites, Philippe a choisi de s’inscrire à la formation proposée par la chambre d’agriculture pour établir au mieux son plan d’alimentation hivernal. « Mon objectif était de faire des rations adaptées à tous les types d’animaux et simples à donner », confie le jeune éleveur. « La première étape a été de caler la ration pour les jeunes bêtes afin de ne pas pénaliser leur croissance, d’autant qu’elles ne peuvent pas manger n’importe quoi. Finalement, elles recevront la même ration que les autres années, c'est-à-dire le bon foin récolté sur la ferme, complété de céréales et de tourteaux », explique Philippe. Viennent ensuite, par ordre de priorité, les génisses de 18 mois qui recevront de l’enrubannage et du foin de second choix (achat). Enfin, moins vulnérables, les vaches auront le sorgho, le regain, la paille et du foin. Avant vêlage, elles recevront 6,6 kg de sorgho, 6 kg de foin, 2,5 kg de paille, 900 g de farine de céréales et 300 g de tourteau de colza. Après vêlage, elles passeront à 12,3 kg de sorgho, 4 kg de foin, 3 kg de regain, 1,2 kg de paille et 400 g de céréales. Avec son système vêlages tardifs/taurillon d’herbe, Philippe signale que ses objectifs de croissance en hiver sont assez faibles (600 g de GMQ pour les mâles d’un an), d’où des besoins moindres en aliments. D’ailleurs, d’après le plan de ration calculé informatiquement à Jalogny, le jeune éleveur ne devrait avoir que cinq tonnes de tourteaux de colza à acheter pour tout l’hiver. Si la mauvaise saison n’est pas trop longue, cela devrait lui permettre de passer l’hiver. Les bêtes resteront en principe dehors jusqu’au 15 décembre.
Seulement 200 bottes de foin au lieu de 900 !
Question alimentation hivernale, la base du système de Philippe est le foin. Habituellement, le jeune éleveur en fait 900 bottes rondes. Mais en 2011, il n’en a récoltées que 200 ! La pousse précoce qui chaque année assure en principe la croissance des animaux et la constitution de stocks hivernaux ne s’est pas faite. Aucune goutte d’eau n’étant tombée en avril-mai. Très vite la situation s’est avérée très préoccupante. « Malgré un nombre de taurillons moins important que les autres années, la vente a dû être avancée. La chute des cours a fait perdre 150 € par tête », confie le jeune éleveur. L’achat de marchandises pour les stocks de l’hiver 2011-2012 a commencé à être envisagé. Philippe a pu acheter un peu de foin localement ainsi qu’un camion de foin en provenance d’Italie facturé 200 €/tonne livrée. Aidé de son père tout juste retraité, il a commencé à donner à manger aux animaux dès le 15 juin. Ne sachant pas combien de temps la sécheresse allait durer, Philippe a fait le choix de limiter l’affouragement à de la paille. Très inquiète à ce stade, la famille Aumeunier envisageait même d’affourager certains animaux avec le feuillage d’arbustes coupés ! Fort heureusement, la distribution de paille n’a duré que deux à trois semaines. Cinq tonnes ont ainsi été consommées.
Redécouverte du seigle
Si la récolte de foin de printemps a été sérieusement compromise par la sécheresse, en revanche, la moisson des céréales a été bonne cette année. Philippe en cultive 5 à 6 hectares en rotation avec des prairies temporaires. Cette année, il avait introduit du seigle en plus du triticale. Une première très encourageante puisque la culture a donné autant de grains que du triticale (45 quintaux/ha), mais avec le double de production de paille et moitié moins d’engrais ! Au final, ces céréales procurent à Philippe une quinzaine de tonnes de paille, ce qui couvre grosso modo le tiers des besoins annuels, hors sécheresse.
Profitant de ces surfaces en culture, le jeune éleveur a décidé de semer du sorgho derrière les céréales. « C’est la culture qui semblait promettre le plus de quantité », confie le jeune éleveur. Le sorgho a été semé par une entreprise sans labour préalable. Les semis ont été réalisés le 5 et le 20 juillet.
Sorgho et regains réussis
Début août, comme la pousse de l’herbe avait bien repris, Philippe a de nouveau réservé une douzaine d’hectares de prairies pour une récolte de regain. Ces parcelles ont reçu de l’engrais, de même que l’une des parcelles de sorgho. Ce dernier s’est mis à vraiment bien se développer en septembre. Les plantes ont finalement atteint des tailles hétérogènes allant de 60 cm à 2,20 m de haut. Des repousses de céréales étaient très présentes dans le sorgho suivant de seigle, mais l’essentiel était pour Philippe d’avoir obtenu de la marchandise supplémentaire. Le sorgho a été récolté le 20 septembre. Philippe l’a coupé à la faucheuse avant de la faner. Confié à une entreprise, le pressage a été accompli avec une machine dotée d’un hacheur et les bottes ont été enrubannées. Au final, Philippe a récolté entre 3 et 7 tonnes de matière sèche par hectare de sorgho. Quant aux regains, ils ont donné une centaine de bottes de foin et d’enrubannage supplémentaire. Fourrage qui s’ajoutait à une trentaine de bottes d’enrubannage de trèfle rouge, récoltées au tout début du printemps. Le tout venant en complément du foin acheté, du sorgho, des céréales auto produites, de 10 tonnes de céréales achetées et de deux camions de paille.
Cinq tonnes de tourteaux seulement !
Au vu de ces stocks hétéroclites, Philippe a choisi de s’inscrire à la formation proposée par la chambre d’agriculture pour établir au mieux son plan d’alimentation hivernal. « Mon objectif était de faire des rations adaptées à tous les types d’animaux et simples à donner », confie le jeune éleveur. « La première étape a été de caler la ration pour les jeunes bêtes afin de ne pas pénaliser leur croissance, d’autant qu’elles ne peuvent pas manger n’importe quoi. Finalement, elles recevront la même ration que les autres années, c'est-à-dire le bon foin récolté sur la ferme, complété de céréales et de tourteaux », explique Philippe. Viennent ensuite, par ordre de priorité, les génisses de 18 mois qui recevront de l’enrubannage et du foin de second choix (achat). Enfin, moins vulnérables, les vaches auront le sorgho, le regain, la paille et du foin. Avant vêlage, elles recevront 6,6 kg de sorgho, 6 kg de foin, 2,5 kg de paille, 900 g de farine de céréales et 300 g de tourteau de colza. Après vêlage, elles passeront à 12,3 kg de sorgho, 4 kg de foin, 3 kg de regain, 1,2 kg de paille et 400 g de céréales. Avec son système vêlages tardifs/taurillon d’herbe, Philippe signale que ses objectifs de croissance en hiver sont assez faibles (600 g de GMQ pour les mâles d’un an), d’où des besoins moindres en aliments. D’ailleurs, d’après le plan de ration calculé informatiquement à Jalogny, le jeune éleveur ne devrait avoir que cinq tonnes de tourteaux de colza à acheter pour tout l’hiver. Si la mauvaise saison n’est pas trop longue, cela devrait lui permettre de passer l’hiver. Les bêtes resteront en principe dehors jusqu’au 15 décembre.