Un séisme agroalimentaire mondial aux effets différés ?
Depuis le 28 février dernier, le blocage du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution, en réponse au conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, fait peser une menace sans précédent sur l’agriculture mondiale. Après trois mois d’un conflit que le président des Etats-Unis entend poursuivre, les conséquences pourraient être importantes sur l’économie agricole alimentaire mondiale. Explications.
Le détroit d’Ormuz est un corridor de moins de 100 km traditionnellement associé aux flux pétroliers. On oublie qu’il est également un pivot central pour la chaîne agroalimentaire. Près de 35 % des exportations mondiales d'urée, l'engrais azoté le plus utilisé, transitent par ce passage stratégique, faisant de cette substance un vrai tendon d’Achille de la sécurité alimentaire. Aujourd'hui, 40 % de l'apport calorique mondial repose sur des cultures de base comme le blé, le riz et le maïs, qui absorbent à elles seules 45 % de l'azote utilisé dans le monde. Un blocage, même partiel, de ce flux constitue une menace directe pour les rendements et l'équilibre alimentaire, particulièrement pour les pays les plus vulnérables. Contrairement au choc de la guerre en Ukraine en 2022, qui avait immédiatement impacté l'offre de grains, la crise d'Ormuz déclenche un choc sur les intrants dont les effets sont différés. Pour un agriculteur de la plaine du Gange ou du delta du Nil, une impasse de fertilisation ce printemps signifie une récolte compromise à l'automne, ouvrant la voie à de potentiels troubles sociopolitiques.Fracture de la chaîne agroalimentaire mondialeLes cons...
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