« Véritable imbroglio juridique »
découverte d’une nouvelle mouche qui parasite les abeilles de nouvelles
menaces planent sur les abeilles qui suscitent l’inquiétude des
apiculteurs. interview de Bernard Berque, président de la section apicole de la FNSEA.
Bernard Berque : Les chercheurs ont montré que les abeilles parasitées par une mouche ont un comportement anormal. Ils se demandent si cette mouche joue un rôle dans la disparition des abeilles aux USA. Mais la question que les apiculteurs professionnels posent, c’est pourquoi 20% de leur cheptel est improductif. Cette mouche ne fait qu’allonger la liste des suspects et confirme que la mortalité des abeilles a des causes bien plus complexes que l’on croit. Nous avons besoin d’une recherche appliquée pour trouver des solutions opérationnelles sur le terrain.
- Quel sera l’impact des OGM sur le miel ?
BB : Au mois de septembre 2011, la Cour de Justice de l’Union Européenne a conclu que le miel contenant du pollen OGM doit être soumis au régime d’autorisation prévu par le règlement européen avant sa mise en marché. Nous sommes inquiets car cette décision a des conséquences graves pour notre filière. D’abord, elle crée un véritable imbroglio juridique. La Cour de Justice considère que le pollen présent dans le miel est un « ingrédient ». Le miel n’est pas une pâte à tartiner. Il est produit par les abeilles depuis toujours. Le pollen est un « constituant naturel » dont l’apiculteur ne maîtrise pas la présence fortuite ni la quantité dans le miel. Ce n’est pas un ingrédient du miel. Les apiculteurs professionnels demandent donc une clarification précise du statut du pollen dans le miel au niveau européen. Nous souhaitons que la commission européenne s’engage à préserver le miel comme aliment nature. Dans cette affaire le consommateur risque fort de ne pas être gagnant. Le pollen est le seul moyen de contrôler l’origine du miel. La décision de la Cour de Justice européenne pourrait favoriser le développement de l’ultrafiltration du miel destiné au marché européen. Cette technique a pour objet de retirer le pollen du miel. La Commission Européenne a la responsabilité d’éviter une situation ubuesque : demain du miel sans OGM, garanti en usine, mais sans identité ni traçabilité possible. C’est la confiance du consommateur qui est en jeu !
- La production de miel française est-elle menacée ?
BB : Aujourd’hui, les apiculteurs français ne produisent que la moitié du miel consommé en France, le reste est importé. Avec cette affaire, le marché du miel est perturbé. Les échanges sont ralentis en attendant un signal clair des instances européennes. Pour produire sereinement, nous avons besoin des règles techniques fiables et incontestables. Par ailleurs, le marché du miel en France gagnerait à être plus transparent. Le développement de l’apiculture professionnelle passera par une gestion limpide du marché.
Ne confondons pas "mouche parasite" et "parasite de mouche" !
Récemment, des chercheurs américains ont identifié en Californie une mouche parasitoïde, Apocephalus borealis, qui change le comportement des abeilles qu'elle parasite et finit par provoquer leur mort. Cette mouche, qui était connue comme un parasite des bourdons et des guêpes, pourrait de surcroît être un vecteur de maladies entre les abeilles et peut-être les bourdons.L'Inra attire l'attention d'une part sur le fait que jusqu'à nouvel ordre A. borealis n'est pas présente en Europe, et d'autre part sur une erreur parfois lue ces jours-ci dans la presse française, et qui a sans doute pour origine une traduction erronée de l'anglais : Apocephalus borealis n'est pas "un parasite de mouche" mais bien une mouche parasite, ou plus précisément parasitoïde puisque tel est le terme consacré aux insectes parasitant d'autres insectes.