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Agrioccasions, les occasions agricoles
Sécheresse et restructuration en élevage

Vers une décapitalisation ?

Actuellement, une sécheresse annoncerait la décapitalisation dans bon
nombre d'élevages bovins, notamment en allaitant. Dans cette
production, Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à
l'Institut national de recherche en agronomie (Inra) imagine même un
début de restructuration. Le 10 mai, il a mis en cause non pas la
sécheresse mais plusieurs années de mauvaise gestion économique et
technique dans les élevages. Selon lui, cette crise permettra de
définir les systèmes de production les plus résistants aux changements
climatiques.
Par Publié par Cédric Michelin
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« Les crises ne sont pas un phénomène nouveau et l'on n'observe pas, à chaque fois, une chute du nombre d'exploitations », déclare Vincent Chatellier, économiste et ingénieur de recherche à l'Inra, lors du symposium, organisé le 10 mai par la société de médicaments vétérinaires Merial. La crise de la vache folle est encore bien présente dans les esprits. « Ce n'est pas la sécheresse qui déboute les agriculteurs », selon lui, mais « plusieurs années de mauvaise gestion économique et technique ».
Pierre Mathevet, directeur activité ruminants et équins chez Mérial, aborde tout de suite le sujet de fond : la « restructuration ». La sécheresse accélèrera cette dernière car « il y a toujours quelqu'un pour reprendre du foncier ». La restructuration « concerne tous les secteurs et n'est pas spécifique au monde de l'élevage », avance-t-il. Vincent Chatellier se veut tout de même rassurant et précise que la restructuration est plus lente chez les producteurs de viande bovine que chez les producteurs laitiers. La chute du nombre d'exploitations de viande bovine serait de 2,5% par an en moyenne contre 4 à 5% en production laitière, selon lui. « C'est une chose tellement importante que d'arrêter la production pour un éleveur que cela ne se fait pas du jour au lendemain », affirme-t-il.

Un taux d'endettement des éleveurs limité en 2009



Olivier Perret, responsable Outils et méthodes consultants chez Cogedis (association de gestion et de comptabilité), a analysé, de son côté, les comptes fournis par les exploitations de viande bovine jusqu'en 2009. Plus de 20 départements du grand ouest, de la Manche au Lot-et-Garonne, en passant par la Creuse, sont couverts par Cogedis. « Depuis trois ans, la situation financière des éleveurs de bovins à viande n'a cessé de se dégrader trimestre après trimestre. Depuis le premier trimestre 2007, l'excédent brut d'exploitation (EBE) a ainsi perdu plus de 40% », explique-t-il. « Avec des prix en baisse et des charges en hausse, les comptes virent au rouge, en termes de rentabilité financière », s'exclame-t-il. Les résultats de 2010 ne seront rendus qu'à la rentrée 2011 mais avec la flambée des céréales de l'été 2010, ils ne seront sans doute pas bons. « Par contre les trésoreries restent saines et l'endettement limité », précise-t-il (taux d'endettement de 42 % dont endettement à court terme : 13 %). A la question de l'impact d'une éventuelle sécheresse en 2011 sur les trésoreries des éleveurs, sa réponse est très claire : « je n'ai pas d'inquiétude sérieuse et concrète pour le lait et la viande bovine ».

Une décapitalisation qui s'annonce



Il reste nettement plus soucieux pour les éleveurs de porcs. Pour eux, si les problèmes d'approvisionnement en fourrage ne se poseront pas, il leur restera à faire face, en 2011, à des cours de l'aliment du bétail toujours élevés. Côté syndicat, l'angoisse n'est pas la même et le terme de décapitalisation chez les éleveurs bovins est sur toutes les bouches. Jean-Pierre Fleury, secrétaire générale de la FNB s'exclame, « ce n'est pas une sécheresse comme les autres, dans un contexte économique pas comme les autres. Les élevages ne sont pas en capacité d'emprunter à nouveaux pour pallier un manque de fourrage. Ils vont vendre plutôt que d'acheter de l'aliment ». Vincent Chatellier se veut plus optimiste en considérant les chiffres de Cogedis et le taux d'endettement « limité ». Il met plutôt en avant la sélection des systèmes de production que va entraîner cette sécheresse. Entre des systèmes plutôt intensifs (maïs/fourrage) ou extensif (prairies), quelles seront les « mieux à même à appréhender les futures crises », s'interroge Vincent Chatellier. « Cela va certainement orienter la production à l'avenir », estime-t-il.

Une production de fourrage plus aléatoire d'ici 2050



Un programme de recherche, Climfourel, d'une durée de 4 ans (2008-2011) vise justement « à identifier les impacts du changement climatique sur la ressource fourragère et les systèmes d'élevage pour réfléchir à des adaptations structurelles ». En d'autres termes, il vise à définir les systèmes d'élevage les plus résistants au changement climatique à l'horizon 2050. Après des études effectuées sur les 30 dernières années, Michel Duru, chercheur à l'Inra de l'unité Agrosystèmes et développement territorial, estime que l'« aléatoire » en production fourragère sera une nouvelle donne à prendre en compte à l'avenir. « Les aléas ont toujours existé, mais il seront plus fréquents et plus intenses », avance-t-il. « La production fourragère sera plus importante dans les prochaines années mais plus segmentée ». Les disparités seront fortes entre les régions et selon les saisons. Ainsi, l'herbe poussera plus au printemps, mais sera plus rare en été. Si le projet Climfourel porte principalement sur l'arc péri-méditerranéen, ces conclusions sont valables pour une bonne partie du territoire français.



D'ici 2050, les fourrages ne devraient pas manquer malgré les sécheresses


D'après le programme de recherche, Climfourel, d'une durée de 4 ans (2008-2011), orchestré par l'Institut national de recherche en agronomie (Inra), le Cemagref, le Cirad et Sup-AgroMontpelllier, les principaux impacts du changement climatique sur la production de fourrage d'ici à 2050 seront :
- une avancée des stades de croissance de l'herbe (environ -10 jours au printemps)
- une augmentation de la biomasse en plein printemps (environ +25 % due à l'effet CO2 et à l'augmentation de la température),
- une croissance de l'herbe nulle en été qui commencerait plus tôt et durerait plus longtemps du fait du déficit hydrique,
- une repousse d'automne plus importante qu'aujourd'hui en montagne (+130 %) et en piémont (+65 %), mais plus faible ailleurs (-20 % en moyenne) malgré l'augmentation des températures, du fait de la prolongation de la sécheresse.
« L'adaptation (des systèmes d'élevage, NDLR) est donc nécessaire pour limiter les effets négatifs et profiter des opportunités. Des changements seront requis dans la structure, le fonctionnement et l'organisation des systèmes d'élevage. Mais l'adaptation doit aussi tenir compte des changements socio-économiques qui les affecteront probablement à une échéance plus rapide et avec des conséquences importantes », conclut également le programme (www.climfourel.fr). Il faut noter cependant que ce programme porte principalement sur l'arc périméditerranéen.