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Agrioccasions, les occasions agricoles
Limiter la volatilité des prix des matières premières

Une solution au défi alimentaire

Limiter la volatilité des prix des matières premières : une solution au défi alimentaire ? Analyse de l'Afdi Bourgogne Franche-Comté qui en fait le thème de sa prochaine assemblée générale le 13 mai prochain.
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Lors de son assemblée générale, le 13 mai prochain au lycée de La Brosse à Venoy (89), Afdi Bourgogne Franche-Comté organise une conférence sur la question d'actualité de la volatilité des prix des matières premières agricoles. Un des objectifs de l’Afdi est en effet de faire le lien entre les problématiques des paysans au sud et celles au nord et de dégager leurs intérêts communs et d'étudier le pacte professionnel susceptible d'être mis en place. Et loin d’être opposé malgré des contextes différents, un paysan ici ou là-bas est intéressé par deux indicateurs sur son exploitation : son volume de récolte et son prix de vente, le premier dépend des aléas climatiques et l’autre du marché international.

Des enjeux lourds


Bien que les paysans aient peu de pouvoir sur la volatilité des prix de leur production, cette dernière pose la question de trois enjeux fondamentaux pour l’ensemble de la profession agricole et, au delà, pour l’économie mondiale. C’est un enjeu de croissance économique fort[WEB] : n’oublions pas que l’agriculture reste la première source d’emploi dans le monde : elle représente encore 1,3 milliard d’individus et 40 % de la population active[/WEB].
La volatilité des prix ne permet pas au paysan de planifier, de raisonner en entrepreneur, l’incertitude "déprofessionnalise" le paysan[WEB] : l'Afdi s’en rend compte avec les partenaires au sud qui se débattent pour vendre leur produit : « un jour, c’est haut ! Un jour, c’est bas, pourquoi ? » ; « cela se passe là bas à Londres ou à New York, c’est le marché »[/WEB]. En quelque sorte une fatalité contre laquelle on ne pourrait rien.
Sans certitude, pas de planification, pas d’investissements. Sans investissements, pas de développement. Ainsi, par exemple, les organisations d’éleveurs au Sénégal [WEB]- soutenus par l'Afdi Bourgogne Franche-Comté -[/WEB]luttent-ils pour vendre leur lait "Made in Sénégal", mais sont dans les faits confrontés à la poudre de lait importée qui, la plupart du temps, arrive bien moins chère... Comment alors valoriser son lait localement ?

Un phénomène insupportable !


Limiter la volatilité des prix présente également un enjeu évident de sécurité alimentaire. [WEB]Nous avons tous assisté avec effroi aux crises alimentaires de 2008. Loin d’atteindre un des objectifs du Millénaire d’éradiquer la faim d’ici 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim ne fait qu’augmenter : faim, malnutrition, sous-alimentation. En 2050, nous serons 9 milliards d’individus sur cette planète, qui les nourrira ?[/WEB]
Cette variabilité des prix est insupportable pour les pays en voie de développement, c’est un cercle vicieux : les paysans vendent à un prix bas, ils ne vivent pas de leur travail et quand les prix sont hauts, ces paysans, qui sont aussi consommateurs, n’ont pas un pouvoir d’achat suffisant pour nourrir leur famille. Les campagnes sont censées nourrir les villes, mais si elles n’ont que la faim et la malnutrition à partager ?
Au Cameroun, la Conaprocam cherche à organiser la filière cacao : ces paysans en ce moment vendent leur cacao au prix fort, ce qui leur garanti un revenu, mais lorsque le prix vient à descendre [WEB](pas seulement à cause de l’offre et de la demande mais plutôt des fonds d’investissements qui spéculent sur ces matières agricoles)[/WEB], ils redeviennent des paysans pauvres qui ne peuvent pas nourrir leur famille... D'autant qu'ils ont eu tendance à abandonner les cultures vivrières pour les cultures d’exportation, telles que le cacao, plus rémunératrices bien qu’incertaines. L’Etat camerounais dépense 1/5 du budget national dans les importations alimentaires dans un pays "béni des dieux" où l'on peut produire du riz trois fois dans l’année : on parle du Cameroun comme un « pays riche très affamé ». Comment relancer la dynamique de production locale si l’Etat ne fait pas confiance à ses paysans pour produire ? Si l’Etat n’investit pas en eux ?
Il s’agit de réfléchir à des orientations nouvelles de nos systèmes agricoles capables de nourrir ses hommes sur ses territoires Les réflexions cloisonnées n’apportent rien, comme le dit Mamadou Cissokho, président du Roppa (Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest) : « nos Etats ne se préoccupent que d’ouvrir les marchés, sans se soucier des paysans. Pour nous le plus important, c’est de réfléchir ensemble ».

Régulation financière


Le troisième enjeu auquel nous devons faire face est un enjeu de régulation financière : les matières premières ne sont pas des denrées comme les autres ! [WEB]Le cadre de régulation doit leur être spécifique et on ne peut pas se comporter avec les matières agricoles vitales pour la survie de l’espèce humaine, comme avec le reste. [/WEB]La financiarisation des marchés agricoles n’est pas nouvelle mais le positionnement de certains acteurs purement financiers l’est : « sur le seul Chicago Mercantile Exchange, il s'échange chaque année l'équivalent de 46 fois la production annuelle mondiale de blé et 24 fois la production de maïs ».
L’idée que les pays riches allaient nourrir les pays pauvres [WEB]a été révolutionnaire à un moment, mais nous savons aujourd’hui qu’elle[/WEB]est révolue : il faut réinvestir dans l’agriculture mondiale pour que les pays soient plus indépendants en matière alimentaire. La régulation permet l’investissement, une meilleure productivité au travail, des meilleurs revenus et donc une augmentation de la demande. [WEB]Il est possible - et vital - de créer ces dynamiques positives. A Madagascar, le sud de l’île a été en proie à une situation de famine en 2010 (conséquence de la sécheresse). Le PAM, programme alimentaire mondial, est bien là pour régler des situations d’urgence, mais c’est du court terme. Le gouvernement malgache est obligé d’importer du riz pour satisfaire les besoins alimentaires de sa population, mais vu le faible pouvoir d’achat des consommateurs locaux, qui aura les moyens de continuer à acheter les quantités nécessaires pour nourrir sa famille ?[/WEB]

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Une invitation

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Ces trois enjeux sont fondamentaux pour l’ensemble de la profession agricole au nord comme au sud : l'Afdi Bourgogne Franche-Comté vous invite à discuter de ces enjeux et de ces possibles alliances entre nord et sud, en participant [WEB]à cette conférence en présence de Henri de Raincourt, ministre de la Coopération, qui exposera la politique française en matière de coopération. Un expert en agro-économie présentera à cette occasion les enjeux de la volatilité des prix liée au défi alimentaire. Participeront également aux échanges Nicolas Fischer, vice-président des JA, Gérard Renouard, membre du bureau FNSEA, Michel Renevier, président de la chambre d’Agriculture de Franche-Comté, Gilles Abry, président de la chambre d’Agriculture de l'Yonne, ainsi que des représentants d’organisations paysannes sénégalaises. Tous aborderont les conséquences concrètes de la volatilité des prix dans leur combat quotidien.


Nous vous attendons nombreux[/WEB] à partir de 14 heures, le 13 mai prochain, au lycée agricole de la Brosse (89).
Plus d’informations auprès de [email protected]


Paroles de paysans


« "Un battement d'aile d'un papillon ici peut provoquer une tempête à l'autre bout du monde". Malgré mes mains de paysan du monde, je comprends cette maxime. Le gel, la sécheresse auront des répercussions sur les récoltes dans les saisons à venir, ainsi que l'apparition de telle ou telle maladie ou épidémie dans mon troupeau. Je dois prévoir, anticiper, améliorer... C’est mon métier. Pour cela, je suis aidé plus ou moins, suivant où je me trouve sur la planète par des moyens techniques mis à ma disposition, ainsi que des moyens financiers. Il est vrai que pour ce dernier point, j'ai intérêt à exercer mon métier dans l'hémisphère nord. Mais un clic sur un ordinateur à Londres ou Chicago... ruinera ma récolte plus sûrement que n'importe quelle calamité ou épidémie, surtout si je suis dans l'hémisphère sud... Pauvre papillon que l'on accuse de tempête, alors que celui qui a tapé sur l'ordinateur (volontairement) a fait infiniment plus de ravage que toi dans la population et la nature et cela au nom de quoi ou de qui ? Les échanges sur le papier (virtuels) sont sans commune mesure avec le marché. Les positions sont détenues par des financiers et non par des acteurs économiques ! Des échanges virtuels qui donnent la mort réelle ».
Joël Fleury, éleveur dans le Doubs, responsable Afdi 25





« Je pense que mes interlocuteurs ont pris conscience que je ne suis pas le seul responsable de mon sort. L’environnement mondial dans lequel j’évolue contribue à expliquer ma situation. Prenons un exemple. Même si le Cameroun produit 10 % du cacao, son prix n’est pas fixé sur place, mais à Londres. C’est paradoxal. Finalement, avec les paysans français, nous sommes dans la même pirogue, tout le monde doit y trouver sa place. Auprès des paysans du nord, j’ai également essayé de faire comprendre que la logique du "produire plus" peut tuer un autre paysan. Après c’est à lui de dire si il est prêt à s’allier avec nous. Et l'Afdi doit prendre le relais pour prouver à ce paysan qu’il a intérêt à le faire ».
Mamadou Baldé, éleveur sénégalais, président du Cinafil