Une nouvelle vie avec le poulet de Bresse
Tandis que Betty obtenait son diplôme, son concubin Patrick était muté à Montrevel dans l’Ain. C’est par ce biais que le couple a découvert la Bresse et ses spécialités. « J’ai fait mon stage six mois chez un producteur de volailles de Bresse à Bantanges. C’est là que j’ai tout appris ! », confie la jeune femme. Betty y a notamment découvert l’art de préparer les volailles festives pour les Glorieuses. Un contact avec le produit fini qui l’a définitivement convaincue de se lancer dans cette production de qualité, respectueuse du bien-être des animaux.
Comme l’impose la filière volaille de Bresse, Betty a accompli un stage obligatoire de formation théorique et pratique. Outre le fait de devoir soumettre son projet à la filière, ce stage l’a fait entrer en contact avec le comité interprofessionnel de la volaille de Bresse (CIVB). C’est par cet intermédiaire que la recherche d’exploitation de Betty s’est accélérée. Une ancienne ferme laitière avec 37 hectares de terres en location lui a finalement été proposée par l’Adasea en 2010.
Sept hectares de parcours bocager
La structure comprenait des bâtiments d’élevage bovins désaffectés, 13 hectares de céréales ainsi que des prairies bordées de haies arborées, comme le préconise le cahier des charges de l’AOC Volaille de Bresse. Dans l’ancienne étable entravée, Betty et Patrick ont aménagé quatre poussinières de 50 mètres carrés chacune, d’une capacité de 700 poussins par unité. Equipées d’abreuvoirs, de mangeoires et de chauffages au gaz, elles accueillent les poussins jusqu’à leur trente-cinquième jour de vie. Profitant de l’eau et de l’électricité disponibles dans l’ancienne étable, Betty s’est ainsi dotée de poussinières commodes à surveiller.
Au-delà de 35 jours, les volailles disposent de sept hectares de parcours. Le couple y a construit six poulaillers déplaçables de 60 mètres carrés chacun. Ils abritent 700 volailles, lesquelles disposent d’un peu plus d’un hectare d’herbe par poulailler. A partir de 14 ou 15 semaines d’âge, les volailles les plus avancées sont conduites dans des épinettes pour une finition « au calme » d’une quinzaine de jours. Pour ce faire, Betty loue une salle d’épinette à un ancien éleveur des environs.
Produire les céréales sur l’exploitation
Côté conduite d’élevage, durant leur séjour en poussinières, les poussins reçoivent un aliment démarrage. Outre une surveillance rapprochée, Betty ré-approvisionne les mangeoires tous les 2 ou 3 jours au début puis tous les jours lorsque les poussins grossissent. Une fois installés dans les parcours, les poulets consomment un aliment sec "Croissance", agréé par l’AOC et fait d’un mélange de blé, maïs et poudre de lait. Installées dans les poulaillers, les mangeoires sont ré-aprovisionnées à la main tous les deux jours. Pour l’instant, Betty est obligée d’acheter son aliment - en sacs de 25 kg - auprès de fabricants agréés, mais à terme il est prévu d’utiliser le blé et le maïs produits sur l’exploitation, confie l’éleveuse. Chaque jour, celle-ci rend visite au moins trois fois à ses volailles. Il faut procéder à l’ouverture et à la fermeture des trappes. Il faut aussi veiller au remplissage des réserves d’eau alimentant les abreuvoirs.
Le transfert d’un lot de 700 volailles en épinette se fait en trois fois selon l’état d’avancement de chaque individu. Chaque poulet est alors "désonglé" et bagué, une opération « qui prend un peu de temps », avoue Betty. Chaque animal quitte l’épinette lorsqu’il a atteint son stade optimal de finition. Les volailles pèsent alors de 2 à 2,5 kg selon le sexe.
Contrat, planning, marge garantie
Betty commercialise ses volailles de Bresse auprès de l’abatteur Mairet à Simard. Un contrat est établi à l’année entre l’éleveur et l’abatteur par l’intermédiaire du CIVB. Ce contrat porte sur les volumes, les dates de mise en place et de sorties. Les prix sont négociés deux fois par an. Conformément à l’accord passé entre la filière et les abatteurs, le prix payé évolue de telle sorte que la marge de l’éleveur soit préservée. Tout cela rend la production de volailles de Bresse relativement sécurisante pour l’éleveur. Un groupement de producteurs se charge de négocier le prix du gaz, le prix de reprise ainsi que les prêts de trésorerie pour l’achat de bâtiments. « Le CIVB est notre interlocuteur privilégié : nous bénéficions d’une formation ; nous avons été épaulés pour notre dossier installation ; nous bénéficions de conseils d’élevage : c’est très confortable ! », reconnait Betty.
La jeune éleveuse confie aussi être « très soutenue par les cédants ». Les anciens exploitants de la ferme avaient pris une retraite anticipée et aujourd’hui, ils consacrent de leur temps à accompagner Betty dans sa nouvelle vie. La jeune femme peut également compter sur le soutien d’autres éleveurs de volailles de Bresse.
Fiche technique
Betty Poquet
Montpont-en-Bresse
37 hectares au total dont 13 hectares de céréales avec 6 poulaillers de 700 volailles AOC sur 7 hectares de parcours.
Installation : 1er janvier 2011.
Caractéristiques
4 "poussinières" de 50 mètres carrés chacune, d’une capacité de 700 poussins par unité.
6 poulaillers "déplaçables" de 60 mètres carrés chacun, d’une capacité de 700 volailles par unité.
Production totale : environ 8.400 volailles par an, à raison de deux bandes.
Abattage vers 17 semaines.
Investissement (installation)
Total : 87.750 € (TTC)
Détail : cabanes déplaçables (x 6), 52.300 € ; aménagement des 4 poussinières, 12.500 € ; épinettes, 4.600 € (neuves), 1.200 € (occasions) ; matériel d'élevage ( radiants, mangeoires, abreuvoirs, cuves, caisses de transport), 6.500 € (neuf) + 950 € (occasion) ; fabrique d'aliment occasion (broyeur, mélangeur, silos et vis de reprise), 7.200 € ; tracteur + benne 3 points occasion, 2.500 €.
Marge (estimation prévisionnelle)
Coût pour un lot de 700 poulets : 4.000 € (HT), hors carburant, assurances, locations… (détail : aliment démarrage 1 tonne = 385 € ht ; aliment croissance et finition 6,3 tonnes = environ 2.150 € HT ; achat poussins = 800 € HT ; gaz environ 300 € HT ; frais prophylaxie environ 250 € HT).
Produit pour un lot de 700 poulets : environ 5.550 € (détail : 700 poulets de 2 kg en moyenne payés 3,966 € / kg vif).
Partenaire : Centre interprofessionnel de la volaille de Bresse.
Encadré bien visible
Partenaire de la réflexion engagée par la Chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire (lire nos éditions du 1er et du 22 avril en pages 4), L'Exploitant Agricole de Saône-et-Loire vous donne rendez-vous pour suivre, étape par étape, la vie du lot de volailles. nous reviendrons à cette occasion sur les données économiques.