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Agrioccasions, les occasions agricoles
Marché intérieur ou exportation

Une question de structure de l’élevage

Selon les spécialistes du marché, la production bovine française ne
couvre pas la consommation intérieure totale. Les importations sont
nécessaires certes, mais de toute façon les productions exportées ne
sont pas celles qui sont consommées en France. Une situation qui éclaire
le débat entre industriels et producteurs sur l’exportation, le marché
intérieur et les nouveaux débouchés méditerranéens. Le choix stratégique
entre marché intérieur et exportation n’est pas seulement conjoncturel : il est également lié à la structure de l’élevage français.
Par Publié par Cédric Michelin
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« Sur les pièces de viande bovine les plus consommées en France, la filière française est déficitaire », explique Mélanie Richard, chef de projet au département d’Economie de l’Institut de l’élevage. Plus précisément, les Français consomment préférentiellement de la viande dite rouge foncée, qui correspond à des animaux de réforme, à des génisses ou à du boeuf. Des catégories pour lesquelles, en France, la production n’est pas suffisante. Du coup, elle importe depuis l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande et l’Italie. « 60 % des importations françaises de viande bovine correspondent à des pièces arrière sous forme de viande bovine désossée », précise Mélanie Richard. De fait, seule 74 % de la demande intérieure sont approvisionnés par des abattages français en 2009/2010.

Des disponibilités françaises pour les marchés extérieurs



En revanche, dans les pays du pourtour méditerranéen, les consommateurs ont l’habitude de préparer des viandes rouges claires qui correspondent à des animaux plus jeunes. La demande des pays du Maghreb est tournée vers ces animaux en vifs. « De janvier à juillet 2011, les exportations vers le Liban ont progressé de 29 % et vers le Maghreb de 63 % par rapport à 2010 », précise Mélanie Richard. La production française permet de répondre à cette demande : 65 % des taurillons de races à viande et 40 % des taurillons de races laitières ont été exportés en 2009/2010 selon les résultats d’une étude de l’Institut de l’élevage. « Il faut relativiser l’ouverture des nouveaux marchés avec le Maghreb », explique-t-elle. En 2009/2010, l’exportation bovine française était composée pour 55 % sous forme de viande, 38 % sous forme de bovins maigres et 7 % sous forme de bovins gras. En outre, le Maghreb importe majoritairement des animaux en vif dont les volumes concernés, même s’ils progressent, sont encore minoritaires par rapport au total exporté.

Vers une fidélisation des nouveaux marchés



Mais attention, le retour des productions brésiliennes, uruguayennes et argentines n'est pas à exclure. « Il est urgent d’avoir une compétitivité sur les prix si l’on veut poursuivre les exportations de races à viande », a déclaré Pierre Chevalier, président de la FNB, au Sommet de l’élevage qui s’est tenu à Clermont-Ferrand fin septembre. « Les opportunités liées à l’ouverture de ces nouveaux marchés existent, la question est de savoir si la fidélisation de ces nouveaux courants commerciaux est possible », explique la spécialiste de l’Institut de l’élevage. La comparaison avec le marché franco-italien montre le chemin qu’il reste à parcourir. « Il y a des exploitations agricoles françaises qui produisent essentiellement pour exporter en Italie. Ce n’est pas encore le cas pour les pays du Maghreb », explique Mélanie Richard. En 2009/2010, l’Italie a importé 85 % des bovins maigres français destinés à l’export. Les pays du Maghreb n’en sont pas encore là. Et puis, faut-il vraiment spécialiser des élevages pour l’exportation ?