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Seconde moisson, Matériel agricole, Bourgogne Franche Comté
Congrès des négociants agricoles de Bourgogne-Franche-Comté

Les négociants agricoles à l’horizon 2050

Réunis le 27 novembre à Saint-Loup-de-Géanges, les négociants agricoles de la grande région Aura–BFC ont tenu leur premier congrès régional sous la bannière NégoA. L’événement, organisé dans le cadre historique de l’Abbaye de Maizières, a réuni une cinquantaine d’entreprises représentant à la fois les filières céréalières, la distribution agricole et la nutrition animale, soit plus de 1 200 collaborateurs sur le territoire.

Par Cédric MICHELIN
<B>Les négociants agricoles à l’horizon 2050</B>

Selon Xavier Bernard, dirigeant du groupe Bernard Agriculture et secrétaire régional et national de NégoA, cette rencontre marque « une étape symbolique dans le déploiement d’une fédération modernisée, ancrée dans les territoires mais pleinement tournée vers l’avenir ». Pour lui, les négociants doivent continuer à défendre les intérêts de leurs métiers tout en s’adaptant aux grandes transitions économiques, environnementales et sociétales à venir.

Changement climatique : comprendre, anticiper, agir prudemment

Le congrès s’est ouvert avec l’intervention de Jérôme Salse, chercheur à l’INRAE Clermont-Ferrand et coordinateur du projet AgriAura 2050, qui étudie l’adaptation des systèmes agricoles régionaux au changement climatique. « Les modèles climatiques offrent des tendances, pas des certitudes. » À Clermont, la température moyenne a déjà augmenté de +1,8 °C (depuis 1980), mais les données les plus parlantes concernent le nombre croissant de jours au-delà de 35 °C, avec des conséquences connues sur le remplissage des grains et la stabilité des rendements. Selon lui, les scénarios divergent fortement selon les hypothèses : certains annoncent une aridification, d’autres une tropicalisation avec davantage d’humidité. Dans un cas, il faudra adapter les variétés et les systèmes à la sécheresse ; dans l’autre, à des risques accrus de maladies. Le chercheur a insisté sur la nécessité de ne pas simplifier la réalité : « Il y a des incertitudes. Les connaître permet d’agir avec intelligence. » Face à ces perspectives, le projet explore plusieurs pistes : sélection variétale, mélanges de variétés, agroforesterie, biocontrôle, mais aussi substitution de cultures à moyen terme. L’outil numérique FarmSim, en cours de développement, permettra aux exploitants de simuler la viabilité de leurs systèmes en fonction de scénarios climatiques et économiques variés.

L’eau, enjeu vital pour les filières

Lors de la table ronde consacrée aux « attentes des agriculteurs envers leur distributeur » mais aussi sur la question de l’eau, Gérald Bacconnier, céréalier dans l’Allier, a rappelé que « sans eau, il n’y a pas d’agriculture ». Observant des cycles culturaux plus courts, mais aussi plus incertains, il appelle à bâtir une véritable politique de stockage et de partage de la ressource. Pour lui, l’agriculture française doit s’inspirer des pays qui ont su, depuis des décennies, développer des infrastructures collectives. Il a invité les négociants à soutenir cette cause : « Nous avons besoin d’une souveraineté hydraulique commune, au service de tous les usages. » Cette thématique a traversé l’ensemble des débats : pour beaucoup, la gestion de l’eau doit devenir un projet sociétal associant agriculture, collectivités et industrie.

Pour les Établissements Bernard, Denis Grizard a présenté leur programme « Agr'eau écologie », alliant essais agronomiques, outils numériques et mesure de la durabilité. L’entreprise teste des variétés plus précoces, des outils d’aide à la décision, des sondes tensiométriques pour le pilotage de l’irrigation, tout en suivant des indicateurs sur la biodiversité, la qualité des céréales et le carbone.« L’agroécologie n’est pas un slogan, c’est une méthode pour concilier performance économique et exigence environnementale », a résumé Denis Grizard. Le négoce, estime-t-il, doit être un acteur d’innovation au service des producteurs et de la société.

Le technico-commercial, maillon de confiance

Corentin Chassagnon, jeune agriculteur en Côte-d’Or, a rappelé combien il compte sur le conseil technique et réglementaire de son technicien.Pour lui, les technico-commerciaux doivent rester proches du terrain : « Ce sont eux qui traduisent la complexité en solutions concrètes. » Il rappelle que l’adoption de nouvelles pratiques suppose des preuves de rentabilité et des repères fiables, surtout lorsque les produits de biocontrôle ou les itinéraires alternatifs restent coûteux et incertains. Il a aussi souligné l’importance du numérique, utile pour le pilotage fongicide ou l’analyse météo, mais qui ne remplace pas « le regard humain et la proximité terrain ». De nombreux intervenants ont regretté que la séparation entre vente et conseil, imposée par la loi, ait fragilisé ce lien essentiel. Tous ont insisté : le "technico" reste « le premier partenaire de l’agriculteur ».

Pour Jacques Carrelet de Loisy, président de la chambre d’agriculture de Côte-d’Or, l’avenir des filières passe aussi par la contractualisation locale. Il défend aussi la diversification vers des cultures à faible intrant comme le lavandin ou le sarrasin bio, capables de conjuguer valeur ajoutée et adaptation au climat. De son côté, Damien Anjarry, pour l'entreprise Sabarot Agriculture au Puy-en-Velay, a montré que partir du marché pouvait redonner du sens à la production : lentilles AOP, petit épeautre, orge perlé ou sarrasin bio sont aujourd’hui développés grâce à des contrats tripartites associant producteurs, transformateurs et distribution. Avec des contrats tripartites associant GMS, transformateurs et producteurs, ces filières locales renforcent la traçabilité, la stabilité des prix et la reconnaissance du travail des agriculteurs. Une approche « de territoire », qui fait écho à l’objectif de souveraineté alimentaire défendu par la fédération.

Renouvellement des générations : un défi partagé

Le renouvellement des actifs agricoles a aussi été abordé comme un enjeu collectif. Les jeunes installés, à l’image de Corentin Chassagnon, ont souligné l’importance du soutien des négoces pour sécuriser leurs investissements. Pour Gérald Bacconnier, « il faut redonner de la fierté et du sens au métier ». Jacques Carrelet de Loisy a, lui, insisté sur la valorisation du salariat et de l’entrepreneuriat agricole, saluant la Loi d’orientation agricole qui place désormais la production au cœur de l’intérêt national.

En conclusion, Marie-Sophie Curtelet, déléguée générale de NégoA, a rappelé que « sans rentabilité agricole, il n’y aura pas de négoce durable ». La fédération, qui regroupe 330 adhérents, doit composer avec des contraintes réglementaires fortes (AMM, loi Entraves, séparation conseil/vente) tout en continuant à accompagner les transitions. 

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