Une nécessité, surtout en conjoncture instable
entrée marge brute et EBE principalement. Avec des systèmes de plus en
plus complexes et une volatilité des prix importante, cette approche
n’est plus suffisante. L’analyse du coût de production devient alors une
évidence.
Le centre a conçu un outil, lequel reprend les éléments de charges et de produits à partir de la comptabilité. Les données sont enrichies par des informations de l’exploitant lors d’une rencontre avec son conseiller. Les charges sont réparties entre les ateliers et ramenées à l’unité produite (kilogrammes vifs, litres de lait, hectares de Scop…). L’analyse est renforcée grâce à une comparaison avec des groupes d’éleveurs similaires et avec les exploitations obtenant les meilleurs résultats.
Récemment, Annabelle Leuthreau, conseillère en gestion sur la zone charollaise, a présenté au Gaec Noiziller frères son coût de production. Les deux associés exploitent 284 ha à Saint-Micaud, dont 264 ha en herbe. Le troupeau est constitué de 190 vaches allaitantes avec une production de broutards de 450 kg. Les vaches et la plupart des génisses sont vendues grasses pour la boucherie.
Les deux associés, Emmanuel et Christophe, attendaient une analyse plus personnalisée de leur système de production pour améliorer leur revenu. La première année, la conseillère a mis en évidence un poste Aliments très important de près de 70.000 €. Sur un montant global, les associés n’ont pas forcément pris conscience de ce coût élevé. L’année suivante, Annabelle a ramené le poids de la charge alimentaire ainsi que tous les autres postes de dépenses engagés pour la production de viande (y compris les annuités et les besoins privés) aux 100 kg vifs produits. Au Gaec Noiziller, en 2011, les engagements pour chaque kg vif produit sont de 3,93 €, pour couvrir les dépenses de production ainsi que les annuités et les besoins familiaux. Après déduction des aides Pac, soit 1,32 €/kg vif produit, il reste 2,61 €/kg vif à financer par les ventes d’animaux. Sur l’exploitation, le prix moyen de vente est de 2,24 €/kg vif, soit une perte sèche de 0,37 €/kg vif.
Témoignage d’Emmanuel et Christophe Noiziller
Qu’avez-vous retenu de la présentation du coût de production par Annabelle ?
Emmanuel et Christophe Noiziller : cette présentation est beaucoup plus intéressante et pertinente que la marge brute et l’EBE. On attendait une nouvelle approche. Le fait que notre prix d’équilibre soit supérieur au prix de vente nous a vraiment alerté !
On s’est mieux rendu compte de ce qui marchait ou ne marchait pas chez nous.
Suite à l’envolée des coûts de matières premières et des cours de la viande qui s’érodent, on a cherché à produire toujours plus de viande, mais est-ce la bonne stratégie ?
Quelles conclusions en avez-vous tiré ?
E. et Ch. N. : c’est vrai que nous avons beaucoup investi ces dernières années en matériel et bâtiments. Pour nous, ce sont des investissements à long terme. La production actuelle a du mal à les amortir.
Sur le coup, nous nous sommes demandés ce qu’on pouvait faire pour équilibrer notre budget. Créer un atelier de diversification, installer un bâtiment volailles, chercher des chantiers d’ETA ?
Notre conseillère nous a fait prendre du recul en nous disant qu’il existait peut-être des pistes d’optimisation de l’atelier viande. Rechercher du chiffre d’affaires par d’autres productions serait une sorte de course en avant sans résoudre le manque de rentabilité de l’atelier viande.
Qu’avez-vous changé depuis ?
E. et Ch. N. : nous nous sommes rendu compte que le volume de viande vive produit actuellement, soit 98 tonnes (t) à deux associés, est un très bon niveau de productivité par rapport à d’autres exploitants. Ce niveau de production doit être absolument maintenu pour absorber des charges de structure incompressibles. Cependant, ces 98 t doivent être produites différemment. Jusque-là, nous produisions des femelles grasses "haut de gamme" avec un coût alimentaire important. Ce type d’animal est beaucoup moins recherché, seuls les concours, un marché de niche, permettent de les valoriser correctement. Le cœur du marché des animaux de boucherie se situe sur des animaux jeunes avec des poids de carcasse autour de 400 kg pour les génisses et 440 kg pour les vaches et avec une conformation dans la moyenne. Nous allons probablement moins pousser l’engraissement, mais augmenter les vêlages puisque nous obtenons de très bons résultats à ce niveau.
CER France 71 est-il votre seul interlocuteur dans cette nouvelle stratégie ?
E. et Ch. N. : l’outil coût de production nous a amené une analyse beaucoup plus fine. Pour aller dans la précision technique, Annabelle nous a conseillé de faire appel à la technicienne de secteur de la chambre d’agriculture. Suite au constat du coût du poste alimentaire, un point précis sera à mener sur les rations et l’autonomie alimentaire. Des gains sont sûrement possibles.
Quelles suites ou améliorations seraient à envisager pour l’outil coût de production ?
E. et Ch. N. : d’une part, je pense qu’un suivi annuel avec un recul sur plusieurs années est nécessaire pour vérifier l’impact des changements effectués sur l’exploitation. Nous travaillons avec des cycles de production longs. L’analyse doit donc se faire sur une longue période.
D’autre part, avec Annabelle, nous nous sommes dits que des calculs de coûts de production plus poussés seraient à mener sur les animaux en phase d’engraissement ou de finition. Nous avons investi récemment dans une bascule. Nous pesons régulièrement les broutards et les animaux à l’engrais. Grâce aux pesées, Annabelle nous propose aussi de calculer les coûts de finition par kg de croît.
Le coût de production est un indicateur supplémentaire faisant partie du contrôle de gestion. Avec cet indicateur, l’exploitant agricole dispose d’une information pertinente et se rapproche de l’analyse menée par toute entreprise dans son secteur d’activité.
La maîtrise du coût de production est aujourd’hui un enjeu majeur. La première étape est donc de le connaître !
CER France 71 propose un coût de production pour la plupart des productions rencontrées dans le département de Saône-et-Loire (bovins viande, bovins lait, cultures, hors sol, ovins-caprins, vignes), même s’il y a plusieurs ateliers sur l’exploitation. Pour le lait et l’élevage allaitant, des analyses de groupe ont été présentées au cours de Fermoscopie 2011.