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Agrioccasions, les occasions agricoles
Rations hivernales

Une année hors du commun ! 

La sécheresse aura peut-être eu le mérite de souligner l’importance de bien caler le plan d’alimentation hivernale de ses animaux. Au terme d’une saison climatiquement rocambolesque, les éleveurs se retrouvent avec des stocks hétéroclites (dérobées, secondes coupes, paille…), ne couvrant souvent pas tous les besoins et dont on connaît quelquefois bien mal les valeurs alimentaires. Plus que jamais, les éleveurs allaitants vont devoir raisonner leurs rations.
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Début novembre, la chambre d’agriculture a organisé des sessions de formation pour aider les éleveurs allaitants à préparer leur plan d’alimentation hivernale. Organisées en petits groupes accompagnés de deux techniciens “conseillers d’élevage” de la chambre d’agriculture, ces sessions ont permis aux participants de travailler sur leur propre plan d’alimentation hivernale. Chacun ayant à sa disposition un ordinateur doté d’un logiciel de calcul de ration “maison”, adapté aux problématiques de la Saône-et-Loire. « L’objectif était que chaque éleveur puisse repartir avec ses rations calculées par catégories d’animaux, en fonction des poids, des objectifs de croissance, des dates de vêlage et des stocks présents sur l’exploitation en volume et en qualité », explique Eric Braconnier, responsable du stage.
Reconduite chaque année, cette session de formation prenait une résonnance toute particulière cette année alors que la sécheresse de printemps a chamboulé la nature des stocks. « Cet hiver, il va falloir s’adapter à des produits nouveaux dont on ne connaît pas toujours très bien les valeurs alimentaires. Parmi les cultures dérobées, ce sont le sorgho fourrager et le moha qui ont été les plus répandus. Capables de monter jusqu’à 2 m de haut, les sorghos fourragers n’étaient pas très beaux en septembre. Mais ils ont bien redémarré par la suite donnant des rendements de 3 à 7 tonnes par hectare. Ce fourrage sera toutefois assez difficile à manipuler avec des bottes pouvant atteindre 600 à 700 kg », indique Eric Braconnier.

Sorgho, moha et maïs, la bonne surprise


« Les moha aussi auront fourni de très bons résultats », poursuit le technicien. « Plus facile à récolter que le sorgho, cette graminée fourragère a l’avantage de donner des valeurs assez proches d’un foin. Moins productive que le sorgho, elle peut cependant être associée à du trèfle. Le moha a l’avantage de pouvoir se semer tard et de pousser vite. Bien installé, il résiste bien à la sécheresse », indique Eric Braconnier. D’ores et déjà, certains éleveurs envisagent de ressemer du moha l’an prochain. Ce sera un bon moyen de refaire des stocks excédentaires pour 2012-2013. Le moha sera sans doute l’un des enseignements de cet épisode de sécheresse, confie Eric Braconnier. Une piste qui sera sans doute reprise dans le projet de réflexion quant à l’adaptation des systèmes fourragers aux aléas climatiques. Un programme qui devrait faire l’objet d’un nouveau CASDAR national (avec l’Institut de l’élevage et l’Inra) et dont la Saône-et-Loire ferait partie.
Autre leçon de 2011 : face à la sécheresse, « nos régions ont montré certaines potentialités avec des terres capables de donner des dérobées ou des regains. Nous avons aussi pu constater la grande réactivité des éleveurs et des fournisseurs de semences. Au final, grâce aux dérobées, aux regains ainsi qu’aux maïs qui ont particulièrement bien profité du retour de la pluie, certains ont pu remonter de 30-40 à 60-70 % de couverture de leurs stocks », constate le technicien.

Tout l’intérêt d’une analyse de fourrage


A l’heure de caler les plans d’alimentation hivernale, la question est « comment faire avec des produits dont on n’a pas l’habitude ? Globalement, les mohas et les sorghos ont des valeurs assez proches d’un foin correct, quoiqu’un peu différentes sur le plan de l’encombrement. En revanche, pour certains fourrages achetés (maïs entier, panouilles ensilées, pulpes) ou encore les fameux foins de seconde coupe très hétérogènes, les éleveurs se retrouvent dans l’inconnu », explique Eric Braconnier. Une situation qui démontre tout l’intérêt de faire pratiquer des analyses de fourrages pour connaître la valeur de ce qu’on donne à manger aux animaux. Malheureusement, tous les éleveurs n’ont pas ces données en leur possession. Pour calculer les rations des éleveurs, les techniciens s’appuient sur des références théoriques issues des tables de l’Inra ou de la bibliographie. Une analyse d’un échantillon de fourrage récolté sur l’exploitation serait pourtant plus sûre.

Du bon usage de la paille


Une fois la valeur des aliments constituant le stock et leurs quantités connues, il faut définir un plan d’alimentation répondant aux besoins des animaux et utilisant au mieux les matières premières disponibles : paille achetée en secours incluse. Bien entendu, le but ultime sera de limiter les achats, notamment pour ce qui concerne les coûteux complémentaires. Première étape décrite par Eric Braconnier : connaître l’état du stock par rapport aux besoins, c'est-à-dire le taux de couverture des besoins par les stocks. La règle est ensuite d’essayer d’exploiter le maximum de capacité d’ingestion des animaux (70 % minimum) en jouant sur la quantité de paille ajoutée. « Dans certains cas où l’on était à seulement 45 % de couverture des stocks, il a fallu rajouter beaucoup de paille : jusqu’à 5 ou 6 kg par ration », illustre le technicien. Dans le troupeau, la paille ne devra pas être donnée aux laitonnes ni aux broutards destinés à être relâchés à l’herbe. Ce sont en effet les animaux qui ont la plus petite capacité d’ingestion. En revanche, la paille convient aux vaches et aux génisses de deux ans.

Stratégie pour passer l’hiver


La seconde étape de la démarche est la définition des besoins des animaux, en fonction de la croissance et des poids. Une étape qui s’est avérée délicate lors des formations, indique Eric Braconnier. En effet, certains éleveurs ont eu des difficultés pour évaluer le poids et les GMQ de leurs animaux. Une donnée pourtant indispensable si l’on veut adapter au mieux les rations à leurs besoins. La troisième étape du processus est le calcul de ration proprement dit. Il s’agit de couvrir les besoins en s’adaptant à la capacité d’ingestion et de définir la complémentation pour arriver à l’équilibre. C’est le logiciel qui se charge de ce délicat calcul. « Il faut ensuite adapter les rations à l’état des stocks au fur et à mesure de l’avancement de la saison. L’objectif, c’est de parvenir à boucler, sachant que c’est la paille qui fait levier », explique Eric Braconnier. « A partir du moment où le stock permet plus de 50 % de couverture des besoins, alors on peut passer l’hiver avec du foin et de la paille. En dessous, un aliment liquide risque d’être nécessaire pour améliorer la digestibilité de la paille. Dans certaines situations, lorsqu’on atteint 5 à 6 kg de paille dans la ration à 110 €/tonne, mieux vaut acheter de la luzerne déshydratée vendue 210 €/t. Cet aliment fournit des unités fourragères, des protéines et des fibres », confie le technicien.


Un document de ration consultable début décembre


Début décembre, la chambre d’agriculture mettra sur son site internet un document de préconisations de rations pour cet hiver. Les éleveurs pourront y trouver tout un panel de rations par catégories d’animaux, par types de fourrages. L’objectif étant de donner des indications à tous les éleveurs qui n’ont pas eu l’occasion de réaliser un vrai calcul de ration.


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