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Global

Une autre stratégie possible 

Face à des marchés perturbés, le modèle coopératif a du mal à faire valoir ses atouts auprès des éleveurs. L’union solidaire reste pourtant un des plus sûrs moyens pour faire face aux aléas économiques. Pour s’en convaincre, les responsables de Global parient sur une stratégie un peu différente de ce qui se fait communément. Un choix alternatif qui semble porter ses fruits.
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Cela fait deux ans que l’union de coopératives Global a vu le jour. Elle est aujourd’hui composée de cinq coopératives : Gecsel, Bourgogne Élevage, Les éleveurs ardennais, Terre d’ovin et Les éleveurs bio de Bourgogne. Lors de sa première assemblée générale "commune" –qui s’est déroulée le 19 mai dernier à Autun–, l’union a dressé un bilan particulièrement concluant de ces années de restructuration. En 2010, malgré une conjoncture délicate en élevage, « Global a su enregistrer des résultats positifs, avec des volumes d’activités ovins-bovins à la hausse », commentait le président Yves Largy. « Cette réussite est l’aboutissement concret d’une stratégie commune qui s’appuie sur le regroupement de l’offre ». Un parti pris qui concentre les efforts sur l’organisation de l’offre (« s’unir, anticiper, pour mieux aborder les filières ») plutôt que dans une prise de part dans l’aval. « Les capitaux dont nous disposons, nous les mettons à la disposition des éleveurs », expliquait Yves Largy. Pour justifier leur démarche, les responsables de Global évoquent « le respect des hommes et des territoires », mais aussi une approche qualifiée « d’A-capitalisme », c’est-à-dire, « une société d’hommes et non de capitaux », argumentait encore le directeur Michel Millot.
Cette stratégie assumée repose néanmoins sur une réelle volonté d’organisation. S’il est toujours facile de reprocher au monde de l’élevage allaitant son manque d’organisation, force est de constater qu’à Global, on a accompli des choses en la matière et que les projets ne manquent pas.

« Passer d’un flux poussé à un flux tiré »


Outre le fait de s’unir pour faire face à des marchés mondialisés et volatils, Global consacre plus de trois millions d’€ « à l’orientation de la production et au soutien à l’engraissement ». Objectif : « passer d’un flux poussé qui induit souvent une baisse de prix à un flux tiré plus en adéquation avec le marché et favorisant de meilleurs prix », expliquait Yves Largy. Un engagement financier qui se décline dans divers soutiens aux éleveurs et des partenariats avec l’aval avec le souci de créer une plus-value pour les adhérents. Cette volonté a abouti à la mise en place, en 2010, de plusieurs formules de contractualisation. Établis en jeunes bovins, génisses ou vaches avec les abatteurs Bigard et Puigrenier, ces contrats de production permettent une sécurisation du prix d’achat au producteur par la prise en compte du coût de production, expliquait Michel Millot. Une réponse concrète à l’insuffisance et à l’instabilité des prix sur le marché.

Ne pas négliger les tendances alternatives


Si l’union mise sur une massification des volumes, elle n’en néglige pas pour autant les filières de qualité et les marchés « alternatifs ». Très impliqué dans la segmentation des produits, Global dispose d’un impressionnant porte-feuille de signes de qualité. Un secteur qui a été dopé en 2010 avec la reconnaissance officielle de l’AOC Bœuf de Charolles, le développement important de la filière "Agneaux de nos régions" et un nouvel élan pour Charolais de Bourgogne grâce à l’implication accrue de Bigard. En dépit de sa taille imposante, Global sait aussi s’inscrire dans la tendance actuelle des "circuits courts". « Parce qu’elle a su s’organiser très tôt, notre filiale Séléviandes a toujours été en mesure d’approvisionner notre clientèle de collectivités publiques et privées », se félicitait Yves Largy. La coopérative est également très investie dans une filière bio de proximité avec ses points de vente "Boucheries bio de Bourgogne" et leur présence sur les marchés.

Exporter pour assainir le marché


Dans le giron coopératif, Global semble cultiver avec soin sa différence. Pour preuve, son point de vue dissonant sur le projet GIE Export de viande bovine. Suggérée par la profession (FNB notamment), cette idée est aujourd'hui critiquée par Coop de France, la fédération nationale des coopératives. Une position de laquelle se démarque nettement Global qui pense au contraire « qu’il faut faire tout ce qu’il est possible pour exporter du maigre ou du gras. Cet assainissement du marché ne pourra que faire remonter les prix », argumente Yves Largy. Une stratégie que le groupement applique en ce moment avec le Maghreb. Autre option qui différencie encore Global de ses homologues, la possibilité « d’un règlement comptant des animaux à la livraison » sera bientôt proposée. Une petite révolution qui ne devrait pas déplaire aux éleveurs qui restent attachés aux règles du commerce traditionnel.

Prochaine étape : l’union FEDER…


Enfin, ne comptant pas s’arrêter en si bon chemin, Global s’apprête à fonder une nouvelle « union commercialisante » avec Socaviac. Les deux groupements s’étaient déjà rapprochés en 2010 dans une union de moyens. L’étape supplémentaire prendra le nom de "FEDER" et impactera, dans un premier temps « l’évolution de nos sociétés d’export », annonçait Yves Largy. Au 31 décembre prochain, FEDER devrait « rassembler Global et Socaviac, mais elle pourra s’élargir à tous les partenaires coopératifs, éleveurs ou céréaliers, qui voudront bien s’y associer », un appel volontairement ouvert, qui montre bien le caractère déterminé et, peut-être même visionnaire des responsables de Global.


Global
Un acteur économique qui pèse lourd !


L’union Global est composée de cinq coopératives distinctes, ovines et bovines, bio et conventionnelles. La première à avoir rejoint l’union Gecsel fut Les éleveurs ardennais. Plus récemment, l’union Global est née du rapprochement entre UCA Gecsel, Bourgogne Éevage, Les éleveurs bio de Bourgogne et Terre d’ovin (ex Cooprovosel). La structure couvre une quinzaine de départements de l’Est de la France s’étendant des Ardennes à la pointe sud de la Saône-et-Loire. En 2010, Global a traité 95.000 bovins, moitié viande, moitié maigre. Près de 65 % du maigre ont été exportés via la filiale Calexport. Plus de la moitié des animaux de viande sont écoulés auprès de l’abatteur Bigard. L’activité bovine est le fait de quatre coopératives constitutives de Global. Gecsel réalise pour sa part la moitié du volume (46.000 bovins) devant Bourgogne Élevage (30.700), Les éleveurs ardennais (8.600) et Les éleveurs bio de Bourgogne (1.700). Comme en bovins, l’activité ovine est en hausse et atteint 45.000 animaux. Elle est le fait de Terre d’ovin. Sur le plan géographique, la Saône-et-Loire arrive en tête de la collecte avec 33.500 bovins. Vient ensuite la Côte-d’Or, 19.700 têtes ; la Nièvre, 9.500 têtes ; l’Allier, 8.700 têtes et les Ardennes, 8.500 têtes. La collecte d’ovins provient essentiellement de la Saône-et-Loire (24.900 têtes) et de la Côte-d’Or (13.700 têtes). L’union dispose de sept centres sur son territoire : Charolles, Saint-Rémy, La Boulaye (71), Vénarey-les-Laumes (21), plus trois sites dans les Ardennes, l’Allier et la Nièvre.
Global compte à ce jour 2.000 adhérents et 110 collaborateurs. Le secteur « collecte, organisation des débouchés, transformation, commercialisation » emploie trente technico-commerciaux. Le secteur Conseil technique, approvisionnement emploie quant à lui 19 techniciens ainsi que 2 vétérinaires et génère un chiffre d’affaires de 4,3 millions d’€. Les filiales viande (Séléviandes, Les boucheries bio) génèrent quant à elles plus de deux millions d'€ de chiffres d’affaires.



Propos entendus…



Gilles Duthu : « La mayonnaise a bien pris ! »


Pour le président de Terre d’ovin, Gilles Duthu, ce sont les démarches qualité et les circuits courts qui ressortent de l’actualité dense de 2010. La coopérative sera attentive à ses tendances en 2011. Au terme d’un an d’existence au sein de l’union, le président estime que la « mayonnaise a bien pris sur le terrain ».

Franck Gambino : « une sérénité retrouvée autour d’une ligne claire » 


Franck Gambino, président de Bourgogne Élevage, résume la situation ainsi : « nous pouvons dire que nous sommes sereins aujourd’hui ! ». Une phrase qui faisait sans doute référence à des difficultés connues avant le rapprochement et qui était aussi inspirée par un vibrant plaidoyer pour les outils coopératifs. « Aujourd’hui, notre ligne est claire. Nous avons pris l’option de défendre les éleveurs et de valoriser au mieux leur production, coûte que coûte. La coopération est primordiale car en élevage, il y a plus de mauvaises années que de bonnes ! Et aujourd’hui, l’économie étant devenue une jungle, tout seul, on ne peut rien faire ! C’est une inconscience que de se passer de la coopération aujourd’hui », lançait encore l’un des acteurs majeurs de la naissance de Global. 

 Bernard Desjobert : « une croissance régulière en bio » 


Président des éleveurs bio de Bourgogne, Bernard Desjobert se satisfaisait que le passif de sa coopérative ait pu être enfin apuré. Le responsable se félicitait également de la croissance régulière (+15 % en volume) de la filière bio, pointant cependant le manque d’engraissement sur place, impliquant que des animaux maigres bio basculent en conventionnel.


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