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Agrioccasions, les occasions agricoles
Opération Paille

Une mobilisation extraordinaire

La sécheresse du printemps a laissé de très nombreuses exploitations dans une situation critique. Face aux besoins urgents des éleveurs en fourrage, le réseau syndical de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs se mobilise dans une "Opération paille de très grande envergure, véritables convois de la solidarité paysanne. A l’heure actuelle, 700.000 tonnes de paille ont été contractualisées entre céréaliers et éleveurs, en plus des échanges intra-départementaux de fourrage. L’acheminement de cette paille est en cours dans de nombreux départements. Malgré cette très forte solidarité dans la profession agricole, cette dernière avertit que tous les éleveurs ne peuvent pas financièrement subvenir aux besoins de leurs troupeaux. Beaucoup d’entre eux ont d’ores et déjà réduit les rations alimentaires de leurs bêtes. La FNSEA et les JA en appellent à la mobilisation de tous les acteurs (transporteurs routiers, ferroviaires, fluviaux, sociétés d’autoroutes, entrepreneurs, territoires, etc.) pour les aider. Il s’agit notamment de réduire les coûts de transport qui demeurent trop élevés. Dominique Barrau, secrétaire général de la FNSEA, fait ici le point sur cette opération.
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Quelle est l’ampleur aujourd’hui de l’"Opération paille" lancée par le réseau  FNSEA JA ?
Dominique Barrau : elle concerne près d’1 million de tonnes (Mt) de paille aujourd’hui, dont environ 700.000 tonnes sont contractualisées et 300.000 tonnes en attente de contractualisation. Notre réseau estime à près de 70.000 le nombre de camions qui seront concernés par ces volumes. Les premiers envois ont débuté il y a une dizaine de jours et nous souhaitons acheminer la paille nécessaire à l’alimentation des troupeaux dans un délai naturellement le plus court possible.
Tous les départements français sont impliqués dans des Opérations paille intra-départementales et sur des volumes parfois très importants. Pour les opérations inter-départements, une trentaine sont offreurs de paille et une soixantaine demandeurs. Cette mobilisation est tout simplement extraordinaire, sa logistique également ; nous assistons à la manifestation d’une énorme solidarité de la part des céréaliers.
Ces opérations se déroulent très bien lorsque des départements offreurs sont face à des départements demandeurs formulant des commandes fermes. Egalement lorsque la logistique autour du pressage de la paille est organisée entre les FDSEA, les Cuma et les entrepreneurs des territoires.
Le facteur limitant aujourd’hui est la capacité de pressage des pailles : il n’y a plus de presses à vendre, il n’y a plus de presses dans les garages. Dans certains départements, entre 30 et 40 presses sont en chantier.
Dans les jours qui viennent, ce sera la pleine moisson dans les zones plus céréalières, celles du Bassin parisien. Les éleveurs ont besoin de cette paille. A ceux qui hésitent encore à la broyer, les éleveurs leur disent qu’ils sont prêts à payer cette paille à un juste prix, afin de couvrir 15 à 20 % de leurs besoins en fourrage. Mais ils auront aussi besoin d’acheter, en complément de cette paille, des grains, des coproduits comme des pulpes de betteraves car la seule paille ne suffit pas à nourrir les animaux. Les éleveurs sont face des surcharges non négligeables de plusieurs dizaine de milliers d'euros pour pouvoir faire face à cette nouvelle crise....

Comment organisez-vous concrètement ces opérations ? Comment s’effectuent les achats de paille ?
D. B. : l’organisation se fait à deux niveaux. Au niveau des départements offreurs de paille, les équipes d’animateurs des FDSEA sont aux manettes et ils ne font aujourd’hui que ça. Au niveau des départements demandeurs, ce sont les mêmes qui pilotent ces opérations avec en plus le temps du transport du fourrage à organiser. Des cantons demandeurs vont visiter des cantons offreurs pour leur dire leurs besoins. L’implication des Fédérations et de leurs animateurs est colossale, elle inclut tous les déplacements et le suivi au jour le jour pour savoir où se trouve la paille, où les camions vont aller la charger, etc.
La contractualisation de la paille s’effectue, elle, au niveau des FDSEA qui proposent des contrats à l’agriculteur qui vend sa paille et à celui qui veut l’acheter, et souvent sur des volumes importants. Là encore, les équipes syndicales des Fédérations sont totalement impliqués.

A l’avenir est-il possible de mieux anticiper des aléas climatiques imprévisibles par nature, pour sécuriser les rendements des cultures et les approvisionnements en fourrage ?
D. B. : pour sécuriser des quantités de fourrage en nombre, issues des grandes cultures, nous avons besoin d’une politique de l’eau d’ampleur, avec des moyens de long terme engagés et des capacités accrues de stockage de l’eau permettant d’irriguer plus efficacement les cultures lors de sécheresse. Il existe déjà des initiatives en ce sens dans certains bassins.
La paille proprement dite est aussi un support facile de remplacement pour les exploitants. Mais nous n’avons pas su organiser des initiatives "paille-fumier" ces dernières années. Les régions de cultures-élevage, qui sont nombreuses en France, doivent absolument enclencher ce travail pour inventer des systèmes de vraie complémentarité entre élevage et grandes cultures. Ainsi, en cas de sécheresse, une partie au moins de ces régions disposerait de systèmes déjà en place. Je sais que des départements y travaillent.


Sécheresse : près des deux tiers des agriculteurs touchés


L’institut de sondage Ifop a réalisé en juin un Baromètre de conjoncture agricole sur la sécheresse, pour le compte de la FNSEA, portant sur un panel de 1.504 exploitations agricoles représentatives des exploitations professionnelles françaises. 63 % des agriculteurs interrogés, soit près des deux tiers, déclarent que leur exploitation est touchée par la pénurie d’eau et/ou ses effets sur le fourrage. Et 86 % d’entre eux ont entendu parler de l’"Opération paille" mise en œuvre par les réseaux de la FNSEA et des JA.

Près de 70 % des agriculteurs français, selon ce Baromètre, s’attendent en 2011 à une baisse de leurs rendements par rapport à 2010 : 40 % se prononcent pour une baisse de 10 à 30 %, 24 % de 30 à 60 % et 4 % pour un rendement inférieur de plus de 60 %. 24 % d’entre eux prévoient un rendement normal.

Enfin, les meilleures solutions pour répondre au problème de pénurie d’eau quand une sécheresse survient sont : le développement de capacités de stockage de l’eau pour 36 % des exploitants sondés dont l’exploitation a été touchée par cette pénurie (63 % du panel), le développement de variétés résistantes à la sécheresse pour 30 % et le choix de cultures moins gourmandes en eau pour 23 %.