Blés, orges : la quantité et la qualité ne paient pas
Cette campagne-ci, la France a les moyens de revenir sur les marchés pour exporter plus de 25 millions de tonnes de céréales. Mais les prix de vente ne permettront pas de valoriser la très bonne qualité des grains et pour couvrir leurs coûts de production.
Sur les marchés mondiaux des céréales, l’opulence dessert les intérêts des agriculteurs français. Les productions mondiales de blé tendre et de maïs sont excédentaires. Les États-Unis ne savent pas comment ils vont écouler les 50 millions de tonnes (Mt) de maïs supplémentaires qu’ils engrangent cette année (427 Mt au total). En 2026, leurs stocks de report (57 Mt), supérieurs 20 Mt, pèseront durablement sur les prix des céréales vendues dans le monde. Dans le bassin de la mer Noire, la Russie se précipite pour écouler sa récolte de blé (87 Mt) plus importante qu’escompté au début de l’été (82 Mt), souligne le site sovecon.ru. En Sibérie et dans l’Oural, les rendements de la céréale de printemps atteignent des records. Mais l’expédition des grains vers les ports de la Mer Noire, à plus de 3 000 km, sera difficile. Ses coûts réduiront les prix sortie-ferme, déjà très faibles, payés aux agriculteurs russes.
Qualité irréprochable
Sur le marché européen, la parité de l’Euro (1 $=1,17 €) amplifie les baisses des cours mondiaux en dollars. À Rouen, chaque tonne de blé est actuellement facturée moins de 160 € alors qu’elle a couté en moyenne 230 € pour la produire. Or la qualité des blés est irréprochable. Selon FranceAgriMer, 93 % du blé tendre engrangé est classé prémium (17 %) ou supérieur (47 %) contre 49 % l’an passé. La céréale se caractérise par un poids spécifique moyen de 78 kg/hl et un taux d’humidité de 12,6 %. Par ailleurs, l’indice de chute d’Hagberg de 90 % de la collecte est supérieur à 300 s (98 % supérieur à 250 s).
Le prix auquel est commercialisé le blé dur (260 €/t ; - 30 €/t depuis le début de l’été) est aussi très faible au regard de sa qualité : poids spécifique moyen de 79,2 kg/hl, un taux de protéines de 13,8 %, une teneur en eau de 11,2 %, de très bons indices de chute de Hagberg (100 % de la récolte supérieure à 300 s). Seul 1,6 % des grains est germé ou moucheté et le taux de vitrosité est de 91 %. Ces derniers jours à Bordeaux, le prix du maïs s’est certes redressé de quelques euros lorsque le service statistique du ministère de l’Agriculture a revu en repli de 9,8 % sa prévision du mois d’août dernier caniculaire : une production de 12,5 Mt de grains permise par des rendements de 85,5 qx/ha, inférieurs de 13,5 % à l’été 2024.
Baisse des prix
Dans l’ensemble de Union européenne (UE), la récolte est aussi inférieure à 2024 (57,5 Mt selon le Comité de gestion des cultures arables ; -2 Mt sur un an), mais ces révisions modifient à peine le bilan mondial. En attendant, les céréaliers scopeurs et planteurs de maïs ne reconstitueront pas le fonds de roulement de leur exploitation cette année. Or leur trésorerie est exsangue après deux campagnes déficitaires. Et cette année, leur revenu sera encore négatif car l’effet ciseaux dont ils sont victimes se poursuit : les prix des céréales baissent continûment depuis le début de la campagne alors que ceux des engrais ne cessent d’augmenter depuis des mois. Les fertilisants azotés et potassiques sont moitié plus chers qu’en 2019, avant la pandémie de la Covid, et les phosphatés presque deux fois plus élevés. Toutefois, la France s’appuiera sur la qualité de ses céréales pour atteindre ses objectifs à l’export. Selon FranceAgriMer, 14,3 Mt de blé seraient susceptibles d’être commercées en Union européenne (6,8 Mt) et vers des pays tiers (7,5 Mt). De même, 5,6 Mt d’orges seraient expédiées à parts égales en Union européenne et vers des pays tiers auxquelles s’ajoutent l’équivalent 1,5 Mt de grains sous forme de malt. Les exportations de maïs (5,2 Mt) approvisionneront essentiellement le marché européen (4,7 Mt). Enfin, la moitié de la production de blé dur récoltée sera vendue (0,65 Mt). En Union européenne, sur les 277 Mt de grains produites, 45 Mt de céréales seront destinées à l’export dont 29,8 Mt de blé et 10,1 Mt d’orges. Les importations n’excèderont pas 26 Mt dont 3,5 Mt de blé, 2,22 de blé dur et 19 Mt de maïs.
Actuagri