Vers de profonds changements
de l’avant. Le syndicat regardait l’avenir proche et son cortège de
défis pour la viticulture : mutation « entrepreneuriale » des
exploitations ; disparition des outils de protection de la filière (OCM
vitivinicole) ; intégration possible à la Pac ; maladies (Esca ; flavescence dorée…) à concilier avec Écophyto 2018… Face à tant de
dossiers, la mobilisation de tous sur le terrain est nécessaire. L'Union faisait parler son réseau...
Pourtant, vendredi 17 février à Mâcon, les regards se portaient sur l’avenir. Car de profonds changements réglementaires devraient intervenir dans les prochaines années et venir bousculer l’équilibre des marchés. Finie la régulation de la filière (perte de l’OCM vitivinicole, libéralisation des droits de plantation), finies les aides à l’écoulement (distillation de crise, alcools de bouche ou moûts concentrés rectifiés…), place au néolibéralisme voulu par l’OMC, l’Europe et donc la France quelque part. Le mouvement a d’ailleurs débuté depuis plus d’une décennie.
La viticulture familiale disparaît
Le constat tombait d'ailleurs comme un couperet. Présentant le recensement général agricole de 2010, Alain Faure notait la « forte mutation » du secteur depuis les années 2000. En dix ans, le département a perdu 1.200 actifs, 600 exploitants, soit l’équivalent de 500 exploitations viticoles. Au total, c’est près d’une exploitation viticole sur deux qui a disparu en Bourgogne. Un chiffre qui monte à 55 % en Saône-et-Loire. Les exploitations entre 2 et 5 ha n’ont quasiment pas survécu. Seules celles entre 10 et 20 ha ont « subsisté » et pour cela, ont du se « spécialiser pour survivre et continuer de se développer ». Une conclusion s’imposait : « la viticulture familiale a laissé sa place à une viticulture entrepreneuriale », organisée en conséquence, s’adaptant à ces changements.
Les coopératives font face
« Un cinquième des exploitations (1.630) sont spécialisées en viticulture, représentant un tiers de la valeur de la production finale, sur 2,5 % de la SAU totale », expliquait le chef du service en charge des données à la DDT 71. La Saône-et-Loire est le premier département de Bourgogne, au niveau des surfaces (stables) et des volumes, « avec un poids particulier de la coopération (12 coopératives, 47 % des volumes totaux vinifiés) », notait-il. Pour les chais particuliers (53 % des volumes de raisins ; 43 % vinifiés), la vente négoce/grossiste reste majoritaire même si son niveau régresse au profit des ventes bouteilles qui restent néanmoins minoritaires (28 % des volumes), surtout comparées à la Côte-d’Or (70 %). « Un certain nombre ont développé une activité de négoce », pour étoffer leur gamme de vins.
Toutefois, caves particulières comme caves coopératives ne pourront passer à côté de la question des transmissions : « 60% des exploitants n’ont pas de repreneurs connus, ni de successeurs. Cela représente 12 % des viticulteurs mais 8 % des vignes du département », mettait-il en garde.
Le compte à rebours a donc débuté. L’âge moyen des exploitants a fortement augmenté (49 ans contre 40 ans en 2000). Les jeunes ne représentent plus que 22 % des exploitants. Pourquoi ? « Sous l’effet des crises », cette dernière décennie a surtout « conforté les générations installées dans les années 1980 », qui se sont agrandies avec de fortes capitalisations. Celle des années 1990, « n’a pas pu s’installer », faute de financement suffisant.
Le président de l’Union viticole de Saône-et-Loire, Robert Martin veut remédier à cela et se tournait vers le lycée de Davayé pour « retrouver du dynamisme dans nos productions pour attirer des jeunes ».
Le double jeu du négoce
La stratégie n'est pas que locale mais bien globale. Forte de son réseau, l’Union viticole avait invité Arnaud Danjean, député européen ou encore Robert Verger, de la FNSEA. Si le premier se disait « vigilant » jusqu’au vote sur les droits de plantation, il voit une « dynamique favorable » et appelait les viticulteurs à rester « unis et cohérents » pour lutter contre la libéralisation votée en 2008. Pas évident, puisque le président-délégué du BIVB, Michel Baldassini assurait avoir le soutien du négoce « à condition qu’il y ait une gestion des droits de plantation différente », tandis que Robert Verger affirmait, que dans d’autres sphères, le négoce bourguignon tenait un discours différent.
Pac : un système « pervers »
Récemment élu vice-président de la Cnaoc, et secrétaire général de l’Union, Jean-Michel Aubinel « veut sécuriser l’enveloppe qui était à l’OCM ». De la cave des Vignerons des Terres Secrètes, Michel Barraud posait alors une question concrète sur l’avenir de l’assurance récolte. Le viticulteur de Brouilly, Robert Verger expliquait que cette dernière va passer dans le deuxième pilier de la Pac. « On peut être inquiet car ce pilier n’est pas réservé à l’agriculture mais ouvert à tout le développement rural », géré ensuite par les conseils régionaux.
« C’est surprenant d’entendre parler de la Pac dans le monde viticole », souriait Bernard Lacour, secrétaire général de la FDSEA et représentant également les JA 71, « préoccupé par les difficultés d’installer des jeunes » en viticulture. Reprenant son sérieux, et en connaissance de cause, il concluait : « la Pac est directement dirigée par l’ultra-libérale Organisation Mondiale du Commerce. Le système pervers attribue des aides directes mais fait que derrière, les producteurs en oublient de gérer les filières et les marchés », voyant en la libéralisation des droits de plantation, un sort aux droits de préemption. « Tout est lié », concluait Robert Martin, qui a compris que les producteurs doivent maîtriser leur département si ils ne veulent pas être gouvernés par d'autres...
Économie : optimisme mais sans visibilité
L’économie des vins était présentée par le président du BIVB, Michel Baldassini qui remarquait l’« optimisme » des marchés des bourgognes, en cette période de crise. La récolte 2011 aura été une récolte « pleine » pour la région avec 1,550 million d’hectolitres de vins (contre 1,380 Mhl en 2010). La « forte » activité commerciale a vu plus de sortie de chai que de récolte, faisant que la Bourgogne a « déstocké », en grande partie grâce à la « reprise » de l’export (+10 % en volume et +17 % en valeur), surtout vers les États-Unis et vers les pays asiatiques. Même en France, le marché s’est « tenu » puisque sur le marché de la grande distribution, la Bourgogne est une des rares régions à progresser (+2 % en volume) en 2011.
En revanche, un « ralentissement » des échanges se fait ressentir sur les marchés depuis les deux derniers mois de 2011. « Les sorties se poursuivent mais le marché vrac est endormi et en retard, en raison de la conjoncture illisible et de la récolte abondante », concluait Michel Baldassini sur l’aval. Le négoce va certainement s’approvisionner « tout au long de l’année » et Robert Martin remarquait le « peu de vins stockés chez le négoce ».
Les cours se maintiennent (+1 % par rapport à l’an dernier) « à l’exception du bourgogne aligoté qui décroche ». L’inverse se passe pour les crémants, avec des sorties qui continuent de croître (+17 % soit 133.000 hl en 2011). La pyramide des ventes laisse sa place à un sablier, où le prix n'est plus un frein (côte de Beaune) mais où ailleurs la concurrence se fait sur les prix bas...
Michel Baldassini se disait « choqué » par les transactions en moûts "sans prix" et fixées, bien souvent par le négoce au 30 mars. Il faut dire que les marchés n’offrent toujours pas de « visibilité » à moyen et long terme. Une situation qui tend les rapports dans la "Grande Bourgogne".
En tant que président des vins mâcon (UPVM), Jean-Michel Aubinel se disait « inquiet » de l’équilibre des marchés sur les appellations régionales, suite au blanchiment du beaujolais et des plantations en pinots dans le cadre de la nouvelle appellation des Coteaux bourguignons. À quoi répondait, le président des crus du Beaujolais, le viticulteur de moulin-à-vent, Denis Chastel-Sauzet que le « beaujolais travaille pour régler ses problèmes mais ne cherche pas à entraîner la Bourgogne dans la crise ». Il citait les 400 ha de chardonnay effectivement plantés durant les cinq dernières années mais relativisait ses faits avec le "blanchiment" similaire de la Bourgogne (1 million d’hl de blanc aujourd'hui), surtout du côté de Chablis, alors qu'avant la production dominante était le vin rouge.